Nouvelle Calédonie

Ce dimanche 4 novembre, les néo calédoniens décidaient de prendre on non leur indépendance
Ce référendum est l’aboutissement d’un processus commencé il y a 30 ans avec les accords de Matignon, quand les leaders des camps indépendantistes et anti indépendantistes ont accepté de se tendre mutuellement la main pour construire un vivre ensemble acceptable pour tous, ceux dont les ancêtres étaient arrivés il y a 3200 ans, et ceux dont les ancêtres étaient arrivés il y a moins de 200 ans.
Le Monde a consacré tout une série d’articles au sujet depuis un mois. La teneur en est assez claire : la Nouvelle Calédonie est une colonie. L’économie est aux mains de quelques milliardaires caldoches, les inégalités entre kanaks et non kanaks sont criantes. La seule bonne solution pour les kanaks est l’indépendance. L’éditorial est un peu plus pondéré mais il présente l’indépendance comme inéluctable (le titre : une souveraineté en gestation).
Ce qui ne veut pas dire que la situation n’est pas typique du colonialisme (ou plutôt d’un certain colonialisme si l’on veut bien distinguer les situations où les colons représentent, au mieux, quelques pour cent de la population totale, comme en Inde avant l’indépendance, et celles où ils représentent plusieurs dizaines de pour cent voire la majorité, et enfin celles où ils sont largement majoritaires comme en Australie ou aux USA). L’entretien avec Christian Karambeu sur France TVinfo donne un éclairage sur ce que peut signifier un colonialisme culturel (nos ancêtres les gaulois) au quotidien.
Un petit regard sur les résultats des dernières élections présidentielles donne aussi à penser. L’analyse par ville montre que les kanaks se sont abstenus en majorité dès le premier tour (près de 52% d’abstentions sur l’ensemble du territoire, 37% à Nouméa, 76% à Thio). Toujours au premier tour, F Fillon arrive en tête avec 31% des voix devant M Le Pen avec 29% et E Macron avec moins de 13% Au second tour, E Macron l’emporte avec 52.57%, bien moins que son score national.
La revendication d’indépendance par les kanaks peut s’entendre comme le cri des opprimés qui veulent se libérer de l’oppression. Le problème très concret est qu’il y a maintenant sur l’ile une nombreuse population non canaque, dont certains sont là depuis peu (le boom du nickel dans les années 70) mais dont d’autres sont là depuis plusieurs générations.
Les événements des années 80 montrent que cette situation peut mettre le territoire à feu et à sang.
Les accords de Matignon sous la houlette de Michel Rocard peuvent s’interpréter comme un donnant donnant :
• Les indépendantistes admettent qu’il va bien falloir vivre ensemble entre populations d’origines diverses
• Les non indépendantistes admettent que ce vivre ensemble ne peut signifier une négation économique, sociale et culturelle d’une des parties, celle qui est là depuis le plus longtemps.

Les articles du Monde montrent qu’en 30 ans, une partie du chemin a été fait, mais une partie seulement. Le fait qu’il y ait des mariages mixtes et que de plus en plus de jeunes refuse de se positionner comme étant de telle ou telle communauté est réconfortant. Mais il y a encore « des inégalités criantes »
On pourra légitimement se demander si le changement est suffisamment rapide. Question compliquée, d’autant plus que la société canaque n’est pas seulement niée par le colonialisme, elle est aussi remise en cause (au moins partiellement) par la modernité. On voit en métropole que ceux qui ont fait des études supérieures poussées ont tendance à raisonner « monde » et pas seulement nation, c’est probablement vrai aussi chez les kanaks ! Par exemple la société traditionnelle est une société patriarcale qui ne laisse pas aux femmes la place que nos démocraties lui accordent légitimement aujourd’hui (une femme kanake ne peut pas être propriétaire foncière, elle n’hérite pas de son mari et en cas de séparation d’un couple, les enfants appartiennent au clan du mari. Dans le statut civil coutumier, pour « divorcer » une femme doit d’abord obtenir l’accord des clans, dont la hiérarchie est masculine, dixit Le Monde)
Continuer dans l’esprit des accords de Matignon parait la seule solution raisonnable, même si elle n’est pas simple et que la question du comment se pose.
La posture du président et du premier ministre, refusant de se prononcer en faveur du oui ou du non, s’inscrit pleinement dans ce respect des accords. En restant neutre, l’État français évite prendre parti pour un camp ou un autre et donc peut se positionner comme pouvant aider les communautés locales à construire un vivre ensemble respectueux de tous. Et il se donne les moyens de pouvoir être un acteur légitime quel que soit le résultat.
Laurent Wauquiez est allé faire campagne pour le non, mais pouvait on attendre de lui qu’il ne mette pas d’huile sur le feu ?
Le non a donc fini par l’emporter, comme le prévoyait les sondages, même si cette victoire est moins forte que prévue. C’est donc sur cette base qu’il va falloir continuer.
Si on se met dans une perspective à long terme, on peut se demander si l’appartenance à la France d’un territoire aussi éloigné a un sens. Mais on peut aussi se dire que l’indépendance ne sera raisonnablement possible que quand le gouffre entre les différentes communautés (encore confirmé par une analyse des résultats du référendum ville par ville) aura été suffisamment comblé.


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