Compte rendu de réunion sur l’emploi, tenue le 12 02 2016

Sept participants pour cette réunion sur l’emploi, dont plusieurs ayant une expérience professionnelle sur le sujet et d’autres ne connaissant que ce que connait le citoyen lambda. Au final, deux heures de réflexion dans une ambiance d’écoute mutuelle, en suivant le déroulement proposé par l’animateur.
Ce dernier a d’abord présenté quelques statistiques sur le sujet, puis a proposé un exercice de réflexion autour de l’évolution de l’emploi des personnes de 58 ans entre 2006 et 2012. Enfin un Métaplan sur les causes du chômage a permis à chacun de s’exprimer et a provoqué la discussion sur des analyses divergentes des participants.

Dans le premier temps, quelques éléments statistiques montrent que
• La France connait un chômage massif depuis 40 ans : les 500 000 chômeurs sont atteints en 1974, le million au 3ème trimestre 1978, les 2 millions au 4ème trimestre 1984. Depuis cette date, le nombre de chômeurs n’est jamais redescendu en dessous de 1.8 millions.
• Sur la même période, l’emploi a été augmenté de plus de 4 millions.
• Les taux de chômage sont plus élevés pour les moins diplômés. Avec l’augmentation du niveau de formation initiale depuis 30 ans, il y a aujourd’hui beaucoup plus de bacheliers au chômage qu’en 1984. Parmi les jeunes, le taux de chômage des sans diplôme atteint des niveaux extrêmement élevés, à près de 45%.
• Parmi les peu qualifiés, les femmes étaient les plus touchés il y a 30 ans, ce sont aujourd’hui les hommes
• Plus généralement, le taux de chômage féminin est inférieur au taux masculin depuis 2008
Il faut noter ici que ces quelques statistiques ne montrent qu’une partie de la situation. Par exemple, il y a des filières de formation plus bouchées que d’autres, et le taux de chômage varie du simple au triple selon les territoires

Dans un deuxième temps, le groupe a examiné la situation de l’emploi parmi les personnes âgées de 58 ans, en 2006 et en 2012. Entre ces deux dates, il y a eu la suppression d’une mesure (la DRE pense de recherche d’emploi) qui permettait aux personnes à moins de 30 mois de la date de leur départ en retraite de ne pas être comptées dans les statistiques de la catégorie A tout en continuant à être indemnisés. Il y a eu aussi un durcissement des conditions d’accès à la retraite pour carrières longues. En 2006, 38% des 58 ans étaient soit en DRE, soit en retraite. Ils n’étaient plus que 17% dans ce cas en 2012 : les 21% de différence sont-ils passés dans le chômage (à 3% en 2006) ou dans l’emploi (53% en 2012) ?
La réponse spontanée est « dans le chômage » et la bonne réponse est « dans l’emploi ». Le chômage est passé de 3 à 5% et l’emploi de 53 à 70% !
Le fonctionnement de l’économie et du marché du travail est en fait très différent de la vision mécaniste qu’on en a spontanément.
L’exemple de la DRE illustre ce que montrent les études des économistes, il n’y a pas de lien entre le taux de chômage et l’évolution de la population active. L’une des conséquences est que le report de l’âge de la retraite ou l’accueil de migrants n’affectent pas le taux de chômage.

Dans un troisième temps, les participants ont imaginé des propositions pour agir contre le chômage ou pour l’emploi. Les approches sur le rôle respectif de la puissance publique ou de l’initiative privée étant très variées, la discussion a été animée mais est restée policée.
Parmi les questions évoquées :
• Le cas des taxis et d’Uber montre qu’une profession fermée peut empêcher l’augmentation normale de l’emploi. Il y a sans doute d’autre cas que les taxis
• Pour les revenus les plus faibles un accroissement d’activité n’est pas très « rentable » car il conduit à perdre une partie des aides (RSA ou autre). Une baisse du SMIC risque de renforcer le phénomène
• La manière dont fonctionne l’Education Nationale, avec un enseignement très conceptuel, conduit certains jeunes à un retrait de fait pendant les années collèges : comment revoir les modes d’apprentissage de ces jeunes-là ?
• Le critère du diplôme a trop d’importance dans le recrutement en France. Comment valoriser l’expérience et les compétences réellement mises en œuvre ?
• Les besoins en compétences varient d’un territoire à l’autre et il faudrait adapter localement la formation permanente
• La puissance publique doit-elle créer de l’activité (par exemple par de grands travaux), taxer les importations pour relocaliser ou réduire la charge fiscale pour faciliter l’embauche ?
• …

Beaucoup de questions restent donc ouvertes !

2 thoughts on “Compte rendu de réunion sur l’emploi, tenue le 12 02 2016

  • proteos

    Ajouter des graphes serait un plus et rendrait les choses moins austères, mais ça viendra sans doute!

    Sur les pistes de solutions, il se dégage pour ma part un sentiment de ne pouvoir que modifier les choses qu’à la marge à court terme, les changements plus importants ne pouvant se produire que par accumulation de petits changements. Par exemple, sur le problème du coût du travail pour les peu qualifiés, il y a une combinaison de faible inflation, d’élimination des charges au niveau du SMIC, de niveau relatif du RSA et de taux d’imposition marginal élevé à proximité du SMIC qui rend impossible autre chose que des politiques de long terme.

    Je pense aussi qu’il faudrait séparer le problème en plusieurs parties. Le problème du chômage est très différent entre les bac+5 et les sans diplôme. Pour les bac+5, il y a nombre de formations où le niveau de chômage est bas (inférieur à 5%); alors qu’il est de l’ordre de 40% ou 50% chez les jeunes sans diplôme. Dans un cas, on a affaire avec un chômage essentiellement frictionnel, dans l’autre, le problème est clairement structurel. À mon sens, il y a pour ceux qui n’ont pas de diplôme un lien très net avec la politique d’éducation et avec les résultats peu reluisants aux tests comme PISA, qui relèvent d’un autre sujet.

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