Vive Maastricht

Nicolas Hulot a profité de sa présence sur France Inter mardi dernier pour déclarer qu’il démissionnait du gouvernement et pour donner quelques explications à cette décision.

Alors qu’il disait son admiration pour Emmanuel Macron et Édouard Philippe, il a justifié son départ par le poids des demandes court-termistes de l’opinion, au détriment d’objectifs à long terme comme celui de la transition écologique, lequel n’est que très peu porté dans l’opinion française (l’ancien ministre ne voyant manifestement pas EELV comme un porteur efficace de cette préoccupation).

Nicolas Hulot a pu agir pendant plus d’un an au gouvernement parce qu’il a compris que la vie est forcément faite de compromis et qu’il a accepté de retrousser ses manches et de prendre les sujets à bras le corps. Sa présence à ce poste était incompréhensible pour les écologistes radicaux qui pensent avoir raison sur tout et prônent « une écologie de combat » comme l’a noté Yannick Jadot dans la semaine.
Tout pragmatique et méfiant vis-à-vis des idéologies qu’il soit, Nicolas Hulot est porteur de certaines des idées reçues chez les écologistes, comme son intervention sur France Inter a pu le montrer.

Après avoir pourfendu la priorité que les Français donnent au court terme par rapport au long terme, le désormais ancien ministre a pourfendu les critères de Maastricht qui empêcheraient de financer la politique qu’il souhaite. On retrouve là un discours très prégnant dans notre pays. Et pourtant, il n’y a pas besoin d’avoir fait de longues études en économie pour comprendre que financer ses dépenses de fonctionnement par de la dette, c’est sacrifier le long terme au court terme !
Nous bénéficions actuellement grâce à l’euro de taux d’intérêt à long terme extrêmement bas (inférieurs à 0.65% sur la dette à 10 ans !), mais on a pu voir au moment de la crise de l’euro ce qu’il en était pour les pays les plus déficitaires.

Autre élément obligé de la doxa écologiste, le discours anti-nucléaire. Nicolas Hulot a parlé à ce sujet de « folie technique et financière ». Les ingénieurs du corps des Mines qui défendent le nucléaire au sein du ministère ne sont cependant pas des imbéciles. Et ils peuvent mettre en avant ce qu’écrit Dirty Denys ces jours-ci : grâce au nucléaire, la France produit nettement moins de CO2 par habitant que l’Allemagne.

Mais le nucléaire, c’est dangereux, et même très dangereux. Quand on regarde le niveau de précautions pris dans la filière française depuis des décennies (particulièrement manifeste quand on le compare avec ce qui se fait dans d’autres activités), on comprend que les responsables de la filière sont bien conscients du danger et sont loin de le sous-estimer.

Ce qui est en revanche patent, c’est la propension de beaucoup d’écologistes à sur estimer le danger nucléaire, que ce soit le risque d’accident (au point de confondre le risque sismique en Alsace et au Japon) ou surtout celui de ses conséquences. Il faut se souvenir des « dossiers » sur les cancers autour de la Hague, sur les mutations génétiques qui affecteraient forcément la population autour des centrales nucléaires, sur les prétendus 900 000 morts causés par Tchernobyl (même Daniel Cohn Bendit avait cru bon de signer la tribune). Pendant des années, les journalistes spécialisés du Monde ont scruté les articles sur la zone autour de Tchernobyl pour signaler les mutations qui ne manqueraient pas de s’y produire. Ils ont attendu en vain. Probablement parce qu’ils refusent de comprendre que le risque dépend du niveau de radio activité et que celle-ci a diminué très vite après l’accident (les éléments les plus radio actifs sont logiquement ceux qui disparaissent le plus vite) : La grande majorité (84 % de l’activité totale rejetée à Tchernobyl) des éléments radioactifs avaient une période radioactive inférieure à un mois et donc avaient été divisés par plus de 4000 au bout d’un an. Résultat, la forêt autour de la centrale accidentée était comme brulée l’année de l’accident et avait retrouvé sa couleur verte dès l’année suivante. 30 ans après, il reste moins de 0.5% de la radio activité initiale, ce qui explique que l’on puisse visiter le site (avec des précautions bien sûr).

On peut s’étonner de voir que les élus EELV qui poussent des cris contre un nucléaire civil dont le nombre de victimes reste incroyablement bas, n’ont pas eu un mot pour défendre l’abaissement à 80km/h de la vitesse sur routes, abaissement voué à sauver des centaines de vies humaines chaque année et qui au passage diminue nettement la production de CO2 par kilomètre parcourus.
Autre idée reçue émise par le désormais ancien ministre : c’est l’économie de marché qui est responsable des dégâts à l’environnement. Daniel Cohn Bendit lui a répondu ce lundi sur la même antenne : l’économie de marché est partout, le pragmatisme consiste à faire avec !
On rajoutera que les expériences d’économie administrées ont été beaucoup plus désastreuses pour l’environnement que l’économie de marché !


2 thoughts on “Vive Maastricht

  • XS

    Bonjour Verel,

    Concernant le nucléaire, EDF qui avait construit dans les années 1980-90 des centrales 1300-1450 MW selon un processus bien rodé, et sans doute sûr, a eu beaucoup plus de problème avec l’EPR, dont le surcroit de complexité était pourtant justifié par le sécurité. Du coup, cela fausse les résultats financiers et de CO2 (car on doit intégrer les effets de serre du à la construction, à l’extraction et production du combustible, etc).
    La filière Thorium serait pet-être plus prometteuse, mais il faudrait que EDF-AREVA change du tout au tout.

    Sur l’abaissement à 80 km/h, l’économie de CO2 est assez pointue. Cela dépend des rapports de boîte, du véhicule, de la conduite. J’ai un dci 110 qui fait des miracles avec un régulateur à 84 km/h, mais d’autres conducteurs vont être démunis. La conduite entre maintien du calme, hyper-vigilance et résistance à la somnolence tient du Zazen.
    C’est clair que les écologistes n’ont pas soutenu la mesure: leurs adhérents néo-ruraux en souffrent tous les jours . Pour économiser du CO2 à la campagne, il vaut mieux produire son pain et ses légumes, covoiturer au maximum pour les autres déplacements et rouler à 95-100 sur les routes sans radar (et 84 sur les routes plus larges radarisées: on marche sur la tête). L’impact sur les suicides des ruraux, écologistes ou non, n’est pas mesuré et devrait l’être urgemment.

    Enfin, Nicolas Hulot a du mal a accepter l’économie de marché (ce qui est paradoxal après ses relations avec la firme Ushuaia). D.Cohn-Bendit est sans doute plus moderne. Par contre, le pape François dit probablement quelque chose d’actuel et de profond en rappelant la sagesse selon laquelle l’argent est un mauvais maître, ou plutôt qu’on ne peut servir 2 maîtres ( http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19577607&cfilm=256396.html ) .
    Si on transpose cela à l’écologie, le marché doit être un outil, un serviteur et ne doit pas être un but en soi. Il faut garder le cap des priorités à long terme. C’est facile à écrire et à dire, plus difficile à faire. Reprendre les incitations pour les économies d’énergies, le vélo électrique, etc est déjà une première piste.

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