Agriculture française

La France reste une grande puissance agricole, comme le montrent ses excédents commerciaux (une dizaine de milliards par an, produits agricoles et agro-alimentaires confondus) ou la réputation de certains de ses produits, de ses marques et de sa cuisine dans le monde entier. Ce n’est pas nouveau : la Gaule romaine était déjà considérée comme le grenier à blé de l’empire !

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Le monde agricole est confronté à des défis importants, environnementaux et économiques notamment. La crise des producteurs de lait et le conflit avec Lactalis en ont été une illustration à la fin du mois d’août.

Le Monde publiait le 30 août un article sur ce conflit et on trouvait dans le même numéro un article sur un autre conflit en Bretagne, avec un gros producteur de porc. Le rapprochement de ses deux articles pouvait donner à penser au lecteur, même peu connaisseur de cette filière comme l’auteur de ces lignes.

Il y a une dizaine d’années une publication du ministère de l’agriculture française débutait par ces lignes :
En 1955, la France comptait 2,3 millions d’exploitations agricoles. En 2003, elles ne sont plus que 590 000, dont 62,2 % sont considérées comme professionnelles. Deux millions de personnes vivaient sur ces exploitations en 2000, soit quatre fois moins qu’en 1955.
La population active agricole, familiale et salariée, atteignait 6,2 millions de personnes en
1955, soit 31 % de l’emploi total en France. En 2000, cette part est tombée à 4,8 % avec
1,3 million de personnes.
L’INSEE, ne prenant pas en compte la population dite familiale donnait des valeurs un peu différentes, mais la tendance y est identique : 10.1% de l’emploi total en 1975, 4.9% en 1997, 3.2 % en 2007, la baisse de l’emploi agricole est inexorable depuis 50 ans.
Les dernières données montrent entre 2003 et 2015 une baisse d’un quart du nombre d’exploitations, le nombre d’emplois ayant suivi à peu près la même tendance.

L’article du 30 août sur Lactalis se termine sur les eux tendances en cours dans l’agriculture française : celle de la productivité (réduire drastiquement le nombre d’exportations comme en Allemagne, pour les rendre compétitives, ou viser le haut de gamme pour vendre plus cher des produits appréciés pour leur grande qualité(par exemple bio). L’auteur constate que la France essaie de faire les deux et prédit « schizophrénie assurée et conflits à répétition en perspective ».

Il est effectivement irréaliste qu’un même exploitant s’installe sur le bas et le moyen de gamme. Il en est probablement de même pour une coopérative locale, certainement pour une marque et peut être une entreprise ; On ne voit vraiment pourquoi cela devrait être le cas pour un pays de la taille de la France.
Il y a cinquantaine d’années, dans la plus grande part des produits de toutes sortes le créneau du moyen de gamme était celui qui attirait le plus de clients. Depuis les choses ont changé : la mondialisation a tiré les prix vers le bas, sauf pour le haut de gamme (et encore), et l’impératif de qualité (au sens de conformité à la promesse) est partout : du coup, entre le bas de gamme dominé par l’impératif prix et le haut de gamme, il n’y a pas de place pour milieu de gamme.

Les établissements agricoles ne peuvent pas rester entre deux, il leur faut choisir : grossir encore, comme ils l’ont fait depuis soixante-dix ans de manière à améliorer encore leur productivité ou s’installer dans une niche de qualité, sans le faire à moitié. Ce qui signifie que les effectifs de la filière vont continuer à fondre. Il en sortira probablement en effet encore des conflits, mais il est certain qu’il n’y a pas de solution plus pertinente dans statu quo : celui-ci conduit à un échec certain.

etable

On a vu à propos de la ferme des milles vaches les réticences qu’amènent la course à la productivité. Pourtant, pour le béotien, on ne voit pas en quoi cinq établissements de 200 vaches seraient plus vertueux qu’un seul de mille vaches : le vrai problème est que passer du premier cas au second conduit à la disparition de 4 exploitants, dont un peut être deviendra salarié agricole. La vraie question pour les pouvoirs publiques, ce n’est pas de freiner le mouvement pour s’enfermer dans une situation sans avenir, c’est d’accompagner la situation sociale et d’aider à la reconversion de ces quatre-là.

porc

Le deuxième article du Monde portait justement sur le cas d’une ferme de grande taille, dans l’élevage porcin cette fois, qualifié de « géant » par le journaliste. L’article relate les tensions entre un éleveur voulant agrandir encore « la plus grosse usine à cochons de toute la région » à deux associations écologiques. Il est facile de soupçonner l’auteur de l’article de ne pas être vraiment neutre dans l’affaire (l’article parait dans la rubrique Planète ». Les associations écologistes reproche à l’éleveur trop de tout : de cochons (il est question de 26 000 cochons par an), de place occupée, de lisiers, d’odeurs.

Une fois de plus, le béotien qui écrit ces lignes ne voit pas l’avantage pour l’environnement. à avoir 26 éleveurs de 1000 cochons par an plutôt que un seul à 26 000.
L’article identifie pourtant une question intéressante : il est reproché à l’éleveur d’avoir refusé de construire un unité de méthanisation, jugée « non rentable » (la baisse du prix du baril et donc du gaz semble être passée par là).

Les pouvoirs publics doivent ils rendre obligatoires de telles unités, quitte à les subventionner ? Pourquoi pas ! Mais dans ce cas, il parait logique d’imposer de la même manière tous les éleveurs, quel que soit leur taille, pour ne pas fausser la concurrence. Il est alors très probable que la mise en place de tels systèmes serra moins coûteuse dans les installations concentrées que dans les installations dispersées.