Géographie de l’emploi

Année après année, des bassins d‘emploi se développent quand d’autres stagnent voire régressent. De légères évolutions annuelles, en s’accumulant dans le temps, finissent par constituer des changements majeurs dans la répartition territoriale de l’emploi, au bénéfice du littoral méditerranéen et de celui de l’atlantique, mais aussi des grandes métropoles.

La DARES a publié il y a deux ans un atlas des zones d’emploi(304 en métropole, 17 dans les DOM TOM hors Mayotte), montrant l’évolution entre 1998 et 2011. Les données par zones sont maintenant disponibles jusqu’à 2013, ce qui permet de calculer l’évolution sur 15 ans.

zones urbaines

La carte des zones urbaines fait apparaitre trois zones denses
• Du Nord à Nantes et la Rochelle, en passant par l’Ile de France, la Normandie, Rennes et une partie du Val de Loire
• De l’Alsace à la région Rhône Alpes en passant par Dijon
• Un croissant discontinu entre Bordeaux, Toulouse et le sud de la région PACA

En creux, on peut distinguer des zones plus rurales
• Une zone diagonale qui va du Nord Est (Verdun) au Sud-est(Pau) en traversant une partie des régions Champagne Ardennes, Centre, Limousin, Aquitaine (en passant entre Toulouse et Bordeaux). Cette zone a reçu le surnom de « diagonale du vide »
• Une zone horizontale qui traverse une partie du Massif central et des Alpes, de Agen à Gap, en passant par Aurillac par exemple.

Evolution emploi

La carte de l’évolution des zones d’emploi donne des résultats un peu différents :
• Une zone de fort développement sur le littoral atlantique, des Landes jusqu’à l’Ile et Vilaine
• Une autre zone en fort développement qui comprend tout le sud est (Rhône Alpes et surtout PACA) et Toulouse
• Des zones en faible croissance, voire en recul, notamment dans toute la partie nord et centre de la diagonale du vide
• Une région parisienne en croissance moyenne, entourée de nombreuses zones en décroissance, notamment à l’est et à l’ouest

Les zones d’emploi ne correspondent pas forcément aux entités administratives mais quand une zone est à cheval sur deux régions (on raisonne ici sur les 22 anciennes régions), l’INSEE donne la répartition des emplois entre les deux régions (il y a 9 zones dans ce cas). L’évolution de l’emploi sur 15 ans est très contrastée selon les régions (sur la période, l’emploi augmente de 11.58% en métropole) : 136 des 304 zones métropolitaines font à elles seules toute la croissance d’ l’emploi, et les 71 qui régressent voit leur emploi baisser de 128 000 au total

10 Régions sont stables ou en faible croissance : Champagne-Ardenne (-1%), Lorraine (-1%), Picardie (+1%), Franche Comté (+2%), Limousin (+2%), Bourgogne (+3%), Haute Normandie (+4%), Centre Val de Loire (+5%), Basse Normandie (+5%), Auvergne (+5%)

4 régions seulement sont en croissance moyenne : Alsace (+7%), Nord Pas de Calais (+8%), Poitou Charente (+10%) et l’Ile de France (+12%)

8 Régions sont en croissance forte voire très forte : Bretagne (+15%), Pays de la Loire (+16%), Rhône-Alpes (+15%), Aquitaine (+16%), Midi Pyrénées (+20%), PACA (+22%), Languedoc Roussillon (+23%) et Corse (+39%)

Même si ce n’est pas vrai dans les détails, on découvre une France du sud dont les emplois progressent fortement, à l’opposé de la France du nord, en croissance faible ou moyenne, voire en stagnation. Les 5 régions les plus au sud sont également celles qui ont la plus forte croissance.
Il faut cependant corriger cette impression : ce n’est pas que le fait d’être au sud qui fait se développer ces régions, c’est aussi le fait d’être sur le littoral. Sur ce critère, la région Midi Pyrénées, qui n’est pas côtière mais en forte croissance, semble faire exception. L’analyse plus fine montre que la croissance de l’emploi de la région hors zone de Toulouse n’est que de 6%. C’est Toulouse, avec son Airbus et ses 35% de croissance de l’emploi qui tire la région, dont elle représente plus de la moitié de l’emploi.
On voit bien sur la carte à quel point, de Nantes à Bayonne et de Perpignan à Nice, les départements côtiers voient leur population et leurs emplois augmenter plus vite que celles des départements limitrophes non côtiers
Cette croissance est due à ce qu’on appelle l’économie résidentielle : les habitants des autres régions viennent y passer leurs retraites ou leurs vacances, dynamisant les économies locales. L’augmentation de l’emploi signifie que sur la période le nombre de retraités venant d’ailleurs ou d’estivants réguliers est en augmentation.

