Flux et stock de pollution

Pour beaucoup de polluants, les flux d’émission ont baissé en France depuis 20 ou 40 ans, parfois de manière très importante. Mais la conséquence de ces pollutions va être très différente, selon que les polluants sont persistants ou non. Par exemple, le stock de CO2 dans l’atmosphère continue à augmenter même avec des émissions réduites, avec les conséquences que l’on connait sur le réchauffement climatique. A contrario, les poussières émises dans l’atmosphère se déposent au bout d’un temps plus ou moins long (heureusement, les poussières émises par les volcans depuis des milliards d’années ont fini par se déposer !)

Pour illustrer l’importance de la persistance ou non des produits, on peut prendre comme exemple les produits radio actifs émis lors de l’accident de Tchernobyl. Ces rejets ont au départ une radio activité valant un peu plus de 10 milliards de milliards de Becquerel (10 puissance 19 Bq). Une décomposition sommaire permet de distinguer

• Des produits à demi-vie courte (entre 2 et 64 jours). Le Xenon 133, représente au départ environ 60 % de la radioactivité. Sa demi-vie étant de 5.3 jours, la radio activité est divisée par 10 puissance 21 au bout d’un an. Au bout de deux mois, elle a déjà été divisé par 2 millions. L’iode 131, qui menace la thyroïde et a une demi vie de 8 jours fait partie de cet ensemble. L’ensemble de ces produits représente 97% de la radio activité des rejets de Tchernobyl. Au bout d’un mois, leur activité a été divisée par 20 et ils ne représentent plus que 60% de l’activité totale résiduelle. Au bout d’un an, leur activité a encore été divisée par plus de 100 et ils représentent moins de 2% de l’activité résiduelle totale. Aujourd’hui, après trente ans, ils ont évidemment totalement disparu.

• Des produits à durée de vie moyenne, comprise entre 2 mois et deux ans, comme le cérium 144 ou le césium 134. Ils représentaient environ 2% de la radio activité au départ, mais plus d’un quart au bout de deux mois et 60 % au bout d’un an, bien qu’ayant déjà été divisés par deux. Aujourd’hui, ils ont également quasiment disparu.

• Des produits à durée de vie longue, atour d’une trentaine d’année, le Césium 137 et le strontium 90. A l’origine, ils représentent 0.7% de l ‘activité des rejets. Aujourd’hui, bien qu’ils aient été divisés par deux, ils en représentent 95% (ce qui signifie qu’il ne reste plus qu’environ 0.35% de la radio activité totale initiale). On pourra considérer dans 300 ans qu’ils ont disparu

• Des produits à durée de vie très longue, essentiellement du plutonium de diverses masses atomiques 238, 239, 240 (le PU 241 a lui une demi-vie de 13 ans). Ils représentent 0.01% de la radioactivité initiale mais 100% de ce qui restera dans 300 ans. La durée de vie du PU 239 est de 24 110 ans : autant dire qu’il est quasi éternel au regard de la durée de vie humaine.

Au final, ce sont bien les résidus de plutonium qui posent les problèmes de gestion de déchets les plus difficiles pour le long terme. Quand on veut démanteler une centrale nucléaire, attendre tranquillement quelques années que le temps fasse son œuvre est une saine politique, qui permet l’élimination de la plus grande part de la radio activité, même s’il faut pour cela surveiller la centrale en permanence. Mais on ne peut imaginer attendre pour le démantèlement 300 000 ans que le plutonium disparaisse tout seul….

Ce qu’on vient de voir pour les produits radio actifs se décline un peu de la même manière pour d’autres polluants. Par exemple, on a découvert après quelques décennies d’utilisation que le DDT pouvait avoir des effets très négatifs, notamment parce qu’il se concentrait le long de la chaîne alimentaire, au détriment notamment des rapaces. Le DDT se dégrade plus ou moins vite selon l’endroit où il se trouve (air, eau, sol).

Tout cela se résume par un mot : le polluant est-il biodégradable, et si oui, à quel rythme.
C’est fort de ce constat qu’on est en train de remplacer les sacs en plastiques par des sacs en produits bio dégradables ou qu’on a édicté des normes européennes pour que les produits phyto sanitaires se dégradent en moins d’un an.

Bien entendu à ce critère de persistance ou non dans la durée, il faut ajouter celui de la toxicité. Par exemple les gravats ne se dégradent que très lentement, mais ils ne sont guère toxiques. Le CO2 n’est pas toxique aux concentrations actuelles (il n’est d’ailleurs pas toxique en soi, le problème est la baisse corrélative du taux d’oxygène), mais son influence sur le climat par effet de serre entraine les problèmes que l’on connait sur le réchauffement et le désordre climatique.

Autre question que l’on pourra traiter un peu différemment, celle de la disparition des espèces. Si celles-ci ont été décimées par la pollution, un repeuplement est théoriquement possible tant qu’elles n’ont pas disparues, à condition qu’on soit capable de reconstituer leur milieu naturel initial. Sinon…

On le comprend : il ne suffit pas de réduire les émissions pour régler les conséquences de la pollution. A contrario, c’est évidemment une condition nécessaire !