Les ondes électromagnétiques sont sans danger

Les ondes électromagnétiques constituent un domaine très vaste puisque le spectre électromagnétique ne connaît pas de limite de fréquence. Il s’étend des rayons gamma aux ondes radio en passant par le visible. En ce sens, elles sont présentes partout autour de nous.

Mais ce qui est souvent affirmé publiquement de nos jours c’est que la partie du spectre utilisée pour les télécommunications ― une partie des micro-ondes ― est dangereuse pour la santé. Remarquant en quelque sorte la proximité entre la fréquence utilisée dans les fours micro-ondes (2.45GHz) et celle utilisée par le WiFi (autour de 2.4GHz), on pourrait certes se demander si le WiFi ne nous cuisinerait pas à feux doux.

Quelques ordres de grandeur

Commençons par quelques remarques sur le spectre électromagnétique dont les ondes radio sont une partie, tout comme la lumière visible ou les rayons X (voir la figure ci-dessus).

Il est classiquement découpé suivant les fréquences des ondes qui se propagent, qui leur donne des caractéristiques bien différentes. En effet, toute onde électromagnétique représente le déplacement de photons. Plus la fréquence est élevée, plus l’énergie d’un photon est élevée. Les photons de la lumière visible ont ainsi chacun une énergie environ 500 000 fois plus élevée qu’un photon d’une onde radio à 1GHz.

Les photons dans le domaine des Ultra-Violets peuvent induire des réactions chimiques du fait de leur grande énergie. Pour les photons des ondes radios, c’est impossible : il faudrait que 500 000 photons passent au même endroit au même moment !

Le nombre de photons transportés peut varier avec l’énergie transportée. Elle est comptée en W/m². Une autre façon de mesurer un champ électromagnétique est de s’intéresser au champ électrique en V/m. La relation entre les deux est quadratique : quand le champ est 2 fois plus faible, l’onde transporte 4 fois moins d’énergie, et 100 fois moins quand le champ est divisé par 10.

Pour donner des ordres de grandeur, à midi solaire et sans nuages, la puissance reçue est entre 500 et 1000W/m² sous nos latitudes suivant la période de l’année. Dans le domaine des ultraviolets, la puissance est de l’ordre de 1 à 2W/m² pour les UVB et 30W/m² pour les UVA. Comme les photons ultra-violets sont très énergétiques, il peuvent induire des dégâts sur l’ADN dans les cellules de la peau, contrairement aux ondes radio. Les ultraviolets, notamment les UVB, sont ainsi jugés responsables par l’OMS de 80 à 90 % des mélanomes malins, dont il y a plus de 10000 cas par an en France. Cela explique que les pouvoirs publics appellent à faire attention à son exposition au Soleil.

On peut aussi donner un aperçu des différences qu’il peut y avoir entre le four et le WiFi : un four à micro-ondes en fonctionnement consomme à peu près 1000W, dont mettons 50 % est transformé en rayonnement. L’onde reste confinée dans l’espace où on met les aliments qui mesure à peu près 20cm de côté. En face de cela, un routeur WiFi va péniblement émettre 100mW (10 000 fois moins!) pour permettre de couvrir un appartement de 100m². Les puissances en jeu n’ont donc rien à voir !

Les recommandations

Dans le domaine des ondes radio, il existe un organisme reconnu par l’OMS qui s’occupe d’étudier la question des impacts sur la santé : l’ICNIRP. Cet organisme publie notamment des recommandations [en, fr] où l’état de la science est passé en revue. Pour ce qui concerne les fréquences utilisées pour les télécoms et le WiFi, l’effet sur le corps humain consiste en une hausse de la température. Il n’y a aucun effet comme les atteintes directes à l’ADN : chaque photon ne transporte pas assez d’énergie pour briser des liaisons chimiques.

Pour établir sa recommandation pour le public, la commission regarde quel champ provoque un échauffement de 1°C du corps humain, puis divise le flux de puissance par 50. Au final, on a donc un échauffement local dû aux ondes de 0.02°C. Les valeurs sont données dans le Tableau VII ci dessous.
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On y voit que pour le WiFi (autour de 2.4GHz), la recommandation est de 61V/m, soit 10W/m², et à 900MHz, fréquence historique du téléphone mobile, de 41V/m. La réglementation française reprend ces valeurs.
En ce qui concerne les antennes, en Angleterre, on a constaté que les niveaux dus aux antennes ne dépassaient pas 2 % de la recommandation (en termes de puissance). En France, plus de 97 % des mesures sont à moins de 10 % de la recommandation en termes de champ. Comme dit plus haut, cela correspond à 1 % en termes de puissance et donc d’échauffement. 80 % des mesures sont à moins de 2V/m soit 0.25 % de la recommandation en termes de puissance pour la bande des 900MHz. On constate donc qu’en dehors de cas exceptionnels, l’échauffement dû aux antennes est inférieur à 0.0002°C.

