Faut-il réformer l’école ?

La rentrée de septembre 2016 voit la mise en œuvre d’une réforme des collèges qui a suscité de nombreuses et fortes réactions négatives (comme la plupart des réformes au sein de l’Éducation Nationale avant elle) mais qui a été soutenue par les grandes fédérations de parent d’élèves.

Ce qui frappe en effet celui qui veut réfléchir au fonctionnement de l’école française aujourd’hui, c’est l’absence totale de consensus sur cette question, entre ceux qui voudraient tout changer, ceux qui veulent maintenir le système et ceux qui voudraient pouvoir revenir à la situation qu’ont connue nos parents ou grands-parents.

Pupils listen to their teacher at the Guist'hau's high school on September 4, 2012, for an early start of the new school year in Nantes western France.  AFP PHOTO FRANK PERRY

Pupils listen to their teacher at the Guist’hau’s high school on September 4, 2012, for an early start of the new school year in Nantes western France. AFP PHOTO FRANK PERRY

Avant de se demander s’il faut et comment il faut réformer l’école, il faudrait d’abord faire une évaluation des résultats.
La tentation de tout un chacun est d’évaluer l’école en fonction de son propre parcours (et de souvenirs forcément transformés par le temps) et de ce que nous voyons autour de nous.
Plus sérieusement, il existe au sein du ministère de l’Éducation Nationale, une Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance [DEPP], dont l’un des services est consacré aux aspects statistiques. Et la vision qu’elle renvoie est complétée par les évaluations internationales PISA, dont les résultats sont généralement médiatisés.

Assez logiquement, les statistiques donnent un résultat mitigé : les résultats ne sont ni vraiment très bons ni totalement catastrophiques. En ce qui concerne les comparaisons internationales, il y a des pays qui font nettement mieux (la Finlande en particulier) et d’autres qui font moins bien.
Classe studieuse

Mais avant de dire si on a de bons résultats, encore faut-il définir les critères de mesure.
Ceux-là sont plus complexes à définir qu’on ne l’imagine.
Ainsi, une étude publiée à l’Université Lyon 2 explique que c’est seulement en 1820 qu’on commence à se préoccuper l’enseigner l’orthographe à l’école : quand la loi Guizot en 1833 fixe pour la première fois le programme des écoles primaires et que l’orthographe et la grammaire y figurent, il faut lancer une vaste opération des instituteurs pour les mettre à niveau sur ce sujet. Les réformes de 1880 vont donner comme objectifs aux instituteurs que les élèves comprennent ce qu’ils lisent ou écrivent, un objectif qui remet en cause les pratiques pédagogiques centrées sur la recopie des textes.

A la lecture des analyses et critiques sur l’école, on peut noter trois types de critères
élève en cage
Une première série d’analyse porte directement sur le contenu des apprentissages : faut-il former à l’apprentissage d’une langue voire de deux, apprendre l’anglais est ce d’abord connaitre Shakespeare et ses écrits ou savoir échanger dans leur langue avec des anglais, faut-il conserver le latin ? Le sentiment du lecteur est que trop souvent, les critiques voient midi à leur porte et prétendent défendre l’intérêt des jeunes quand ils défendent d’abord leur emploi (ce qui n’est pas moins noble en soi !). Le résultat de ces préoccupations diverses est un alourdissement continu des programmes, maintes fois dénoncé mais toujours poursuivi.

Une deuxième série d’analyse porte sur la capacité de l’école à offrir un ascenseur social et à ne pas se contenter de reproduire les inégalités sociales et culturelles héritées des parents. Sur ce critère historiquement cher à la méritocratie républicaine, les résultats sont sans ambiguïté : les comparaisons internationales (PISA) et les analyses de la DEPP convergent pour pointer l’échec majeur de l’école française dans ce domaine.

élève épuisé

Une troisième série d’analyse pointe d’autres sujets qui renvoient aux méthodes générales d’enseignement.
Un journaliste d’origine américaine, Peter Gumbel, en poste en France depuis une dizaine d’années et professeur à Sciences Po, pointe le regard parfaitement négatif que les jeunes français portent sur leur école, à l’inverse de ceux des autres pays de l’OCDE : Pourquoi la France est-elle le seul pays au monde à décourager ses enfants au nom de ce qu’ils ne sont pas, plutôt qu’à les encourager en vertu de ce qu’ils sont ?

D’autres commentateurs notent que le style de l’enseignement français et sa logique de notation très négative détériorent l’estime de soi des jeunes français
enfants aiment 'école
Une enquête de l’OMS datant de 2008 (on ne voit pas pourquoi les choses auraient changé depuis) montre que la situation se dégrade au fur et à mesure que les jeunes gravissent les échelons de la scolarité. Et elle montre aussi le mauvais classement de la France sur ce critère.

éléves s'ennuient

On peut faire un autre reproche à l’enseignement français : le système très individualiste exclut quasiment systématiquement le travail collectif. Jusqu’au moins le bac +2 les élèves ne sont pratiquement jamais invités à faire un exposé en classe (dans les écoles « alternatives », ils le font dès la primaire).

Yann Algan, économiste, professeur à Sciences Po et co auteur du best-seller « la société de défiance », note que la France est un des rares pays où la part du temps scolaire consacré à l’enseignement vertical (l’enseignant parle et l’élève prend des notes) est dominant et ou l’enseignement horizontal (l’élève fait des exercices ou travail en groupe) tient une part aussi faible.

Les évolutions de l’organisation du travail depuis des décennies dans la plupart des entreprises donnent une place de plus en plus importante au fonctionnement transversal et en projet, à la coopération : a cet égard, les méthodes encore en vigueur à l’école apparaissent de plus en plus obsolètes.

Il existe en France des méthodes qu’on pourra qualifier d’alternatives (Écoles Freinet et Montessori par exemple), à la fois très anciennes et très marginales. Mais il y a aussi une grande variété des pratiques, eu égard à la liberté pédagogique dont dispose l’enseignant.

travail en groupe

Tout se passe comme si la France » avait choisi un système qui met le programme au cœur de institution quand d’autres pays donne beaucoup plus de place à l’enfant (cette distinction est à la fois réelle et caricaturale).

Male and female teenage friends using computer in lab

Male and female teenage friends using computer in lab

Des études ont été faites pour mesurer l’efficacité de ces méthodes diverses. Le résultat est sana appel : l’efficacité de l’enseignement ne dépend guère de la méthode utilisée mais de la qualité de l’enseignant et de la manière dont il se sent à l’aise dans sa propre pédagogie.

Vouloir réformer les méthodes pédagogiques au niveau de tout le pays est donc très difficile.
Changer les méthodes utilisées en France, pour améliorer nos résultats globaux, réduire les échecs et la reproduction générationnelle de ceux-ci, préparer les jeunes pour le monde de demain, ne pourra donc s’imposer de manière centraliser. Deux pistes doivent donc être explorer
• Donner à ceux qui veulent mettre en œuvre les méthodes qui ont fait leur preuve ailleurs la liberté d’agir dans ce sens
• Renforcer le fonctionnement collectif au sein des établissements (ce qui suppose de revaloriser le métier de chef d’établissement pour attirer les meilleurs enseignants, ce qui n’est guère le cas aujourd’hui

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