Conjoncture favorable début 2017

La conjoncture économique de la France s’est clairement améliorée depuis le début de l’année 2017, ce qui traduit les progrès de compétitivité prix obtenus sous le quinquennat de F Hollande. L’amélioration se traduit par une augmentation de l’emploi et une diminution du taux de chômage, mais reste encore très progressive : dans l’effort de redressement à faire en particulier vis-à-vis de l’Allemagne, seul la moitié du chemin a été faite.
Ces assez bons résultats enfin obtenus, s’ils n’ont pas permis à François Hollande ni à Manuel Valls de se présenter à l’élection présidentielle, ont probablement contribué (mais dans quelle mesure ?) à la victoire d’un candidat affichant son optimiste plutôt qu’à celle de candidats extrémistes, qui sont cependant encore à un niveau très élevé.
Si l’on observe le tableau de bord de la conjoncture publié le 26 mai par l’INSEE, l’indicateur synthétique de confiance des ménages se situe à sa moyenne historique (niveau 100), un niveau qu’il n’avait pas connu depuis la fin de l’année 2007 ! L’indicateur de climat des affaires a dépassé ce niveau 100 depuis un an et atteint 105 en 2017, son meilleur niveau depuis 2011. On peut ajouter que le taux de chômage au sens du BIT est en baisse et que l’utilisation des capacités de production dans l’industrie est redevenue normale : elle est juste au-dessus de sa moyenne de longue période observée de 1995 à 2007, un niveau qu’elle n’avait pas atteint depuis le début de la crise fin 2008, un niveau qui devrait inciter les entreprises à investir, maintenant que le partage de la valeur ajoutée est revenu à un niveau qui leur permet de le faire.

La conjoncture progresse donc. Mais bien lentement, trop lentement, parce que la France souffre encore d’un déficit de compétitivité : l’augmentation de la consommation profite d’abord aux importations, quand l’augmentation de consommation de nos clients étrangers dynamise insuffisamment les importations, année après année, comme le montre le graphique suivant, qui donne l’évolution du commerce extérieur en volume (attention, si les courbes se croisent en 2005, c’est seulement parce que les données INSEE sont en base 100 en 2005. Les données sont sur 6 mois glissants, la date affichée est celle du premier des 6 mois).

Année après année, le commerce extérieur plombe la croissance : -0.5 % du PIB en 2014, -0.3% en 2015, -0.7% en 2016 et déjà -0.7% sur le premier trimestre 2017.
Dans le numéro du Monde daté du jeudi 25 mai, on peut lire dans l’article sur la conjoncture « une hausse de la demande intérieure de 1 point conduit à une hausse des importations de 0.8 point et de seulement de 0.2 point de PIB ». Le journal ne précise pas d’où il sort ces lignes qui paraissent excessives à l’observateur, mais qui reflètent certainement la tendance générale. La conséquence est qu’une relance keynésienne telle que celle qui était envisagée par Jean Luc Mélenchon aurait d’abord et avant tout profité à nos voisins. L’impact massif sur le déficit public des mesures envisagées n’aurait donc que faiblement profité à la croissance et à l’emploi, ne permettant pas le retour de recettes espéré.

La raison principale de cette dégradation du commerce extérieur est connue : les salaires français ont progressé beaucoup plus vite que les salaires allemands après la création de l’euro, ce qui a dégradé la compétitivité chèrement acquise par des années de désinflation compétitive entre 1984 et 1999.
Les graphiques ci-dessous portent sur le coût horaire du travail en euros d’abord, en basse 100 pour chaque pays ensuite.

Comparaison de l’évolution du coût du travail dans 4 pays de la zone euro

Comparaison de l’évolution des coûts du travail (base 100 en 200 pour chacun des pays)
La différence entre les salaires allemands et français d’une part, grecs et espagnols d’autre part montre qu’une économie peut fonctionner avec des salaires élevés, s’ils correspondent à des niveaux élevés d’organisation, de qualification et d’innovation.
Par contre, entre deux pays ayant des caractéristiques semblables de savoir-faire, les différences salariales se payent vite. La France peut se permettre d’avoir des salaires nettement plus élevés que l’Espagne, elle ne peut pas voir ses salaires évoluer nettement plus vite que les salaires allemands.
De 2000 à 2012, le coût horaire du travail en France est passé de 24.42 € à 35.20 € quand il passait de 26.34 € à 31.95 € en Allemagne : nos produits ont été systématiquement désavantagés face aux produits allemands. En 2000, les coûts allemands sont 8% au-dessus des coûts français (ce qui explique les difficultés allemandes et les bons résultats du commerce extérieur français à l’époque), alors qu’ils sont plus faibles de 9% en 2012(avec les conséquences que l’on voit sur le commerce extérieur et l’emploi) !

Il n’y a pas à chercher plus loin les difficultés de notre pays et l’éclatante réussite de notre voisin.

Il faut savoir gré à François Hollande d’avoir commencé à redresser la barre. Le différentiel a baissé d’environ 5% à la fin 2016. Mais il reste encore un différentiel important, qu’il faudra des années pour combler.
En 2016, les salaires allemands ont augmenté de 3.1% et les salaires français de 1.3% : la vitesse de rattrapage a augmenté ces derniers temps. La proposition d’Emmanuel Macron de baisser les charges salariales a pour but de maintenir une faible progression des salaires chargés sans affecter le pouvoir d’achat. On va voir ce que cela donnera.

Le cas de la Grèce est très inquiétant car il montre qu’il ne suffit pas de revenir à des salaires compétitifs pour voir les résultats s’améliorer. Les effets ne sont en effet pas immédiats : les réformes allemandes menées au début des années 2000 ont mis entre 5 et 10 ans à faire effet, et de la même manière la situation française ne s’est dégradée que progressivement dans le temps. Dans une situation assez semblable, le plan de rigueur de Mauroy Delors en 1984 explique les bons résultats sur la croissance et l’emploi entre 1997 et 2000. Près de quinze ans plus tard. Penser que les mesures prises en 2013 avec notamment le CICE allaient redresser la courbe du chômage rapidement était une illusion.
Le nouveau gouvernement va probablement poursuivre la politique menée en l’accentuant. On ne peut que souhaiter que les effets soient sensibles avant la fin du quinquennat.