Le principe du lampadaire

Jeune adolescent j’ai lu et retenu cette histoire du fou qui cherche le soir sous un lampadaire. Un passant lui demande ce qu’il cherche, et la réponse étant « ma montre » cherche un moment lui aussi. Ne trouvant rien, il demande « vous êtes sûr que c’est là que vous l’avez perdu ? » et l’autre de répondre « non, mais ici il fait plus clair ».
J’ai souvent trouvé que les chercheurs eux aussi cherchent en priorité sous les lampadaires, et qu’ils privilégient les sujets pour lesquels ils disposent de nombreuses données, ce qui n’est pas en soi illogique, mais conduit à donner la priorité à certains sujets plutôt qu’à d’autres.
Dans un article du numéro de janvier de « Pour la science » consacré à l’histoire des inégalités, l’auteur d‘une étude expliquait le choix du critère d’inégalités de richesse (la taille du logement) au sein d’une communauté d’abord parce que « c’est un paramètre bien visible dans les vestiges archéologiques ». Une nouvelle application du principe du lampadaire !
De nombreuses études sociologiques s’appuient sur les critères très classiques de classes sociales. Pourquoi pas ? Mais c’est d’autant plus réalisable que c’est une donnée très souvent disponible. A contrario, le refus dans notre pays de faire des statistiques dites ethniques conduit à une grande méconnaissance de certains mécanismes de discrimination ou de reproduction des milieux sociaux.
Il serait cependant injuste envers les chercheurs de ne mettre en avant que cet « effet lampadaire ». Certains chercheurs se lancent justement dans des travaux visant à éclairer des zones sombres et mal connues : le même numéro de « Pour la Science » consacrait tout un dossier aux études menées pour construire de nouveaux outils capables de mesurer l’état de conscience.
Mais nous sommes tous potentiellement des chercheurs d’information : se contente-t-on de celles qui nous sommes fournies par notre source habituelle (la télé, notre journal, les potes à la machine à café etc.) ou faisons-nous plus d’efforts ?
Cela dépend bien sûr de nos sujets d’intérêt : après tout, on vit très bien en ignorant tout de tel ou tel problème, pourtant considéré comme vital par d’autres.
Je termine par une note optimiste. N’ayant pas trop d’avis sur la polémique récurrente sur la politique migratoire de l’actuel gouvernement, politique critiquée par de nombreuses associations et par mon journal favori, mais convaincu que le dossier est complexe, j’ai demandé son avis à un proche, très bon connaisseur de la partie juridique du sujet : il m’a promis de me répondre dès qu’il en aura le temps (j’attends toujours !) mais il m’a orienté sur le dossier réalisé par La Croix sur le sujet. Et il avait raison, le dossier est de grande qualité et explique les arguments des uns et des autres pour m’aider à me forger un avis plutôt de vouloir m’imposer le sien comme semble vouloir faire le Monde. Voilà un dossier éclairant ! Je ne peux donc que communiquer le lien : https://www.la-croix.com/France/Immigration/Penser-limmigration-2018-02-21-1200915397