Pollution au dioxyde de soufre

Comme trop souvent dans ce journal, l’article du Monde du 16 septembre sur les carburants toxiques en Afrique privilégie l’indignation militante au détriment de l’information et de l’analyse. Et comme également trop souvent, les titres en rajoutent dans la manipulation.

Le sujet de l’article est assez simple : une organisation militante suisse a fait une étude sur l’essence vendue et utilisée en Afrique. Elle montre que celle-ci est particulièrement polluante en comparaison des normes européennes, en ce qui concerne le benzène (jusqu’à quatre fois plus que le maximum autorisé en Europe) et surtout le soufre, avec des taux parfois très largement supérieurs aux 10 ppm acceptés au maximum en Europe.

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Un exemple dans l’article donne un coefficient multiplicateur de près de 400, et un extrait mis en exergue explique « l’essence et le diésel contiennent parfois des taux de soufre entre 200 et 1000 fois supérieurs aux normes européennes ».
En une, le « parfois » disparait et on lit que « les taux sont de 200 à 1000 fois supérieurs…», ce qui ne veut pas du tout dire la même chose !

On apprend donc que ces produits sont vendus par des traders européens et transportés dans des vieux tankers et parfois mélangés avec d’autres produits toxiques qui ne sont pas décrits mais dont on nous dit qu’ils rapportent beaucoup à ces traders manifestement sans scrupule

On comprend que les normes africaines sont beaucoup plus laxistes que les normes européennes, mais leur niveau n’est pas cité. Il est seulement dit que les dirigeants africains ont trop d’intérêts dans ces trafics pour toucher aux normes. Pourquoi ? Comment ? Ce n’est pas le sujet de l’article.

raffineries

A sa lecture on se demande cependant d’où sortent ces fameux produits toxiques. On en est donc réduit à faire des hypothèses :
1. Ces produits sont issus de vieilles raffineries non transformées, et ne bénéficient donc pas des opérations de désulfuration des produits destinés au marché européen
2. Il s’agit de sous-produits de raffinages : le soufre qui n’est pas dans l’essence européenne a été concentré dans les produits destinés à l’Afrique
3. Il s’agit de produits non conformes, à la suite d’incidents sur des installations : ils sont mis de côté pour cette raison et le marché africain permet de les valoriser.
On peut imaginer que la troisième explication correspond à une réalité, mais on peut supposer qu’en volume elle représente une part faible de ce qui est vendu en Afrique. Cela pourrait expliquer les résultats « parfois » à ce point supérieurs aux normes.

Pour en savoir plus, le plus simple est d’aller voir sur le site du CITEPA comment ont évolué les émissions de SO2 depuis 50 ans. En effet, le dioxyde de soufre est le résultat de la combustion du soufre contenu dans les carburants, et on sait qu’il est responsable des pluies acides dont on a beaucoup parlé dans les années 80, mais qui ne font plus la « Une » aujourd’hui.

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On apprend ainsi que le raffinage a depuis 1980 divisé par plus de 30 ses émissions de SO2 et que le transport routier les a divisés par 150, malgré l’augmentation continue de son volume (c’est entre autres pour ces raisons qu’on ne parle plus des pluies acides !). La solution 1 ci-dessus est donc tout à fait compatible avec les faits rapportés.

Le respect des normes d’émission a du coûter des milliards en investissements pour installer des circuits de désulfuration. Tant que les clients africains ne changent pas leurs normes (ce qui les obligera à payer plus cher leurs carburants), leurs fournisseurs n’ont pas de raison de faire ce type d’investissements, les mêmes que ceux qu’ils ont fait pour les clients européens. La baisse des normes est indispensable si l’Afrique ne veut pas connaitre demain les pluies acides qui ont marqué l’Europe et en particulier l’Allemagne il y a plus de trente ans.

les-pluies-acides

Mais que devient le soufre ainsi retiré des produits pétroliers ?
Pas de problème, il est vendu très officiellement ! Il y a en effet une forte demande, pour fabriquer de l’acide sulfurique utilisé dans de nombreux procédés chimiques et pour fournir l’agriculture biologique qui se sert de ce produit comme fongicide.

On peut imaginer que les auteurs de l’article du Monde, qui sont probablement des militants écologistes radicaux avant d’être des journalistes, n’avaient pas envie de mettre en avant d’une part les progrès immenses faits en Europe dans la lutte contre la pollution par le SO2, d’autre part le fait que l’agriculture biologique utilise un produit issu du raffinage des carburants !
Il s’agit pourtant d’un processus tout à fait vertueux, mais il contredit deux dogmes des écologistes radicaux : la situation empire dans tous les domaines et chaque jour et il faut préférer les produits naturels aux produits industriels.

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