C’était mieux avant

Comme on pouvait s’y attendre, S Foucart rebondit sur la « stagnation de l’espérance de vie depuis 4 ans ».
Deux affirmations sont très discutables : les démographes affirmaient qu’on continuerait dans l’avenir à gagner trois mois de vie par année écoulée, et le demi-siècle écoulé a été calamiteux pour l’environnement.
Regardons la question démographique pour commencer. Que nous dit ce bon Stéphane Foucart ?
En France comme ailleurs, elle (l’espérance de vie) a gagné environ trente ans au cours du XXe siècle et jusque très récemment, quiconque s’avisait d’interroger la pérennité de cette tendance passait pour un plaisantin auprès d’une bonne part des démographes et des spécialistes de santé publique. On gagnait trois mois de vie par année écoulée, un point c’est tout. Rien ne semblait pouvoir faire fléchir la pente insolente de la courbe.
Les derniers chiffres publiés par les services de la statistique nationale ont donc plongé toute une communauté dans la perplexité. En France, depuis quatre ans, l’espérance de vie ne progresse plus, ou presque.

Voilà, je traduis : l’espérance de vie était une épine dans le pied dans ceux qui disaient que c’était mieux avant. Mais heureusement les choses sont en train de changer et ce sont leurs adversaires qui sont perplexes parce que leurs prévisions sont démenties.
Ah bon ? En réalité, les résultats de 2014 étaient très élevés et ceux de 2018 sont normaux. Démonstration !
En 2006, l’INSEE avait fait des projections sur l’espérance de vie en 2050, avec trois scénarios et des données années par année. On peut comparer avec les résultats estimés pour 2018.
Pour 2018 et pour les hommes selon les hypothèses basses, centrales et hautes on avait respectivement 78.17, 78.95 et 79.58 ans. Le résultat estimé, 79.4 ans, se situe très près de l’hypothèse haute.
Pour les femmes, les prévisions étaient de 84.65, 85.46 et 86.10 ans. Le résultat estimé, 85.3 ans, se situe légèrement en dessous de l’hypothèse centrale.
Les prévisionnistes n’ont donc pas de raison de remettre en cause
Mais en 2014, on était à un niveau très élevé : pour les femmes, à 85.4 ans, juste au niveau de l’hypothèse haute ; pour les hommes, à 79.2 ans, un an au-dessus de l’hypothèse haute ! Et on savait que l’année 2014 avait été particulièrement bonne, comme je l’avais écrit ici
En raison d’un hiver peu rigoureux et d’une épidémie de grippe saisonnière de faible intensité, …, l’espérance de vie est en nette hausse pour les hommes comme pour les femmes
Si en 2019 ou en 2020, on a de nouveau un hiver peu rigoureux et une grippe de faible intensité et que l’espérance de vie fait un bond en avant, je prends le pari que S Foucart n’en dira rien et parlera d’autre chose !
Deuxième point, l’environnement. Dans son article sur l’environnement et l’espérance de vie, S Foucart parle d’un demi-siècle de dégâts sur l’environnement, histoire de justifier que les problèmes supposés de stabilisation de l’espérance de vie arrivent logiquement maintenant seulement
Un demi-siècle, c’est la période 1969 /2019. On peut peut-être raconter n’importe quoi sur cette période à un jeune de 15 ans, mais il se trouve que je l’ai vécue. Et j’ai vu de grand progrès dans l’environnement à partir du milieu des années 70
La plupart des grandes catastrophes écologiques dans les pays développés datent de plus d’un demi-siècle.
Le Smog de Londres qui fait entre 5000 et 10000 morts à Londres en quatre jours, c’est décembre 1952. L’accident de la vallée de la Meuse qui fait plus de 50 morts pour les mêmes causes, c’est décembre 1930.
La maladie de Minamata (intoxication au mercure) fait environ 900 décès entre 1949 et 1965.
La catastrophe de Soweso date de 1976, soit effectivement il y a moins de 50 ans (43 ans seulement)
Dans des démocraties comme les nôtres, ce type d’événements crée des réactions qui provoquent à leur tour des changements. Il y a des résistances, les solutions techniques ne sont pas trouvées immédiatement, elles sont parfois très partielles, mais le temps fait son œuvre.
Ce qu’on constate au cours du demi-siècle passé, c’est la montée des initiatives pour préserver l’environnement, la mise en place de normes de plus en plus sévères dans ce sens, la mise en œuvre de solutions techniques ou organisationnelles plus satisfaisantes.
La première loi sur la qualité de l’air, visant à la suppression des fumées industrielles, date de 1932. Le CITEPA est créé en 1962 pour étudier la pollution atmosphérique en France
Comme en parallèle de la montée des normes, la production et la consommation sont en croissance (forte pendant les 30 glorieuses, faible mais non nulle ensuite), la pollution continue d’abord à augmenter avant d’entamer un mouvement de baisse
Pour de nombreux polluants suivis par le CITEPA, le pic d’émission date de 1973. Ce qui signifie que des mesures ont commencé à être prises plus tôt, que les solutions techniques ont été élaborées encore plus tôt et que des recherches dans ce but ont été lancées encore auparavant ! Pour d’autres polluants le pic est plus tardif. Pour certains il n’est même pas encore atteint car ils ont remplacé des polluants beaucoup plus toxiques.
Un exemple, le SO2. Le SO2 est à l’origine des pluies acides qui seront sous le feu de l’actualité au milieu des années 80. C’est un gaz incolore, toxique avec une odeur pénétrante et fortement irritante pour les yeux et les voies respiratoires. Il entraîne une inflammation des bronches avec un spasme qui provoque une altération de la fonction respiratoire (présentation CITEPA).
En 1973, les émissions en France sont de 3632 kt. A partir de ce point haut, la baisse est de près de 60% en 1985 et de 87% en 2005. Depuis 2005, les émissions ont encore baissé de 70%. Elles sont aujourd’hui plus de 20 fois plus faibles qu’en 1973.
Des normes ont été mises en place au niveau européen pour limiter la pollution de nombreux produits. Par exemple, il y a eu 6 normes successives, de plus en plus contraignantes, en ce qui concerne l’automobile.
Pour certains produits (par exemple les pesticides), le cahier des charges impose à la fois des limites de toxicité et de rémanence (le produit doit disparaitre naturellement dans le temps). Des produits utilisés hier ne serait plus acceptés aujourd’hui car ne répondant pas à ces cahiers des charges. Par exemple le DDT très utilisé depuis les années 30 a été interdit dans les années 70 dans tous les payx développés pour cause de forte toxicité et de rémanence.
La pratique en Europe depuis un demi-siècle est de trier entre les polluants selon leur toxicité et de diminuer progressivement les quantités émises ou utilisées. Sur le long terme, il n’y a aucun doute sur le fait qu’il y a un effet et qu’il est massif. Il n’y a qu’à faire la liste des polluants de l’atmosphère dont les émissions ont été divisées par au moins 10 depuis le pic le plus élevé :
• SO2 : -96%
• Chrome : -94.9%
• Plomb : -97.4%
• PCDD-F : -94.1%
• HCB : -99.5%
Autres polluants dont la baisse des émissions est supérieure à 50%
• Nox : – 59.1%
• CO : -79.2%
• Composés organiques volatils : -74.5%
• Arsenic : -74%
• Cadmium : -74%
• Mercure : -86.4%
• Nickel -87%
• Zinc : -78.6%
• PCB : -74.8%
• Hydrocarbures Aromatiques polycycliques : -63.2%
• PM 10 : -56.7%
• PM 2.5 : – 64.8%
• PFC : -89.6%
• SF6 : -81.6%
• NF3 : -77.1%

