Commerce international

Les dirigeants du G20 réunis en Chine début septembre ont fait le constat commun qu’ils n’arrivent pas à surmonter la méfiance de leurs opinions publiques vis-à-vis du libre-échange, ce même libre échange dont ils célèbrent les vertus de leur côté.

Donald Trump fait sa popularité en célébrant le protectionnisme, comme une partie de ceux qui ont voté pour le Brexit. La France veut stopper la négociation d’un nouveau traité avec les USA.

Chez nous, Arnaud Montebourg (et bien d’autres !) prétend défendre le site de Belfort d’Alstom sous le slogan « produisons français ». Il parle d’une entreprise présente dans 60 pays et qui réalise la plus grande partie de son chiffre d’affaires hors de France. L’entreprise emploie 9000 salariés en France sur un total de 31 000 dans le monde entier : elle devrait donc penser et s’organiser international.

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L’accord commercial entre Union Européenne et Canada qui en est à la signature suscite déjà des oppositions en France, opposition dont on peut déjà imaginer qu’elle va se développer autour de tous les prétextes que vont trouver dans un traité volumineux ceux qui sont avant tout des opposants au libre-échange.

Les arguments de ceux qui veulent plus de protectionnisme ou de préférence nationale sont dans tous les journaux, ceux des partisans du libre-échange sont manifestement efficace au plus haut niveau mais peu présents dans les journaux généralistes, du moins de cette manière explicite. Par contre les journaux spécialisés dans le monde des affaires, comme Les Echos, la Tribune ou l’Usine Nouvelle s’adressent à des lecteurs qui baignent dans le libre-échange comme une évidence.

Alors quels sont les arguments que les économistes orthodoxes (ceux qu’on lit très peu dans la presse et les discours politiques français) mettent en avant pour justifier le développement du libre-échange (ce parti pris dont est en partie née la construction européenne elle-même) ? C’est simple : ils vont les chercher dans l’histoire économique !

Si le 19ème siècle voit un développement très important du commerce international, qui culmine en 1913, c’est encore une fois la grande dépression, celle qui suit la crise de 1929, qui donne des arguments aux partisans du libre-échange.

Les Français ont été tellement abreuvés depuis des décennies des vertus du keynésianisme, qu’ils ont tous compris que le krach de 1929 n’a pas été suivi du rebond habituel du fait d’un manque de demande. Cette analyse s’est traduite dans les accords de Bretton-Woods et le plan Marshall, puis dans les pratiques budgétaires.

Mais il y a deux autres explications à la crise de 1929, alternatives pour certains, complémentaires pour d’autres. La première est monétariste, avec l’idée que de nombreuses faillites (en particulier des banques) ont été provoquées par un manque de liquidité : c’est pour cette raison que depuis quelques décennies et encore en 2008, les banques centrales inondent le marché de liquidités à chaque crise.
La deuxième a trait à notre sujet, le libre-échange : à la suite du krach de Wall-Street, les mesures protectionnistes se sont multipliées dans la plupart des États au début des années 30. Le résultat a été sans appel : de 1930 à 1933, le commerce international a été divisé par trois !

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Divisé par trois, cela signifie que les deux tiers du commerce se sont envolés !
Cet effondrement a contribué à la chute du PIB mondial qui a baissé d’un tiers.

Après la seconde guerre mondiale (et la fondation du GATT puis de l’OMC) on observe l’effet inverse avec la libération des échanges qui se traduit par une très forte croissance des échanges. Dans la foulée, la production augmente également fortement (mais en de plus faibles proportions)

• Entre 1950 et 2010, le volume des exportations mondiales a été multiplié par 33 quand le PIB réel mondial augmentait d’un facteur 8,6
• De 1991 à 2001, les exportations mondiales de produits manufacturés augmentent en moyenne de 6,3 % par an en volume tandis que le PIB mondial progresse de 2,3 % l’an

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Des théoriciens comme Samir Amin pointent du doigt ce qu’ils appellent l’échange inégal entre le cœur du capitalisme (les pays développés) et sa périphérie (le tiers monde). Ils préconisent donc aux pays du dit tiers monde de se protéger du « pillage » de leurs ressources. Gérard De Bernis, économiste marxiste français, qui conseille le gouvernement algérien, préconise un développement auto contré sur les besoins intérieurs, et propose le concept d’industries « industrialisantes ». L’Inde et la Chine suivent un processus semblable.
Ceux qu’on appellera les 4 dragons (Taiwan, la Corée du Sud, Hong Kong et Singapour font au contraire le choix de l’insertion dans le commerce mondial. Et le résultat de la croissance est manifestement de leur côté, eux qui réalisent des scores annuels à deux chiffres dans ce domaine.

C’est pourquoi à partir de la fin des années 70 en Chine et plus tard en Inde, les dirigeants décident d’abandonner la logique d’isolation pour s’insérer dans le commerce international avec le succès que l’on sait pour la Chine, que l’on sait moins pour l’Inde bien qu’il soit tout à fait réel. Pour justifier son changement complet de stratégie économique, Deng Xiaoping expliquera » Peu importe qu’un chat soit blanc ou noir, s’il attrape la souris, c’est un bon chat ». Même l’Afrique s’y met comme le montre le graphique ci dessous :

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L’expérience économique du 20ème siècle qui montre les vertus du libre-échange au rebours de celles du protectionnisme ne fait que rejoindre celles des siècles précédents où l’on a vu la suprématie des vielle régions ou États ayant fait le choix de développer le commerce avec leurs voisins(plus ou moins lointain) des phéniciens aux grecs et à Athènes, de la Ligue Hanséatique aux Pays Bas ou l’Angleterre au 17ème siècle en passant par Venise ou Gênes du 14 au 16ème siècle

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