Relancer la demande

L’économie de la France souffre-t-elle d’un déficit d’offre ou d’un déficit de demande, voire des deux ? Les économistes semblent divisés sur le sujet, ceux qu’on entend dans les médias mettant plus souvent l’accent sur le déficit de demande.

François Hollande semblait vouloir privilégier une action sur la demande quand il a été élu et il avait promis pendant sa campagne de négocier ce point avec nos partenaires européens. La mention de cette action est déjà en soi la preuve qu’il y a un problème, lequel n’a guère était explicité à l’époque : les déficits publics français se situent, année après année depuis 2007, largement au-delà des niveaux définis dans le traité de Maastricht, 3% du PIB. La demande française consistait donc à ne pas revenir dans les clous, alors que la dette publique est également largement au-delà des 60% du PIB annuel prévus dans les traités.

Cette dette était à 21.2% du PIB en 1978, à 33,2 en 1988, 57,8 en 1998, 67,6 en 2008 et 97,5 début 2015 : il semble donc qu’on n’ait pas lésiné sur le déficit budgétaire depuis 40 ans, sans que cela nous ait évité de connaitre un chômage massif…

Et pourtant, on peut lire aujourd’hui dans les publications d’organismes aussi sérieux que l’OCDE ou que le FMI, que l’Europe devrait utiliser l’arme budgétaire pour accélérer sa croissance et surtout éviter la déflation. Mais le pays réellement visé n’est pas la France, mais l’Allemagne, qui connait aujourd’hui, contrairement à la France, des excédents budgétaires.

L’Allemagne, n’est pas entrée en grande forme dans l’euro, plombée qu’elle était par le coût faramineux de la réunification. En 2000, elle n’a qu’un très léger excédent commercial, alors que la balance des services est déficitaire (la France est dans le cas inverse). De 2001 à 2005, elle a comprimé ses salaires et revu ses chaines de production en utilisant au maximum la sous-traitance en Europe de l’Est.

Le résultat est que son excédent commercial est passé au-dessus de 5 % du PIB, pour une part importante au détriment de ses partenaires européens. Les exportations sont passées de 24% du PIB en 1995 à 47% en 2008, ce qui reflète à la fois la compétitivité retrouvée et la nouvelle organisation internationale de la production.

Cette politique mercantiliste a divisé par deux le taux de chômage en Allemagne, mais s’est fait aux dépens de la croissance des autres pays européens, dont la demande sert la croissance allemande. Bruxelles le reproche d’ailleurs aux dirigeants allemands et leur demande de relancer leur demande intérieure, comme elle demande au contraire aux dirigeants français de diminuer leurs déficits structurels

Sous la pression politique de ses voisins et la pression intérieure de la pénurie de main d’œuvre, l’Allemagne augmente enfin ses salaires, d’environ 3 % par an. Une augmentation plus lente en France permet à notre pays de restaurer sa compétitivité coût vis-à-vis de son voisin, mais le processus est très lent.

En 2014 et en 2015, le commerce extérieur a contribué négativement à la croissance française, de 0.5% du PIB en 2014 et 0.3 % en 2015. A l’inverse en Allemagne, le revenu des ménages a augmenté de 2,8% en 2015, mais la consommation seulement de 2,5%. Les exportations ont continué à progresser plus vite que les importations (+6,4% contre +4%).

Conclusion, La France doit continuer à restaurer sa compétitivité et, plutôt que de réclamer à l’Allemagne de pouvoir conserver ses déficits excessifs, lui demander d’augmenter plus vite sa demande intérieure.

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