Moins de fonctionnaires

Les 7 candidats à la primaire « de la droite et du centre » ne sont pas d’accord entre eux sur le volume de réduction des fonctionnaires qu’ils veulent atteindre pendant le futur quinquennat, mais ils s’accordent sur la tendance générale qui est clairement à la réduction : les objectifs affichés se situent entre 10 et 20% des effectifs actuels de la Fonction Publique d’État, soit entre 200 000 et 500 000 emplois.
La masse salariale représente un peu moins d’un quart des dépenses publiques. Il faut dire que les prestations sociales en représentent près de la moitié. L’emploi public représente 13 % du PIB, un poids légèrement plus faible que celui des retraites.
Si les candidats à la primaire se focalisent sur le nombre de fonctionnaires, c’est en partie par un effet de mode dans leur camp, en partie parce qu’ils veulent maintenant lutter contre les déficits (cela n’a pas toujours été le cas) et enfin parce que les effectifs de la fonction publique ont augmenté plus vite que ceux du privé depuis 30 ans.
Comme indiqué ici, à partir du rapport Pébereau (2005) et du numéro 1544 d’ INSEE Première (avril 2015) on construit le tableau des effectifs suivants (attention, il y a eu des transferts de la FPE vers la FPT qui expliquent en partie la différence des évolutions)

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En 30 ans, l’emploi public a augmenté de plus de 34 %, plus de deux fois plus vite que l’emploi total.
Les chiffres sont un peu ancien mais La Croix donne les mêmes dans un article du 11/11/2016…

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La hausse des effectifs de la FPH s’explique par l’amélioration de l’offre de soins (à corréler avec les gains importants d’espérance de vie sur la période) et par le papy-boom. Toutes structures confondues (donc y compris le privé),
• le nombre d’aides-soignants (en milliers) est passé sur la même période de 256 à 598
• celui des infirmier(e)s et sages-femmes de 353 à 567
• celui des médecins et assimilés de 201 à 281
• celui des professions paramédicales de 2004 à 428.
Comme on le voit, l’augmentation se fait sur des personnes qui sont face aux malades à qui ils apportent directement un service

Pupils listen to their teacher at the Guist'hau's high school on September 4, 2012, for an early start of the new school year in Nantes western France.  AFP PHOTO FRANK PERRY

Pupils listen to their teacher at the Guist’hau’s high school on September 4, 2012, for an early start of the new school year in Nantes western France. AFP PHOTO FRANK PERRY

Si l’on regarde d’autres métiers de la même manière on peut noter que
• le nombre(en milliers) d’enseignants passe, toujours sur la même période, de 917 à 1080
• celui des employés administratifs de catégorie C de 806 à 762
• celui des professions intermédiaires administratives de catégorie B de 369 à 409
• celui des cadres A de 250 à 448
• celui de l’ensemble armée police pompiers de 292 à 673

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La faible hausse de la FPE s’explique en partie par des transferts avec les lois de décentralisation successives (et dernièrement le personnel d’entretien des lycées passé aux régions) mais aussi par la fin du service national et des effectifs militaires, qui explique la réduction de 380 000 emplois dans l’ensemble police/ armée/ pompiers.
Ce qui pose problème, ce ne sont pas les effectifs d’infirmiers ou de policiers, plus généralement de tous ceux qui sont face au public mais bien sûr de ceux qui sont en back office et qui font du travail administratif. Non pas que leur travail soit moins noble ou moins utile, mais c’est là qu’on aurait dû faire des gains de productivité massifs avec l’informatique. On sait que le ministère des finances a fait de nets progrès de productivité mais que cela n’a pas été sans mal !

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Si l’on veut réduire les effectifs, il y a à priori trois moyens
• augmenter les cadences et/ ou les horaires
• améliorer l’organisation du travail
• supprimer des activités sans grande valeur ajoutée

Il est de tradition (au moins depuis Courteline) de raconter que les fonctionnaires ne font pas grand-chose. Il suffit de passer quelques heures dans un service d’urgences pour comprendre que si c’est le cas, ce n’est certainement pas vrai partout.
Ce qu’on peut simplement observer, c’est que la mobilité pour entrer et sortir de la fonction publique est très faible : nombreux sont ceux qui commencent leur vie active dans la fonction publique (par exemple comme enseignant ou comme infirmière) et y restent, souvent dans le même métier, jusqu’à leur départ en retraite, comme le montre ce graphique issu du numéro 1544 d’INSEEE Première (avril 2015)

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La création du Registre Interministériel des Métiers et des emplois il y a dix ans, montre une préoccupation des décideurs de favoriser la mobilité entre métiers. Il y a probablement encore beaucoup à faire dans ce domaine.

