A propos de Parcoursup

Le système d’affectation pour ceux qui veulent poursuivre après leur bac en vigueur jusque l’an dernier (APB) a été remplacé cette année par un autre système dit Parcoursup.
Le changement de nom reflète deux modifications majeures :
Dans les filières jusque-là non sélectives (une partie importante des filières universitaires), les établissements d’accueil peuvent donner la préférence à des candidats satisfaisants des prérequis définis par rapport à d’autres qui ne les satisfont pas.
Alors que les lycéens indiquaient précédemment un classement des vœux qu’ils émettaient, ils ne le font plus cette année.
Le premier point visait à supprimer
D’une part les pratiques de sélection par tirage au sort qui paraissaient particulièrement scandaleuses bien que marginales
D’autre part un taux d’échec très élevé en premières années de licence, en particulier pour ceux qui avaient fait le choix d’une filière sans aucun rapport avec celle suivie au lycée.
Il est bien trop tôt pour juger si cette dernière situation sera réellement améliorée, ou si, comme le pensent ceux qui ont manifesté contre la réforme dans les universités, il accentue la ségrégation sociale.
Le deuxième point était la conséquence de la méfiance suscitée par l’algorithme d’APB, soupçonné de tous les maux : l’abandon de cette formule a été vécu l’an dernier comme une condition de l’apaisement. Cédric Villani a montré depuis qu’APB ne faisait que ce qu’on lui demandait de faire et les résultats actuels montre qu’il permettait surtout d’aller vite. Mais quand les théories complotistes sont à la mode, ce qui parait logique pour un scientifique (et pas seulement pour ceux qui ont une médaille Fields) apparait louche à beaucoup.
Le résultat est que Parcoursup recrée au moins partiellement les logiques d’attentes qu’APB avait supprimé. Le 23 mai, lors de la publication des premiers résultats, près de la moitié des lycéens sont en attente d’une proposition et une moitié a une proposition mais qui n’est pas encore acceptée faute de place. Les jours suivants, les choses s’améliorent progressivement, et le 29 mai, 200 000 élèves (soit un sur 4) ont accepté définitivement ne proposition. Les jours et semaines qui viennent permettront de mieux évaluer le système.
Ce qui frappe l’observateur non concerné (celui qui n’est pas enseignant et n’a pas de proches en terminale), c’est l’importance des réactions. Du 22 au 29 mai, le Monde publie pas moins de 18 articles sur le sujet. L’un de ces articles recueille plus de 300 réactions de lecteurs, un autre, intitulé « pourquoi un tel choc », plus de 400.
Si les réactions sont très diverses, cette profusion souligne l’angoisse suscitée (peut être encore plus chez les parents que chez les jeunes) par cette question de l’orientation scolaire. Cette angoisse est le fruit de plusieurs causes :
Le chômage est toujours massif, particulièrement chez les jeunes, et il est manifeste qu’il est d’autant plus important qu’on est peu diplômé ou pas dans les bonnes filières
Le diplôme de départ continue à avoir une importance démesurée pendant toute la carrière
Les jeunes ont beaucoup de mal à s’orienter et le système ne les y aide guère : quelle idée peut-on se faire d’un métier quand on a 17 ans et que le travail se passe dans des lieux où on n’accède guère ?
Une partie de jeunes restent dans le rêve pour des raisons diverses (surprotection des parents ? fonctionnement adolescent ?) par exemple avec des jeunes aux résultats médiocres et peu de travail qui veulent faire médecine

Au moment de publier cet article, le Monde signale un article sur le même sujet sur un blog qu’il héberge : Parcoursup 2018, les dessous de l’algorithme racontés par ses créateurs. Cet entretien avec les chercheurs qui ont modélisé l’application donne une image beaucoup plus positive du système. On y lit par exemple qu’au bout d’une semaine les créateurs observent « aujourd’hui, le déroulement de Parcoursup est plus rapide que le scénario le plus optimiste que nous avions modélisé ».
On comprend aussi que le ministère n’a pas fait que traiter les problèmes identifiés au départ mais que des critères ont été introduit par la loi, par exemple pour avoir une proportion suffisante de boursiers ou limiter la part de ceux qui s’inscrivent en dehors de leur région d’origine
A ce stade, difficile de juger. D’autant plus que les critères de réussite du système ne sont pas forcément partagés : exemple cet enseignant qui se plaint de voir ses élèves de bac général défavorisés pour l’accès aux BTS et IUT quand d’autres trouvent au contraire qu’il vaut mieux favorisés ceux qui viennent de filières technologiques ou professionnelles dans des formations supérieurs théoriquement d’abord faites pour eux.
Il faudra certainement tirer un bilan de tout cela, mais ce sera évidemment plus tard !