Le taux de croissance moyen baisse

La croissance du PIB de la France n’est plus celui des trente glorieuses, mais il est aussi plus faible depuis 2000 qu’entre 1980 et 2000 : la croissance à long terme de notre économie est elle condamnée à passer nettement sous les deux pour cent, voire moins ?
Avant d’essayer de répondre à cette question, il faut regarder les résultats, à partir des données sur le taux de croissance annuel du PIB, que l’INSEE fournit obligeamment depuis 1950, ce qui donne le résultat suivant

croissance PIB

La tendance est clairement à la baisse sur le long terme, mais les importantes fluctuations n’aident pas à bien comprendre si cette baisse est régulière (ce qui est l’impression spontanée) ou non.
Pour lisser un peu les fluctuations, une solution est de résonner sur une moyenne glissante sur 5 ans

croiss&ance 5 ans PIB

Ce nouveau graphique confirme la baisse tendancielle sur très longue période. La dernière période marque la chute de la croissance suite à la crise de 2008. Une fois effacées les années 2008 et 2009 de la moyenne glissante, la croissance ne remonte qu’à 1%.

Pourquoi cette baisse ?
• La période des trente glorieuses se situe à un niveau très élevé, de l’ordre de 5% par an, un rythme qui n’est possible que parce que la France est en train alors de rattraper son retard technologique sur les U.S.A. D’autres pays (Allemagne, Japon, Corée, Chine, Inde) ont connu ou connaissent le même phénomène de rattrapage, parfois avec des rythmes encore plus élevés, du fait d’un écart initial plus important. Il est donc normal qu’une fois l’écart comblé, le rythme de croissance passe en dessous des 3%
• La part des services dans le PIB augmente progressivement. Elle représentait un peu moins de la moitié du PIB en 1949 (34% pour les services marchands et 12 % pour les services principalement non marchands), et plus des trois quarts en 2007 (56% pour les services marchands et 21 % pour les services principalement non marchands). Or les gains de productivité importants sont plus difficiles à obtenir dans les services que dans l’industrie ou l’agriculture : entre 1990 et 2007, la productivité horaire augmente de 4.2 % par an dans l’agriculture, de 3.4 % par an dans l’industrie, de 1.3 % par an dans les services marchands et de 0.6 % par an dans la construction http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1201#inter1

D’autres éléments viennent corriger les deux éléments majeurs ci-dessus.
• La démographie place la France entre l’Allemagne (où l’évolution naturelle, sans immigration, est nettement à la baisse) et les USA (dont la fécondité est encore nettement supérieure à 2 enfants par femme).
• Le faible taux de marge des entreprises de 1974 à 1984 a évidemment nui à l’investissement, du fait de sa durée. La France a repris un peu de retard sur les USA.
• Le volume important du chômage signifie que la France est en dessous de so potentiel de croissance à long terme. On pourrait imaginer que l’écart est de l’ordre de 10%, comme le taux de chômage, mais la répartition des qualifications des chômeurs et des autres actifs suggère une valeur plus faible. Réparti sur 40 ans, l’écart n’est plus alors que de 0.2 % par an au maximum

Du fait d’une augmentation plus lente qu’auparavant de la productivité horaire, les économistes expliquent que la croissance est plus riche en emploi ». Ce qui n’est qu’une description factuelle va malheureusement être compris comme le fait qu’il suffit de réduire les gains de productivité pour augmenter l’emploi, comme si cela n’affectait pas le taux de croissance !

Si l’on revient au graphique, on observe encore des cycles, que l’on peut essayer de réduire en calculant la moyenne sur 10 ans au lieu de 5, ce qui donne le résultat ci-dessous. Sur ce graphique, la valeur pour 1959 est la moyenne des 10 années de 1950 à 1959

croissance PIB 10 ans

On voit maintenant apparaitre quatre périodes
• Jusqu’au début des années 70 (et à partir des années 50), la croissance se situe au-dessus de 5% par an
• Elle diminue ensuite durant les années 70 jusqu’au niveau de 2% par an
• Elle se stabilise ensuite un peu au-dessus de ce niveau pendant environ 25 ans
• Elle se trouve un peu au-dessus de 1% depuis la crise financière de 2008, ce qui signifie au moins que les effets de la récession d’alors n’ont pas été compensés

Un certain nombre de freins ont été progressivement mis en place pour limiter les gains de productivité, suite à l’action de groupes sociaux pour se protéger (par exemple avec des normes d’effectifs, en particulier dans le secteur public) ou en raison d’une analyse simpliste de la relation entre productivité et emploi. Le code du travail rend très compliqués les licenciements économiques, dans le but de protéger l’emploi, là aussi dans une analyse simpliste. Pourtant, les licenciements économiques représentent une part très faible des sorties de l’emploi : le principal résultat obtenu est le développement de formes plus précaires de l’emploi.

Une solution alternative pourrait être au contraire de chercher les moyens technologiques, organisationnels et de compétences, pour accélérer les gains de productivité.
Contrairement à une analyse qui ne prend en compte que les effets immédiats, on peut penser que les efforts insuffisants de la recherche de productivité ont un effet négatif sur l’emploi et augmentent le taux de chômage, par exemple en dégradant la compétitivité.