Religieux et scientifiques

Il y a quelques mois, j’ai lu sur un forum, à propos de je ne sais plus quel sujet, quelque chose qui ressemblait à « les responsables religieux n’ont jamais fait le moindre apport à la science ».
On voit bien l’idée de départ : l’Église, qui a condamné Galilée, est forcément du côté des obscurantistes et elle l’a forcément été de tout temps. J’imagine qu’en poussant l’intervenant dans ses retranchements, il aurait pu admettre du bout des lèvres que ce n’était pas forcément le cas dans des domaines sans enjeux philosophiques, comme les mathématiques par exemple. Mais comme il exprimait là le résultat d’une conviction et non d’une recherche sur le sujet, cela n’avait guère d’importance.
Pour montrer l’absurdité de cet a priori, le plus simple est bien sûr de prendre quelques contre exemples.
Il y a sur Wikipédia une page intitulée « Liste de religieux chrétiens scientifiques », mais son auteur a manifestement interrompu son œuvre rapidement, puisqu’après 1400, il ne cote que Copernic et deux personnes dont je parlerais plus loin.
On pourrait avec raison objecter qu’avant la Renaissance, l’église catholique occupait une telle place dans le monde occidental que les scientifiques lui étaient forcément plus ou moins liés. C’est ainsi que Copernic était « chanoine » (comme le Président de la République française est chanoine de Latran) mais surtout il était le protégé de son oncle évêque.
On pourrait aussi citer Christophorus Clavius, un savant jésuite allemand, mathématicien et astronome, mort à Rome en 1612. Il semble que son apport principal soit en mathématiques, mais s’il a droit à une page sur Wikipédia, c’est d’abord parce qu’il a été techniquement à l’origine du calendrier grégorien.
Il parait donc logique de prendre des périodes plus récentes, durant les deux cents dernières années. Et pour cela de prendre pour commencer les deux noms de ce passé récent figurant dans la « liste de religieux scientifiques ».
Le premier est le plus connu et il est connu comme religieux : il s’agit de Grégor Mendel, souvent appelé « le moine Mendel », et considéré comme le père de la génétique, qui vivait dans l’actuelle Tchéquie. Nous avons à peu près tous entendu parler au lycée de ses expériences sur les pois et leur croisement ; Il est d’après Wikipédia « communément reconnu comme le père fondateur de la génétique. Il est à l’origine de ce qui est actuellement appelé les lois de Mendel, qui définissent la manière dont les gènes se transmettent de génération en génération ».
Le second est beaucoup moins connu dans le grand public, alors qu’on trouve régulièrement son nom dans une revue comme « Pour la science ».
Georges Lemaitre fut un prêtre belge, professeur à l’université catholique de Louvain. Toujours d’après Wikipédia « Sa « théorie de l’atome primitif », visant à expliquer l’origine de l’univers, constitue le fondement de sa théorie du Big Bang« .
La troisième personne à laquelle j’avais spontanément pensé est l’abbé Henri Breuil, considéré en France comme « le pape de la préhistoire ». Spécialiste de l’art pariétal, il fut à partir de 1910 titulaire de la chaire d’ethnographie historique de l’institut de paléontologie humaine.
Génétique, astrophysique, préhistoire, voilà bien trois domaines où l’on s’attendrait à ce qu’une lecture étriquée de la bible empêche toute ouverture à une lecture moderne de la science.
Que prouvent ces exemples ? Simplement que les grandes affirmations catégoriques basées sur des considérations idéologiques ont beaucoup de chance d’être fausses !


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