Synthèse économie

Le mythe de la « pensée unique »

On vit une situation curieuse en France en ce qui concerne le discours économique. Les économistes hétérodoxes fustigent « la pensée unique dominante » mais quand on va dans une librairie, c’est bien la pensée hétérodoxe et son discours (souvent apocalyptique) qui domine. Tout se passe comme si les hétérodoxes avaient envahi le discours public faute de convaincre dans les cercles spécialisés alors que les orthodoxes ne prennent guère le temps d’écrire pour les non-initiés ! La presse dite économique s’intéresse en fait aux « affaires » c’est-à-dire la vie des entreprises et à la Bourse. Ailleurs, les journalistes confondent facilement millions et milliards…
Pour comprendre pourquoi nos gouvernants prennent telle ou telle décision, sur quoi ils s’appuient pour faire telle ou telle politique, il faut aller chercher quelques économistes bon vulgarisateurs (Daniel Cohen ou Jean Pisani-Ferry, ou encore les Econoclastes) ou aller chercher du côté des notes de conjoncture de la Banque de France ou de l’INSEE. Le site de France Stratégie marque cependant un net progrès dans le domaine.

La situation économique de la France
Quelques faits pour planter le décor
1. La France est un des pays dans lequel la dépense publique est la plus élevée : la part des dépenses publiques, représentait plus de 56 % du PIB, soit 1151 milliards d’euros en 2012, contre environ 45 % en moyenne dans les pays de l’OCDE. Le niveau de prélèvements obligatoires est l’un des plus élevés de l’OCDE (à 45,3 % du PIB en 2012, soit 913 milliards d’euros, contre environ 34 % en moyenne dans les pays de l’OCDE). Il faut noter que la différence se fait en particulier sur les prestations sociales (retraite, sécurité sociale, etc.), ce qui permet un système de santé plutôt au-dessus de la moyenne, les allocations familiales contribuant probablement à une fécondité également supérieure à la moyenne européenne
2. Les déficits cumulés depuis quarante ans et en particulier ceux des six dernières années ont entrainé une dette qui approche un an de PIB. Pour l’instant, les intérêts payés ne représentent qu’une part limitée de la dépense publique, mais il y a évidemment un risque d’une augmentation significative de ce poste. A noter que la France ne respecte pas les critères de Maastricht, tant du point de vue du déficit que de la dette cumulée. Cela fait longtemps que cela dure mais on ne pourra pas éternellement promettre de revenir dans les clous dans deux ou trois ans, comme on le fait régulièrement depuis plus de 10 ans : il va falloir se décider à maîtriser la dépense publique.
Inégalités
3. Le niveau des inégalités est resté stable depuis une quarantaine d’années, selon les critères habituels de comparaison : le rapport inter décile, qui compare le revenu de ceux qui n’ont que 10 % de la population ayant plus de revenu qu’eux et ceux qui en ont 90 %, se situe toujours autour de 3.3. Il était plus élevé dans les années 60, et il a tendance à augmenter dans la plupart des pays de l’OCDE. Les pays scandinaves ont un rapport inter déciles plus faible, les autres pays en ont généralement un plus élevé que celui de la France
Evolution_of_GNP_of_France_from_1950_to_2013
4. La croissance qui fut forte durant les trente glorieuses a tendance à diminuer décennie après décennie. La France qui avait rattrapé les USA il y a quarante ans ne progresse plus aussi vite que ce pays. Le risque à long terme est d’être coincé entre les pays émergents d’Asie, aux coûts plus faibles, et des USA qui ont le leadership par l’innovation.
5. Traditionnellement, au moins depuis Colbert, l’État est interventionniste dans l’économie. Cela a permis les succès du programme nucléaire, d’Airbus ou d’Ariane mais cela a aussi donné l’échec du plan calcul et on peut se demander si c’est encore adapté au type d’innovations modernes qui demandent d’aller vite. Les ministères n’ont pas pu s’empêcher de bureaucratiser les pôles de compétitivité qui avaient pour objectifs de favoriser l’innovation dans les entreprises.
6. L’emploi se développe sur les littoraux atlantiques et méditerranéens ainsi que dans les grandes métropoles (Paris, Rennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Lyon, Marseille-Aix…). A contrario, on observe la désertification d’une large bande entre Verdun et Limoges, la « diagonale du vide », qui ne survit guère que de l’emploi public
7. Dans le cadre de la zone euro, il n’est plus possible de dévaluer sa monnaie pour reconstruire une compétitivité coût dégradée, comme la France l’a souvent fait dans le passé. Ne pas augmenter les salaires plus vite que les autres pays de la zone, sauf gains de productivité supérieurs, devient une obligation absolue. Faute d’avoir respecté cette contrainte vis-à-vis de l’Allemagne, la France est aujourd’hui en difficulté : elle perd des parts de marché, sa croissance ne repart pas, la courbe du chômage ne s’inverse pas. Le CICE a pour vocation de faire face à ce problème mais il n’est pas sûr que cela suffira. L’écart accumulé sur les salaires avec l’Allemagne doit être comblé par une évolution plus faible des salaires en France qu’outre Rhin, comme c’est le cas depuis trois ans, grâce à une forte dynamique salariale en Allemagne. Une fois l’écart rattrapé, il faudra éviter de le recreuser ! La voie de la distribution de richesses au-delà des gains réels de productivité a toujours mené à la crise, mais le retour en arrière par la dévaluation n’étant plus possible, il va falloir se décider à être plus réaliste !
8. Deux voies restent disponibles pour augmenter plus vite la richesse collective : d’abord celle de l’innovation, ensuite celle de l’augmentation du taux d’activité, c’est-à-dire de la proportion d’adultes au travail. Le taux d’activité féminin devenant proche du taux d’activité masculin, c’est à travers le report de l’âge de la retraite que l’on peut augmenter le taux d’activité. Les salariés en bénéficieraient à travers l’évolution du ratio salaire net/ salaire chargé.
9. Contrairement à ce que suggère l’analyse keynésienne, la France pratique des politiques pro cycliques (et donc totalement contreproductives) en « distribuant les fruits de la croissance » (ou les cagnottes supposées) en haut de cycle et en se trouvant obligée de « serrer les vis » en bas de cycle faute d’avoir réduit les déficits à temps.

 

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