Le paysage politique, un an après les présidentielles

De nombreux médias se proposent de faire un premier bilan de l’action d’Emmanuel Macron et de sa popularité, un an après son élection.
Parmi les nombreuses idées qui ressortent des diverses études, analyse et sondages, le présent article aborde deux questions qui ont trait au paysage politique, un après des résultats qui ont profondément modifié celui-ci.
Première idée : au-delà de son action, de sa personnalité, de l’organisation de son mouvement, deux faits essentiels ont permis l’élection d’Emmanuel Macron :
• D’une part on est sorti du bipartisme traditionnel de la Vème République, avec la montée en puissance du FN (dans les élections de 2014 et 2015 et dans les sondages) et les affrontements internes profonds au PS (les frondeurs) et à la gauche (entre le PS et LFI)
• D’autre part le positionnement personnel du candidat de LR (à droite de son camp) et celui du candidat du PS (à gauche de son camp) ont ouvert un espace considérable au centre, à un point inconnu jusqu’alors sous la Vème
Or cette situation perdure
• La fracturation de l’opinion entre 4 ou 5 forces opposées les unes aux autres reste vraie
• Le PS n’ayant pas encore su faire ressortir un leader crédible, les leaders de l’opposition, que ce soit Marine Le Pen, Laurent Wauquiez ou Jean Luc Mélenchon sont toujours aussi caricaturalement éloignés du centre
De leurs côtés, ceux qui ont voté pour Emmanuel Macron au premier tour et même ceux qui ont voté pour En Marche ou le Modem au premier tour des législatives semblent toujours soutenir massivement le gouvernement
Deuxième idée : les priorités des sympathisants des différents partis confirment le positionnement spécifique « à la fois de droite et de gauche » des supporters du gouvernement.
L’institut BVA a produit un sondage pour RTL, La Tribune et la presse régionale. Parmi d’autres questions posées figure la suivante : PARMI LES DOMAINES SUIVANTS, LESQUELS DOIVENT SELON VOUS CONSTITUER UNE PRIORITÉ DE L’ACTION D’EMMANUEL MACRON POUR LES PROCHAINES ANNÉES DE SON QUINQUENNAT ? 3 réponses possibles
Le tableau ci-dessous reprend l’ordre des préférences de l’ensemble des Français avec le score de chaque réponse pour cette réponse, et aussi celui pour les 3 priorités mises en avant selon les sympathies partisanes (il y a parfois des ex æquo pour la troisième priorité)

Les sympathisants En Marche ont 2 priorités communes avec le PS (le même premier et l’autre est deuxième pour EM et troisième pour le PS), ainsi qu’avec LFI (les deux premiers d’EM mais pas le premier de LFI) et LR (le premier est commun et le troisième de EM est un des troisièmes de LR). En revanche, il n’y a aucune priorité commune entre les sympathisants de « En Marche » et ceux du FN.
Si l’on regarde chaque thème, on constate :
• L’emploi est la première priorité des Français et celle des sympathisants du PS, d’En Marche et de LR. Elle n’est que la troisième pour LFI et n’apparait pas pour le FN
• Le pouvoir d’achat, deuxième priorité de Français, apparait dans les priorités de tous les groupes, sauf celui d’En Marche, qui met à la place la croissance économique. On peut penser que ses sympathisants, plus aisés en moyenne, attendent moins sur leur pouvoir d’achat, mais aussi qu’ils ne l’attendent pas de l’État directement mais de l’économie, contrairement aux autres Français qui sont dans une attitude assez classique en France.
• L’immigration apparait en troisième place pour l’ensemble des Français, parce que c’est une attente très forte des sympathisants FN et à un degré moindre de ceux de LR
• L’éducation arrive juste après, et c’est une attente des trois autres groupes (LFI, PS et EM)
• La lutte contre le terrorisme arrive en 5ème place, tirée par la position FN
• La croissance économique, en 6ème place, est mise en avant par les sympathisants LR et EM
• L’environnement est à la 7ème place, tiré par les sympathisants LFI
• Les autres thèmes ne sont portés en priorité par aucun groupe et ne réunissent au total qu’assez peu de suffrages
Ces résultats confirment ce qui a été observé en 2017 : il y a des clivages droite gauche, mais ils ne sont pas les seuls
• Le clivage droite gauche inclus EM dans la gauche sur l’éducation et l’immigration mais dans la droite sur la place de la croissance économique
• Économiquement, les sympathisants EM affichent une position libérale, plus forte que ceux de LR et à l’opposé des positions traditionnelles des français
• Le FN et EM sont à l’opposé l’un de l’autre
Pour compléter cette analyse, on trouvera ci-dessous l’écart entre l’opinion des sympathisants d’un groupe donné sur leurs trois priorités avec l’opinion de l’ensemble des français

On observe que les extrêmes sont les plus décalés, le FN l’étant encore plus que LFI
Le groupe des sympathisants PS apparait le plus proche de la moyenne des Français, mais ce résultat est à prendre avec prudence, l’échantillon des répondants de chaque groupe étant assez faible (et c’est encore plus vrai pour ceux du PS°