Autres polluants dont la baisse des émissions est inférieure à 50%
• Poussières en suspension : -35,2%
• Sélénium : -31%
• CO2 : -39.2%
• CH4 : -18.5%
• N2O : – 39.2%
Polluants pour lesquels les émissions sont quasi stables ou ont augmenté
• NH3 : -2.6%
• Cuivre : -7.2%
• HFC : + 905 %
Les HFC sont utilisés pour remplacer les CFC et HCFC qui avaient un effet sur la couche d’ozone. Les HFC ont un effet de serre

Conclusion : la pollution diminue et la méthode suivie (avancer progressivement) fonctionne. On peut estimer que le rythme est insuffisant. On peut même préférer une méthode plus radicale. Mais prétendre que c’était mieux il y a 50 ans, c’est simplement un mensonge


2 thoughts on “C’était mieux avant

  • Proteos

    La seule chose sur laquelle on peut donner raison à Foucart, c’est que l’EV des femmes n’augmente pas de 3 mois par an. C’est plutôt 2 mois par an.
    Pour le reste et comme d’habitude, il raconte n’importe quoi. Il suffit de télécharger les données sur le site de l’INSEE et de faire une bête droite de tendance pour voir qu’il n’y a quasi aucun changement de tendance depuis au moins l’an 2000.

    Mais il y a plus: comme vous le signalez, l’INSEE fait des projections démographiques. Et quand on lit le document de travail des projections 2013-2070 (sorties en 2016), l’INSEE révise à la *hausse* par rapport aux projections précédentes l’hypothèse centrale d’espérance de vie pour les hommes et un peu pour les femmes!
    Il est vrai que si on devait vérifier ce qu’on écrit avant de publier un article, les journaux seraient bien vides!

    Reply
  • Verel

    De toutes manières, il n’y a aucune raison que le rythme d’augmentation de l’espérance de vie se maintienne au niveau très élevé observé depuis 100 ans. D’autant que c’est de plus en plus difficile: l’impact sur l’EV d’un vieillard de 90 ans sauvé d’un AVC est beaucoup plus faible que celui d’un nourrisson sauvé de la rougeole.
    Les chercheurs de l’INED estiment que l’EV atteindra un jour 100 ans mais qu’il est impossible de savoir quand

    Reply

Speak Your Mind

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

XHTML: You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>