Accord de réduction des HFC

Le 18 octobre 2016, les médias ont informé leurs lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs, de la signature d’un accord mondial sur les HFC, produit dont la plupart n’avaient sans doute jamais entendu parlé mais dont ils se servent au quotidien puisqu’il fait fonctionner leur frigo.

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Le CITEPA, organisme fondé par les industriels en 1963 pour suivre scientifiquement les questions de pollution atmosphérique, a publié les informations suivantes :
Au terme de la 28e Réunion des Parties au Protocole de Montréal relatif aux substances qui appauvrissent la couche d’ozone (Kigali, Rwanda), les 197 Parties sont parvenues à un accord sur les HFC. Ceux-ci sont de très puissants gaz fluorés à effet de serre, ayant un pouvoir de réchauffement global jusqu’à 14 800 fois le CO2 pour certaines espèces comme le HFC-23 (source : valeurs GIEC, 2007). Ils sont utilisés comme gaz de substitution de 2e génération aux CFC (après les HCFC) car ils ne sont pas des substances qui appauvrissent la couche d’ozone. Les Parties ont adopté l’amendement dit de Kigali, juridiquement contraignant, qui intègre les HFC dans le Protocole de Montréal. L’amendement établit notamment un calendrier de réduction de la production et de la consommation des HFC
Pour évaluer le niveau d’importance de cette décision, le mieux est de regarder la place de ce produit parmi les gaz à effet de serre
L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a donné dans son rapport annuel récemment publié la répartition des différents gaz qui contribuent à l’effet de serre :
• Le dioxyde de carbone (CO2) contribuait à hauteur de quelque 65 % au forçage radiatif induit par les gaz à effet de serre persistants
• Le méthane (CH4) est le deuxième plus important gaz à effet de serre persistant, qui contribue à hauteur de quelque 17 % au forçage radiatif
• Les émissions de protoxyde d’azote (N2O) contribuent à hauteur de 6 %
• Les chlorofluorocarbures (CFC) destructeurs d’ozone et les gaz halogénés mineurs contribuent pour quelque 12 % au forçage radiatif induit par les gaz à effet de serre persistants. Si les CFC et la plupart des halons sont en diminution, certains hydro chlorofluorocarbures (HCFC) et hydrofluorocarbures (HFC), eux aussi de puissants gaz à effet de serre, augmentent à un rythme relativement rapide, même s’ils sont encore peu abondants.

frigo

Les HFC sont aujourd’hui utilisés pour toute une série d’usages dont le plus important (près de la moitié en volume) est agent réfrigérant dans la climatisation et la réfrigération en remplacement des CFC, destructeurs de la couche d’ozone. Leur pouvoir de réchauffement global varie entre 124 et 14800 fois celui du CO2, en fonction des molécules.
Depuis 1995 (leur point le plus bas), les émissions de CFC ont été multipliées par 9 en France : de tous les polluants suivis par le CITEPA, c’est le seul dont les émissions ont augmenté depuis 1990. Il faut cependant noter qu’on assiste depuis 2 ou 3 ans à une stabilisation des émissions.

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Une famille de produits qui explique 12 % de l’effet de serre, un produit de cette famille dont les émissions ont beaucoup augmenté pour cause de substitution à d’autres produits de la même famille : le sujet mérite une attention particulière et l’accord qui vient d’être signé également.

Dans un de ses articles, de la rubrique Planète du Monde, Stéphane Foucart tente de jeter la suspicion sur le CITEPA (qui mettait en évidence des faits qui ne lui convenait pas) en raison de la composition de son conseil d’administration (les industriels). La logique d’intérêt des industriels ne semble s’être manifestée que dans la présentation systématique de parts de l’industrie, de l’agriculture, du tertiaire ou des transports dans les émissions d’un produit. Cette présentation montre que l’industrie est souvent un pollueur important… mais pas toujours ! L’exemple des HFC montre aujourd’hui la qualité de l’information fournie par le CITEPA, indépendamment de l’origine des polluants dont il mesure les émissions, ce qui fait que ses informations font aujourd’hui autorité (et son abondamment reprises, par exemple dans cet article).

On ne peut a contrario que constater que la question des HFC et de leur rôle dans l’effet de serre n’est semble-t-il jamais parue dans les médias classiques, y compris dans la rubrique Planète du Monde.

Cela rappelle le cas des émissions de SO2, responsables des pluies acides : en France, leurs émissions commencent à diminuer dès le milieu des années 70, bien avant que le thème n’apparaisse dans les médias et les discours des écologistes, vers 1982/ 1983. Un accord mondial est signé dès 1985, très peu de temps après l’apparition du thème dans les médias : quand on connait le temps nécessaire aux négociations internationales, on peut facilement imaginer que les négociations ont commencé bien avant la popularisation du thème.

Ces deux exemples, qui portent sur des sujets importants, donnent à penser qu’au moins une partie des mouvements écologistes (les écologistes les plus radicaux en particulier) préfère porter son combat sur des thèmes dont la légitimité est la plus discutable, comme la supposée dangerosité des ondes électromagnétiques destinées à la téléphonie par exemple : malheureusement pour l’écologie, l’information fournie dans les médias manque énormément d’objectivité.

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