Poursuivre le rétablissement économique

Les résultats publiés par l’INSEE pour l’année 2017 marquent un redressement bienvenu :
Le déficit public (2.6% du PIB) passe sous la barre des 3% pour la première fois depuis 2007
La croissance du PIB a atteint 2%, le meilleur résultat depuis 2011
L’emploi salarié augmente de 268.8 milliers pour dépasser les 25 millions, son plus haut niveau historique
L’emploi a même augmenté (de très peu) dans l’industrie, pour la première fois depuis le premier trimestre 2001 (mais à 3.143 millions contre 4.126 !)
La formation brute de capital fixe des entreprises non financières a augmenté de 4.4% après 3.4% en 2016 (mais elle a baissé pour la deuxième année consécutive dans les administrations publiques).

Ces résultats encourageants sont à mettre au crédit de la politique d’offre initiée par F Hollande à partir de 2014, notamment avec la création du CICE, politique qui a eu pour résultat un net redressement de la marge des entreprises non financières : à partir de 2015, ce taux qui se situait autour de 30% les trois années précédentes retrouve un niveau proche de 32%. Par ailleurs, depuis 2012, la progression des salaires plus faible en France qu’en Allemagne redonne progressivement un peu plus de compétitivité à notre pays vis-à-vis de son principal partenaire commercial. Ces deux efforts conjugués ont donné le résultat observé cette année.

Un résultat qu’il faut cependant relativiser : il doit aussi beaucoup à la conjoncture économique mondiale et à la politique de « quantitive easing » de la BCE. Et la croissance de la France est encore inférieure à la moyenne de celle de l’UE, malgré une démographie plus favorable. Quand au déficit commercial, il a de nouveau augmenté par rapport à 2016 et reste à un niveau très élevé.
La France reste dans une situation grave, qui nécessite un long effort de redressement :
On compte autour de 6 millions de chômeurs toutes catégories confondues
Le déficit commercial cumulé sur les 13 dernières années atteint 668.8 milliards d’euros. De 1993 à 1999, la France avait au contraire connu un excédent commercial cumulé de 89 milliards d’euros. L’excédent naturel des services (par exemple grâce au tourisme) permet un déficit commercial mesuré, c’est-à-dire au moins 5 fois plus faible qu’aujourd’hui.
La dette publique frôle un an de PIB, et elle a continué à augmenter, même en % du PIB, parce que le déficit reste élevé

Dans un article récent publié sur Telos, Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au plan, considère que notre pays vit au-dessus de ses moyens s’inquiète des conséquences sur un pays économiquement affaibli de problèmes qui peuvent survenir : baisse de la confiance, hausse des taux d’intérêt, crise économique européenne ou mondiale.
L’auteur souligne que « le délai de reconstitution ou d’extension éventuelle d’un appareil productif moderne est de l’ordre de la décennie. Il en va de même pour la reconquête de parts de marchés à l’exportation ». Il en déduit qu’il faut donner la priorité à l’investissement.
Au passage, ce qu’il dit du temps de réaction d’une économie montre à quel point les jugements à court terme sur l’efficacité de la politique de tel ou tel gouvernement sont vains.
Les 2 millions d’emplois créés sous Jospin sont le résultat de plus de 10 ans de désinflation compétitive à partir de 1984.
La situation désastreuse de notre pays doit beaucoup à deux erreurs faites sous Jospin : le gaspillage de la prétendue cagnotte à partir de 1999 et le passage aux 35 h payées 39 h au moment où le passage à l’euro ne permettait plus ce type d’écarts vis-à-vis de ses voisins. Erreurs que les politiques menées sous Chirac et Sarkozy n’ont pas corrigées, ni celle de F Hollande au début du quinquennat.
Mais tout cela est-il entendable ?