Recul de la violence

La revue Sciences Humaines consacre l’essentiel de son numéro de mars 2016 au thème de la violence, avec un article d’introduction qui démontre tranquillement que la violence de toute nature est en baisse, au niveau mondial comme dans les pays européens. A l’heure des attentats terroristes en France, de la guerre civile en Syrie, ou des fusillades américaines, le constat peut surprendre. Il s’appuie pourtant sur des chiffres précis et sur le rappel de quelques événements oubliés : par exemple, les années 90 furent celles des massacres en Yougoslavie et au Rwanda, ou de la guerre civile contre le GIA en Algérie.
Les homicides volontaires ont diminué d’environ 60 % depuis l’abolition de la peine de mort en France, mais ce sont tous les pays développés, y compris les U.S.A. qui ont vu leurs homicides diminuer à peu près de moitié depuis une vingtaine d’années.
Pourquoi ce recul de la violence n’est-il pas ressenti par les citoyens ordinaires, dont certains pensent au contraire qu’elle a fortement augmenté, depuis un âge d’or d’autant plus hypothétique que sa période historique n’est pas précisée ?
La raison est en fait simple : le rejet partagé de la violence, qui explique sa baisse, se traduit aussi par une demande de sécurité plus forte, par un refus plus affirmé de la violence sous toutes ses formes, y compris des formes qui étaient tolérées hier. Ce n’est pas la violence qui augmente, c’est son rejet !
Le graphique ci-dessous illustre ce phénomène. Il est issu de la présentation d’une sociologue spécialiste de la criminalité, Renée Zauberman, lors d’un colloque à Grenoble en 2011. La présentatrice analyse les violences physiques et a montré précédemment que l’augmentation qui ressort des enquêtes (changement brutal à partir de 2005/2006) provient des violences sans contacts. Elle passe ensuite à ce qu’elle appelle les agressions sérieuses.

Enquetes et plaintes

La courbe en rouge donne l’évolution du nombre d’agressions, tel qu’il ressort des enquêtes de victimation, enquêtes qui donnent la vision la plus proche de la réalité. Elle montre une violence relativement stable
La courbe en bleu donne pour le même type d’agressions le nombre de plaintes auprès des services de police et de gendarmerie : elle est en forte croissance. Les victimes ne se taisent plus, elles vont plus facilement qu’avant déposer plainte (on a notamment pu le constater pour les cas de viol), ce qui peut se traduire par le fait que la société n’accepte plus la violence.
Ce sont les mêmes causes (le rejet de la violence sous toutes ses formes) qui produisent le recul de la violence, et en particulier la plus grave, et qui font augmenter la demande de sécurité.