Le nombre élevé de zones d’emploi (trois fois plus que de départements) permet de faire une analyse nettement plus fine que ce que nous donne l’analyse régionale
Le premier constat est la grande diversité des surfaces mais surtout des volumes, qui distinguent les zones autour de grandes métropoles (de grande surface et de grand volume) des zones autour d’une petite ville, plus petites à tous point de vue
Si l’on classe les zones par volume d’emplois, on trouve
• La zone de Paris qui avec 3.8 millions d’emplois en 2013, dispose des 2/3 des emplois de l’Ile de France et 14% des emplois de la métropole (un sur sept)
• 27 zones de plus de 190 000 emplois qui, ajoutés à Paris, permettent d’atteindre la moitié des emplois de la métropole
• 35 zones comprennent entre 100 000 et 190 000 emplois et en regroupent ensemble 4.8 millions
• 80 zones comprennent entre 40 000 et 100 000 emplois et en regroupent ensemble 5 millions
• 161 zones de moins de 40 000 emplois regroupent ensemble 3.5 millions d’emploi

Sur 15 ans, l’emploi a été augmenté de 2 763 737 unités. 12 zones autour de grandes métropoles ont gagné au moins 50 000 emplois, dont 5 (dans l’ordre Paris, Toulouse, Lyon, Nantes et Bordeaux) qui en ont gagné plus de 100 000. A elles seules, ces 12 zones ont généré (ou accaparé ?) la moitié des emplois créés ! Et 77 zones regroupent 90% de l’emploi créé.

Si maintenant on classe les zones d’emplois par pourcentage (et non par volume absolu) d’emplois gagnés ou perdus ;
• 10 zones ont perdu plus de 10% de leurs emplois (jusqu’à 17.5%). Ce sont toutes des zones de moins de 40 000 emplois
• 61 zones ont perdu entre 0 et 10 % de leurs emplois. Elles en regroupent ensemble 2.1 millions
• 114 zones ont gagné jusqu’à 10 % d’emplois. Elles en regroupent ensemble 7.5 millions
• 73 zones(dont Paris) ont gagné entre 10 et 20% d’emplois. Elles en regroupent ensemble 11.7 millions
• 46 zones ont gagné plus de 20% d’emplois (plus de 30 % pour 20 d’entre elles). Elles en regroupent ensemble 5.1 millions

Les 10 zones qui ont perdu plus de 10% de leurs emplois sont Saint Claude(Jura), Thiers (Puy de Dôme), Péronne (Somme), Saint-Dié (Vosges), Oyonnax (Ain), Vitry Le François (Marne), St Amand-Montrond (Cher), Commercy (Meuse), Longwy (Meurthe et Moselle) et Autun (Saône et Loire). 10 zones dans 10 départements différents.
Les 20 zones qui ont gagné plus de 30% d’emplois sont les 6 de la Corse, 5 zones en PACA, 4 en Languedoc Roussillon , les Sables d’Olonne et La Teste-de-Buch, soit 17 zones situées sur un littoral auxquelles il faut ajouter Marne la Vallée, Toulouse et Ambérieu. On notera qu’Ambérieu et Oyonnax, qui sont dans le même département, sont situés à moins de ¾ h de voiture par l’autoroute…

Emploi et métropoles

Pour ce qui est des métropoles, on peut comparer l’évolution de l’emploi dans chaque région avec celle dans la capitale régionale. Mais il faut d’abord souligner l’importance des métropoles dans l’emploi, qui explique que 10% des zones d’emploi regroupe la moitié des emplois et que la région parisienne en représente
Trois cas sont à traiter à part
Paris progresse d’un point de moins que l’ensemble de sa région, mais il faut dire que c’est l’ensemble de la région qui fonctionne comme une seule métropole, le centre n’ayant plus guère de place pour accueillir de nouveaux emplois
Marseille progresse de quatre points de moins que la région PACA, mais il faut ajouter que la croissance d’Aix est de 45% pour atteindre 182 milliers d’emplois : c’est sur cette partie de la métropole Aix Marseille que se fait aujourd’hui la croissance.
En Corse, malgré une croissance très forte (plus de 34%) Ajaccio fait moins bien que l’ensemble de l’Ile, ou la logique de l’économie résidentielle joue à plein

Partout ailleurs, c’est la métropole qui tire l’emploi, les chiffres ci-dessous portant sur l’écart entre la métropole et l’ensemble de la région :
Strasbourg (0%), Poitiers (+1%), Metz(+2%), Limoges (+2%), Orléans (+3%), Rouen (+3%), Lyon (+5%), Clermont Ferrand (+5%), Amiens (+5%), Caen (+5%), Bordeaux (+6%), Dijon (+6%), Chalons (+8%), Lille (+8%), Besançon (+9%), Rennes (+10%), Montpellier (+11%), Nantes (+13%), Toulouse (+14%).

La première place de Toulouse dans ce classement s’explique évidemment par l’effet Airbus.
Ces grandes métropoles concentrent les actifs les plus qualifiés : professeurs d’université ou d’écoles de commerce ou d’ingénieurs, membres de directions régionales d’entreprises en réseau ou de services de l’Etat, consultants, ingénieurs informatiques (dont la moitié sont en Ile de France), services des Régions administratives…
Paris et l’Ile de France assèchent les métropoles voisines (Rouen, Amiens, Reims, Orléans, Tours) de ces métiers les plus qualifiés, ce qui explique en partie la situation peu favorable de la Normandie, de la Picardie ou de Champagne Ardennes.

Pour conclure, il faut noter un point majeur : il n’y a pas de lien entre l’expansion de l’emploi et le taux de chômage. Les bassins d’emploi qui connaissent le plus faible taux de chômage ne sont pas forcément ceux où l’emploi croit le plus mais ceux dans lesquels la part de l’emploi pas ou peu qualifié est important