Nouvelles générations

Le Monde daté du 25/26 septembre 2016 accorde une page à la génération des élus PS de 1997 qui « voulait bouffer le monde » et qui a passé le quinquennat qui s’achève de désillusion en désillusion.

Le journal évoque Alain Claeys, né en 1948, François Lamy, né en 1959, Christian Paul et Christophe Caresche, tous deux nés en 1960, Arnaud Montebourg né en 1962,Bruno Le Roux, né en 1965 et Yann Galut né en 1966. Ils sont en effet tous nés au cœur de cette génération du baby-boom, ces classes nombreuses que la France connait de 1946 à 1974.

Cette génération a cru que les réussites de l’ ère Jospin étaient le résultat de sa politique quand elles étaient seulement la conséquence d’une part de la vague de croissance qui entrainait l’Europe (du fait de la baisse du prix du baril et celle des taux d’intérêt) et d’autre part de la politique de désinflation compétitive menée continument par la gauche et la droite depuis le tournant de la rigueur.
En ne réduisant pas les déficits après le scandaleux discours de Jacques Chirac autour de la cagnotte et le départ de Dominique Strauss Kahn, en imposant la mesure idéologique et inadaptée des 35 heures payées 39, cette génération a sa part de responsabilité dans les difficultés actuelles de la France et de François Hollande.

Mais l’idée de génération est intéressante, tant les spécificités de la pyramide des âges de la France ont sans doute eu des conséquences qui se traduisent aujourd’hui dans l’opinion que les français ont de leurs élus.

pyramide-1999

La démographie française a été marquée au 20ème siècle par une série d’événements :
• La guerre de 14-18 avec ses nombreux morts masculins et son important déficit de naissances
• La faiblesse de la fécondité dans les années 30 puis pendant la guerre
• Le baby-boom et sa poursuite jusqu’au milieu des années 70
• Le recul progressif de l’âge de la mère à la naissance
• L’allongement continue de la durée de la vie

Les graphiques ci-dessous montrent l’évolution de la population française totale depuis 1925 et l’évolution de la part dans la population des Français de différentes tranches d’âge : 0à 19 ans, 20 à 39 ans, 40 à 59 ans, 60 à 79 ans et 80 ans et plus.

population-france

generations

Entre les deux guerres la population a tendance à diminuer (ce qui entraîne un appel à l’immigration) au point que la tranche des 0/19 ans est inférieure à celle des 20/39 ans, malgré une mortalité qui reste notable.
A partir de 1945 et du rebond de la natalité qui s’ensuit, la tranche des 0/19 ans est significativement la plus importante, au point d’atteindre 34% de la population totale en 1965. Ceux qui sont nés entre 1945 et 1965 vont rester les plus nombreux au sein de la population au fur et à mesure qu’ils avancent en âge. Ce n’est plus le cas aujourd’hui en raison de la mortalité qui commence à les toucher (mais ceux qui sont nés après 1954 sont encore plus de 800 000 dans chaque génération avant 1975 et la tranche de 20 ans la plus nombreuse est celle née entre 1955 et 1974).

Cette suprématie démographique a donné aux baby-boomers les moyens d’imposer leurs intérêts. Louis Chauvel a ainsi montré que l’âge de ceux qui étaient le mieux payé en moyenne a augmenté au fil de l’avancée en âge de ceux qui étaient nés entre 1945 et 1950. Cette situation a été favorisée par la situation économique (les trente glorieuses puis les trente piteuses) et par la scolarisation de masse : jusqu’à la fin du 20ème siècle l’âge moyen de fin de scolarité augmente d’un an par décennie (il s’est stabilité autour de 20 ans depuis).

leaders-mai-68

S’ils ont profité économiquement de leur suprématie démographique, les baby-boomers ont aussi imposé politiquement leurs valeurs (voir les changements sociétaux provoqués par les suites de mai 68), le mariage pour tous pouvant être considéré comme l’ultime manifestation de ces changements sociétaux. Ces changements sociétaux ont pour beaucoup été mis en œuvre par la gauche mais pas tous : Giscard a initié le mouvement avec par exemple la majorité à 18 ans et avec la loi Weil sur l’avortement. Mais pourquoi ne pas remonter à la loi Neuwirth autorisant la pilule en 1967, donc avec G Pompidou comme premier ministre ?

Les enfants de 1968 ont beaucoup mieux réussi à imposer leurs vues dans le domaine sociétal que dans le domaine économique, où la réalité est venue mettre un frein aux objectifs historiques : le tournant de la rigueur en a été la première manifestation. On peut aussi considérer que François Hollande a payé avec le CICE la facture des 35 heures, quand la gauche voulait croire qu’on pouvait sans conséquence travailler 39 heures payées 35.
Quant à la volonté de réduire les inégalités par les choix politiques symbolisés par la transformation du SMIG (minimum garanti) en SMIC (minimum de croissance) en 1970 (donc sous la droite), elle s’est heurtée à une montée massive du chômage des moins qualifiés : du coup les gouvernements, droite et gauche confondue, évitent systématiquement les coups de pouce depuis plus de 10 ans.

On notera que seuls les plus anciens des baby-boomers ont réussi à éviter le report progressif de l’âge de la retraite, après avoir pourtant résisté par tous les moyens.

Aujourd’hui, on constate qu’au discours soixante-huitard « tout est politique » a succédé un discours très négatif sur les élus à qui on reproche de profiter du système à leur seul profit.
Les citoyens actuels sont en attente d’une nouvelle génération politique, plus respectueuse de la morale et de l’intérêt général, plus transparente sans doute aussi. Ils veulent aussi que les élus tiennent leurs promesses. Je ne suis pas sûr qu’ils aient tous conscience que cela suppose que les citoyens ne leur demande pas eux-mêmes des promesses délirantes.

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