Echec chaviste au Venezuela

Le Venezuela s’oriente vers une restructuration de sa dette, voire une cessation de paiement : le vice-président du pays a donné rendez-vous à ses créanciers sur ce sujet le 13 novembre, après que le président ait annoncé une restructuration de la dette.

Pour comprendre comment on en est arrivé là, le plus simple est de regarder un sujet unique mais majeur pour ce pays, celui de la production et du prix du pétrole.
Ce qui caractérise en effet avant tout le Venezuela, c’est qu’il s’agit d’un grand pays pétrolier (le 10ème mondial en 2015), membre fondateur de l’OPEP. Ses réserves sont d’ailleurs considérables, peut être les premières au monde, mais il s’agit d’un pétrole très lourd donc difficile à extraire et nécessitant un raffinage compliqué.
Le pétrole représente la plus grande partie des exportations du pays (autour de 90% voire plus) une part essentielle des recettes de l’État (autour de la moitié, la part étant évidemment sensible aux prix du pétrole) et du PIB (25 ou 30 % selon les années).
L’économie du pays est donc sensible à l’évolution des prix du pétrole !

Les défenseurs du régime expliquent donc ses difficultés actuelles (notamment en approvisionnement de la population sur les produits de base) par la baisse des prix du pétrole depuis août 2014 : alors que le prix était supérieur à 100 $ depuis plusieurs années (il est même monté au-delà de 140$ un cours instant en 2008), il est descendu en dessous des 50$ début 2015 (avec un plus bas en dessous de 30$ début 2016). Le Venezuela connait de ce fait de graves difficultés financières, à l’image d’autres pays pétroliers comme l’Algérie ou l’Arabie Saoudite.

Ce discours fait l’impasse sur de nombreuses réalités
• Ni l’Algérie ni l’Arabie saoudite ne sont menacés de cessation de paiement
• Le prix du baril est aujourd’hui remonté au-dessus de 50 et même 60 $, au point que le Monde pouvait titrer il y a quelques jours sur la forte croissance des résultats des compagnies pétrolières
• Le prix du baril était beaucoup plus bas quand Chavez a pris le pouvoir en 1999
• Alors qu’elle était en nette croissance jusqu’en 1999, la production de pétrole du pays ne cesse de baisser depuis une dizaine d’années, faute d’investissements et en raison d’une très mauvaise gestion
• Le régime Chaviste a largement bradé les bénéfices des niveaux élevés des prix du pétrole du fait de sa corruption, de sa politique clientéliste et de la très mauvaise gestion de la compagnie PDVSA

Le graphique ci-dessous donne l’évolution du prix du baril entre 1992 et 2010. Chavez est arrivé au pouvoir en décembre 1999. Le prix du baril, au plus bas début 1999, est en train de remonter. Durant l’année 21014, son niveau moyen est environ dix fois plus élevé que celui de l’année 1999.

Les recettes pétrolières dépendent évidemment du prix mais aussi du volume.

Wikipédia donne quelques chiffres sur l’évolution de la production et des exportations (extrait partiel ci-dessous) (en millions de tonnes équivalent pétrole)

Alors que les investissements réalisés dans les années 90 avaient permis d’augmenter les exportations de 60% sur une décennie, le sous investissements et la mauvaise gestion des ressources pétrolières (gérées par une compagnie appartenant à l’État) ont conduit à une baisse de 28% depuis l’arrivée de Chavez au pouvoir
Depuis 2015, il semblerait que les exportations journalières aient encore baissé d’un tiers (de 2.9 millions de baril par jour à 1,9) conséquence de la situation calamiteuse de la maintenance des installations


2 thoughts on “Echec chaviste au Venezuela

  • Proteos

    La compagnie Vénézuélienne c’est PDVSA. Chavez l’a transformée en virant une bonne partie des cadres au début des années 2000 et en la faisant intervenir dans ses programmes de distribution d’avantages.

    La restructuration de la dette s’annonce compliquée, car trop tardive: les USA ont fini par imposer des sanctions à cause du clair virage dictatorial du régime. Les entités US ne peuvent accepter de nouveaux titres tant que les sanctions sont en place et il est probable qu’une partie importante de la dette soit logée dans de telles structures, et même possédée par des Américains.

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  • Etat des lieux

    Merci, j’ai rectifié pour PDVSA (j’avais confondu avec Petrobras qui est la compagnie brésilienne !)
    Un article du Monde de ce jour donne une baisse de 20% de la production pétrolière, rien que depuis janvier 2016 (de 2325 à 1863 milliers de barils par jour)
    http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/11/14/l-effondrement-de-l-economie-du-venezuela-en-6-chiffres_5214803_3234.html
    cela n’empêche pas certains commentateurs de mettre tout sur le dos des sanctions américaines !

    L’économie sera difficile et longue à remonter, il va falloir probablement de très gros travaux sur les champs de pétrole

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