Fracture sexuelle à l’école

La question de l’échec scolaire est un problème majeur pour notre pays, et un problème qui ne fait que s’aggraver avec le temps

eleve-r-doisneau

Un problème majeur ?
Il y a un lien direct entre taux de chômage et niveau de qualification. En 2014, toutes générations confondues, le taux de chômage était de 17% pour ceux qui n’avaient aucun diplôme, contre 9.9% sur l’ensemble et par exemple 6% pour les titulaires d’un bac +2. Les jeunes sortis de l’école sans diplôme en 2010 avaient en 2013 un taux de chômage de 50 % et seulement 40% d’entre eux étaient en emploi, d’après une enquête menée par le CEREQ auprès d’une cohorte particulièrement importante (33500 jeunes suivis).
Ces jeunes ayant un niveau de formation très faible et un taux de chômage élevé sont largement sur représentés dans les prisons. Par ailleurs il y a une forte reproduction sociale en France et les adultes à faible niveau de formation vont engendrer à leur tour des jeunes dont beaucoup auront des difficultés scolaires.

élève épuisé

Un problème qui s’aggrave avec le temps ?
Au début des années 60, deux tiers des jeunes sortaient sans qualification du système scolaire. Les agents de maintenance qui représentaient le sommet de la hiérarchie ouvrière avaient en général un CAP. Le niveau général est monté progressivement, avec notamment l’allongement des études (plus un an par décennie entre les générations sorties vers 1940 et celles sorties vers 2000). Plus des trois quarts des élèves sortent avec au moins le niveau du bac.
Mais cette progression semble stoppée. Les enquêtes PISA successives montrent que l’écart augmente en France entre les meilleurs élèves et les moins bons. En mathématiques, les résultats PISA 2012 montre que la proportion d’élèves en difficulté s’est envolée (22,4 %, contre 16,6 % en 2003). Le recul est moins net en compréhension de l’écrit (18.9 % d’élèves en difficultés contre 17.5µ en 2003).

Pôle Emploi

En parallèle les métiers disponibles sont de plus en plus qualifiés : avec l’automatisation, les métiers les moins qualifiés disparaissent. Si l’on examine par branche l’évolution des effectifs d’ouvriers non qualifiés sur 30 ans, on observe une baisse de 48 % dans le BTP, de 64% dans le travail des métaux, de 58 % dans la mécanique, de 61 % dans l’électricité et l’électronique, de 53 % dans les industries de process, de 92% dans le textile et le cuir, de 65 % dans le bois et l’ameublement, de 19% dans la manutention.
Au total, sur l’ensemble de ces métiers, 1.1 million d’emplois ont été perdus sur 30 ans.

Sur l’ensemble des métiers administratifs peu qualifiés (simples secrétaires, employés administratifs ou comptables, la baisse est nettement plus récente et s’est faite sur les dix dernières années avec une perte de 247 000 emplois (moins 18 %)

Seul secteur en hausse, l’aide à la personne : en dix ans, plus 147 000 pour les aides à domicile, plus 55 000 pour les aides maternelles. On notera que la proportion de femmes est extrêmement élevée dans ces métiers.
Le résultat se voit sur le graphique ci dessous qui donne le taux de chômage en fonction du niveau de qualification

Chomage et diplôme

Seul secteur en hausse, l’aide à la personne : plus 147 000 pour les aides à domicile, plus 55 000 pour les aides maternelles. On notera que la proportion de femmes est extrêmement élevée dans ces métiers.
Les agents d’entretien sont également en hausse à un niveau élevé (plus de 1.2 million d’emplois) ainsi que les agents de gardiennage et de sécurité, mais les effectifs ne distinguent pas le niveau de qualification.

On l’a compris : trouver une solution pour baisser sensiblement et durablement l’échec scolaire est un défi majeur pour notre pays.

C’est dans ce cadre que se situe un livre paru en janvier 2016, « école : la fracture sexuée », de Jean-Louis Auduc.

La thèse du livre (qui fait une centaine de pages) est assez simple à résumer :
1. L’échec scolaire touche majoritairement les garçons (près des deux tiers des élèves en difficulté)
2. Le phénomène a de plus tendance à s’aggraver
3. On ne peut traiter l’échec scolaire sans prendre en compte cette réalité. De plus en plus d’études au niveau international vont d’ailleurs dans ce sens, même si la » fracture sexuelle » est plus grave en France que chez nos voisins.
4. Pour pouvoir s’attaquer aux difficultés spécifiques des garçons, il ne faut pas hésiter à consacrer une partie (jusqu’à un quart) du temps scolaire à des activités non mixtes.
5. Il faut aussi que les garçons puissent trouver à l’école des figures adultes masculines, ce qui est trop peu le cas aujourd’hui

Male and female teenage friends using computer in lab

Male and female teenage friends using computer in lab

L’auteur n’aborde pas cette question pour la première fois, c’est au contraire le thème central de ses publications depuis 8 ans. A lire le livre, on comprend que sa position a suscité de fortes réactions de certaines féministes et d’ayatollah de la mixité à l’école (on supposera que ces deux catégories se recouvrent en partie)

On rajoutera à la liste ci-dessus une explication sur le meilleur succès des files à travers ce qui est présenté comme « les cinq composantes des taches scolaires, composantes du métier d’élève » :
1. L’énoncé, l’ordre donné
2. La réponse immédiate
3. La réflexion/ vérification
4. La correction
5. La finalisation

L’auteur estime que, pour de nombreuses raisons (par exemple la plus faible participation aux tâches ménagères à la maison), les garçons ont tendance à négliger les deux ou trois dernières taches.

Que penser de tout cela ? Difficile à dire pour les non professionnels du secteur
Quelques certitudes
• Les garçons sont clairement sur représentés parmi les élèves en difficultés
• On ne peut pas continuer à faire comme si ce n’était pas important
• La mixité a été mis en œuvre dans les années 70 dans tout le monde scolaire, sans difficulté particulière, mais sans accompagnement spécifique non plus
• La mixité ne se réduit elle pas souvent par une co existence (plus ou moins pacifique !) mais ou les enfants et jeunes de chaque sexe ont de fait tendance à rester chacun dans son coin
• L’approche socio professionnelle montre qu’il y a une forte reproduction sociale, plus forte que chez nos voisins, qui se couple avec cet échec des garçons
• Il va bien falloir se décider à mettre nettement plus de moyens (c’est-à-dire pas seulement 5 ou 10 % de professeurs ou surveillants en plus mais peut-être 25 ou 30%) dans les zones les moins favorisées (et donc en pratique dans les ZEP.
• Mais on ne peut se contenter de mettre plus de moyens. Ce sera peine perdue si le turn-over des adultes y reste aussi élevé et si on ne revoit pas fortement les méthodes, par exemple avec la suggestion de l’auteur du livre.

Pour finir, deux anciens articles de VEREL sur le sujet :
Sauvez les garçons
Rôle des filles et des garçons

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