Quant aux téléphones, on peut accéder aux données des fabricants les plus connus sur leur site internet (exemple). Les émissions sont souvent proches de 50 % de la recommandation, soit un échauffement dû au champ radio de 0.01°C.

Les études épidémiologiques sur le cancer et les ondes radio

Même si on voit qu’a priori il y a toutes les chances pour que les ondes radio n’aient pas d’incidence sur la santé des études épidémiologiques ont été conduites pour vérifier si c’était bien le cas.

L’étude la plus mentionnée est sans doute INTERPHONE. Parmi les résultats médiatisés de cette étude, il y aurait une augmentation du risque de certains cancers pour les 10 % des plus gros utilisateurs. Cependant, même si c’était confirmé, cette augmentation du risque serait extrêmement faible : le surplus de cas de cancer serait de 60 par an, à comparer aux 350000 cas annuels, tous cancers confondus.

L’étude comporte aussi un biais important : elle se base sur l’utilisation du téléphone rapportée après coup par les malades. Comme le cancer se développe avec un temps de latence important, il est aisé pour les gens de se tromper de bonne foi. Il faut donc pour bien faire confirmer à l’aide d’autres types d’études. C’est ainsi qu’une étude danoise de cohorte suivant l’état de santé de toute la population sans a priori n’a trouvé aucun effet. De même, si les téléphones ont un impact important sur l’apparition de certains cancers, on devrait le constater via une augmentation du nombre de ces cancers. Or, ce n’est pas le cas : le nombre de cas de cancers qui pourrait être liés au téléphone est stable, malgré l’utilisation intensive qui en est faite depuis maintenant de longues années.

Dans d’autres domaines, on n’a pas constaté de maladies professionnelles liées aux ondes radio (exemple avec les radars). Tout porte ainsi à croire que les ondes radios utilisées pour les télécoms n’ont pas d’effet délétère sur la santé. Comme le dit l’OMS : « À ce jour, il n’a jamais été établi que le téléphone portable puisse être à l’origine d’un effet nocif pour la santé. »

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Incidence constatée du gliome (type de cancer) comparée à différents modèles

Le cas des électro-hypersensibles

Mais alors, pourquoi y a-t-il des articles dans les journaux sur les électro-hypersensibles ? La réponse est que si ces gens sont bien malades, la cause n’est pas celle qu’ils dénoncent. En effet, les expériences scientifiques ont toujours montré que le corps humain ne peut détecter les ondes radio. Les résultats sont les mêmes que l’exposition soit réelle ou simulée :
Lorsqu’ils étaient réellement exposés à des ondes radio, les électro-hypersensibles mentionnaient de plus forts maux de tête dans 60 % des cas
Lorsqu’ils étaient exposés de façon factice à des ondes radio, ils mentionnaient de plus forts maux de tête dans 63 % des cas, une proportion très similaire.

C’est ce qui a amené l’AFSSET (depuis devenue l’ANSES) à écrire que « les seuls résultats positifs obtenus à ce jour sur le plan thérapeutique sont ceux obtenus par des thérapies comportementales ou des prises en charge globales. » L’OMS est du même avis, puisqu’elle déclare qu’il n’y a «aucune base scientifique» reliant ces symptômes aux champs électromagnétiques.

On peut donc dire que ces articles alertant sur le cas des hypersensibles ne donnent pas un bon aperçu du consensus scientifique et qu’accepter sans distance critique le regard que les malades portent sur leur propre condition n’est pas le meilleur service à leur rendre.

Conclusion

Les ondes radio utilisées dans les télécoms sont sans danger pour la santé humaine. C’est ce qu’il ressort du consensus scientifique sur la question. Au fond, c’est cohérent avec l’historique qu’on en a : les ondes radio sont utilisées depuis plus d’un siècle et l’invention de la radio, ses usages n’ont fait que se développer. Les travailleurs du secteur (radio, radars, …) ont donc été plus fortement exposés que le public d’aujourd’hui, mais aucune maladie professionnelle n’a été détectée.

Il serait donc dommage de se priver d’inventions parmi les plus utiles des 40 dernières années et qui vont continuer à trouver de nouvelles applications. Le téléphone portable est devenu un moyen presque indispensable de communication et rend de grands services, au point que la fin des «zones blanches» est devenue une revendication des élus de zones rurales.

L’activité législative restrictive en ce domaine est déplorable, en ce qu’elle amène jeter le doute sur le consensus scientifique d’innocuité.

NB : ce texte s’inspire de 2 textes en anglais, sur le site du Guardian et ; ainsi que de ce billet du pharmachien.

Proteos