Il y a certainement aussi beaucoup à faire dans l’organisation du travail. Ce qui ne veut pas dire que rien n’a été fait : ceux qui travaillent à l’hôpital savent tous les efforts qui ont été faits depuis trente ans, en particulier en divisant la durée de séjour par deux environ, ou en faisant la chasse aux services ou périodes de sous charge.

Ce qui a été fait pour les cartes d’identités montre comment l’informatisation a pu améliorer radicalement l’efficacité administrative, y compris pour le citoyen.

L’une des principales pistes d’amélioration de l’efficacité administrative est évidemment la transformation radicale des niveaux administratifs, pour en diminuer le nombre et en supprimer les recouvrements. L’intercommunalité a été un moyen pour atteindre la taille nécessaire à un certain nombre d’actions : le maintien des communes actuelles est une source de complexité administrative supplémentaire. Au-delà d’une justification historique, il ne se défend que par une proximité qu’on peut très bien obtenir dans un cadre différent : après tout, nos voisins qui ont beaucoup moins de communes que nous, n’ont pas l’air de s’en trouver si mal !

L’exemple des niveaux administratifs montre cependant que les vrais gains ne peuvent se réaliser sans remettre en cause la structure générale. On a vu sous Sarkozy avec la RGPP les limites d’une politique qui se limite à une remise en cause des dépenses à organisation constante. Une étude de France Stratégie en 2015 montre que sur la période 2009/ 2012, c’est la France qui dans l’Union Européenne remet le moins en cause la répartition de ses dépenses, qui ne fait pas le choix de ce qu’elle veut réduire ou faire disparaitre et ce qu’elle veut conserver voire augmenter. Et pourtant le Président de l’époque a fait quelques vrais choix comme de lancer le projet du Grand Paris et ses plus de 200 km de nouvelles lignes de métro ou la suppression de l’année de formation des primo enseignants

Il est une voie d’amélioration qui est probablement à creuser, mais dont les impacts sont difficiles à estimer, c’est celle de la simplification. Imaginons que l’on simplifie l’impôt sur le revenu en supprimant toutes les déductions fiscales (en réduisant les taux pour maintenir le même niveau de pression fiscale) : le traitement administratif va probablement diminuer (moins d’agents du Trésor) mais on peut aussi raisonnablement penser que la fraude fiscale diminuera.

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On peut aussi changer les modalités d’action : mettre une personne en prison ou la mettre sous bracelet électronique sont deux modalités qui n’ont pas le même coût (la deuxième est moitié moins cher que la première).
Ces deux exemples montrent que les choix à faire ne sont pas seulement économiques : supprimer les niches fiscales ou développer le bracelet électronique sont des mesures politiquement sensibles.

La troisième manière de diminuer la dépense est probablement la plus simple techniquement : elle consiste tout simplement à cesser d’intervenir dans tel ou tel domaine.
A droite supprimer l’Aide médicale d’Etat est à la mode, mais on peut imaginer de supprimer bien d’autres services. Par exemple NKM propose de réduire l’aide à la construction immobilière (certaines études considèrent que cet aide ne sert en réalité qu’à faire monter les prix)

Les estimations des candidats à la primaire sont assez variables et peuvent approcher les effectifs de départ en retraite sur les cinq prochaines années, soit environ 550 000. Ce nombre parait très élevé, mais pose surtout un problème pratique : si on arrête pendant 5 ans l’embauche d’infirmières ou d’enseignants, on détruit toute la filière de formation, qui sera difficile à reconstruire (il est plus facile de doubler une formation que de la faire sortir du néant). On l’a vu pour les métiers du bâtiment : entre 1992 et 1998 le recrutement a pratiquement été stoppé dans la filière. Quand la construction est repartie, il y a eu de fortes tensions sur le marché du travail, faute de système de formation adaptée. Pourtant le temps de formation y est moins long que pour les infirmières.

L’institut Montaigne a fait une estimation des programmes des candidats
France Stratégie a créé un indicateur pour estimer si l’évolution se fait à structure constante ou avec de vrai choix

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