Les pratiques française de politiques contra cycliques

On a vu dans les articles précédents que les deux politiques contra cycliques de relance et de mise en réserves, menées à des périodes successives, permettent une stabilité moyenne de la dette sur le long terme : le fait qu’un pays comme la France ait vu sa dette augmenter très fortement depuis 40 ans suggère qu’on n’y a pas suivi les politiques contra cycliques justifiées en période de vaches grasses, c’est-à-dire quand la croissance a été supérieure à sa moyenne à long terme, par exemple
• à la fin des années 80,
• à la fin des années 90 et au tout début des années 2000, avant l’éclatement de la bulle Internet
• et avant la crise financière de 2008

Déficit public

Comme on le voit sur la courbe des déficits, chaque cycle commence et finit à un niveau de déficit plus important que les précédents (comme si on était sur des montagnes russes). Si on ne veut pas se retrouver incapables de faire une politique budgétaire de relance (en raison d’une dette trop élevée) il faut faire plus de réserves en périodes de vaches grasses.

Vache grasse

Mais la France (et d’autres pays en Europe) vit une situation particulière : la dégradation de sa compétitivité au sein de la zone euro s’est traduit par une forte destruction des entreprises (et des emplois) du secteur industriel, le plus soumis à la concurrence internationale. Depuis la création de la zone euro, les salaires ont augmenté nettement plus vite en France qu’en Allemagne (l’écart se situe entre 1 et 2% par an, ce qui n’est pas énorme en soi, mais cumulé pendant plus de 10 ans, cela fait beaucoup, 17% à peu près à fin 2013).

Le résultat est que pour la troisième année consécutive, le pays ne profite que d’une partie de la croissance générée par la baisse du prix du baril et celle des taux.

2013 2014 2015 2016
Evolution du PIB 0.4 0.7 1.2 1.6
Contribution du commerce extérieur 0.1 -0.5 – 0.3 – 0.7

Les valeurs pour 2016 sont celles prévues par l’INSEE dans sa dernière note de conjoncture. Les autres données sont également issues de cette note (et d’une autre plus ancienne pour 2013). La prévision de croissance pour 2016 est aujourd’hui considérait comme un peu optimiste

En 2014, si la contribution du commerce extérieure avait été nulle, la croissance aurait été de 1.2% Sur les trois années 2014 à 2016, elle aurait été de 5% au total au lieu de 3.5%

A la fin des années 90, la compétitivité de le France était forte au sein de l’Union Européenne et de la future zone euro, ce qui explique que le pays a fortement profité de la croissance de la fin de la décennie, plus que la moyenne des pays de l’UE

Actuellement c’est le contraire : en raison d’une compétitivité dégradée, la France ne profite pas de la reprise européenne, qui a à peu près les mêmes causes dans les deux cas (hausse du dollar, baisse forte du prix du baril et des taux d’intérêt).

L’Allemagne a eu une évolution inverse

La compétitivité d’un pays provient des efforts d’investissements, de l’innovation produit et technique et de l’organisation, et par ailleurs de la compétitivité prix
Les résultats des entreprises étant nettement dégradés depuis 5 ans, l’investissement et les dépenses d’innovation sont à la peine
L’Allemagne au contraire a vu les profits de ses entreprises se redresser nettement. Par ailleurs, elle a profité de sa situation central dans la zone euro pour profondément renouveler son organisation industrielle (en sous-traitant ses activités moins complexes à ses voisins de l’Est à plus faibles salaires).
Ce sont les difficultés ci-dessus qui ont amené le gouvernement à créer le crédit impôt recherche puis le CICE

La compétitivité prix s’analyse notamment avec les pays de même niveau de développement ; l’Allemagne, le Royaume Uni ou les USA notamment.
Avec l’Allemagne qui est depuis longtemps notre premier fournisseur et notre premier client, les différences d’évolution salariales ont longtemps été corrigées par les dévaluations
Dans le cadre de la zone euro, cette solution n’est plus possible
Or, depuis 15 ans, les salaires ont évolués très différemment dans les deux pays., l’écart ayant atteint 17% en 2013. Il se réduit lentement depuis, en raison des augmentations plus élevées en Allemagne.

differentiel-dinflation

On peut légitimement reprocher à l’Allemagne son mercantilisme, et c’est d’ailleurs ce que fait la commission à Bruxelles, qui pousse ce pays à réduire ses excédents commerciaux (en augmentant les dépenses internes). Une partie de l’écart d’évolution salariale ( la moitié ?) correspond à un rattrapage qui était nécessaire pour l’Allemagne. On peut évidemment se demander le rôle joué par le passage aux 35 heures dans cette évolution.
L’écart se réduit actuellement à un rythme proche de 1% par an. Le rétablissement de la compétitivité va être long.

Dans la mesure où les efforts de relance français ne bénéficient que partiellement au pays (en raison de la contribution négative du commerce extérieur), la logique serait de rétablir la compétitivité avant de relancer l’économie. Mais alors, on a intérêt à agir vite et fort, plutôt que de faire trainer un longueur le redressement de la compétitivité. C’est le choix qu’avait fait l’Espagne, après la crise de l’euro. Elle est maintenant dans une claire dynamique de croissance.
La France a tardé à réagir (notamment pour cause d’élections puis de promesses présidentielles), avant de se décider à agir (avec notamment le CICE) d’une manière dont l’avenir seul dira si elle a été suffisante : les candidats à la présidentielle n’ont manifestement pas tous le même avis sur la question.

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