Emmanuel Macron est-il de droite ?

Pour les responsables de gauche, PS et FI réunis, et pour d’autres commentateurs, les faits sont clairs : le budget 2018 avantage outrageusement les riches et en particulier les plus riches, à qui il fait de nombreux cadeaux, au moment où au contraire il diminue les APL et augmente la CSG pour les retraités. Tout cela fait la preuve qu’Emmanuel Macron et son gouvernement sont bien de droite.

Un article du Monde daté du 13 octobre et titré « Emmanuel Macron est-il de droite ?«, revient sur un colloque dans lequel Jérôme Jaffré a présenté son analyse des élections de 2017. Celui- ci observe qu’au premier tour des présidentielles, Emmanuel Macron a recueilli 24% des voix et que les candidats présentés par En Marche et le Modem ont recueillis 32% des voix au premier tour des législatives.

Au premier tour, Macron a été suivi par 45% des électeurs de F Hollande au premier tour de 2012, 39% de ceux de F Bayrou et 16% de ceux de N. Sarkozy. Au premier tour des législatives, En Marche et le Modem on recueillit 46% des suffrages des anciens électeurs de François Hollande, 51% de ceux de F. Bayrou et 30% de ceux de N. Sarkozy : clairement, E Macron a siphonné la gauche à la présidentielle puis la droite et le centre aux législatives. Le politologue remarque aussi que ce sont les plus aisés qui ont voté pour E Macron et les partis qui le soutiennent : 30% des 10% les plus élevés (le dixième décile) ont voté pour E Macron et 43% pour les partis qui le soutiennent, 35% du 9ème décile ont voté pour lui en avril et 45% en juin.

On pourrait en tirer l’idée que le Président de la République se situe du côté des riches et au centre de l’échiquier politique. Mais ce n’est pas la position qu’il a affirmé, puisqu’il s’est présenté selon les cas comme ni de droite ni de gauche, ou et de droite et de gauche.

D’aucuns parmi ses supporters affirment que le clivage droite gauche est obsolète, ce qui fait évidemment bondir ses adversaires au PS, chez FI et à LR, le Front National affirmant de son côté qu’il l’a toujours dit (mais le FN a pris un coup depuis le débat d’entre deux tours de la présidentielle, au point qu’avec seulement 13.2% au premier tour des législatives, il n’a pu obtenir à l’Assemblée Nationale le groupe que ses résultats aux régionales et aux européennes lui promettaient).

Mais soyons sérieux un moment : le clivage gauche droite a toujours existé en France depuis 1790 et il existe dans les autres pays, on ne voit pas comment il pourrait disparaitre par enchantement !

Ce qu’on constate par contre historiquement, c’est que les critères sur lesquels se fait le clivage ont changé plusieurs fois : il est loin le temps où il séparait Royalistes et Républicains !

Emmanuel Macron a fait le pari que les clivages en cours ne correspondaient plus à grand-chose, et il a doublement gagné ce pari : en gagnant les élections d’une part, en affaiblissant durablement les deux partis dominants depuis des décennies, le PS et LR (et ses avatars précédents). Reste à savoir si cette victoire sera durable, et si la politique s’organisera autour des critères qu’il a cherché à imposer.

Quels sont les axes de la politique menée par E Macron ? J’en distinguerai volontiers 5
1. Il est pro européen, et il me parait évident que ce point a été un critère majeur dans le vote du premier tour de la présidentielle
2. Il est libéral en économie, c’est-à-dire pour l’économie de marché, loin des caricatures de ceux qui estiment que le libéralisme est par nature ultra, mais loin aussi des pratiques d’un Etat tout puissant, spécifiques à la France
3. Il donne la priorité à l’efficacité, ce terme revenant très souvent dans ses propos
4. Il veut mener une action à long terme
5. Il donne la priorité aux actifs par rapport aux non actifs, que ceux-là soient retraités, rentiers ou chômeurs
Les trois premiers points ayant souvent été relevés, je voudrais dire quelques mots du quatrième pour ensuite me concentrer sur le cinquième

Dans le prologue de son livre vers le monde de 2050 », Michel Camdessus, ancien directeur général du FMI note que « les dirigeants du monde sont prisonniers du court terme. Obsédés par la « cuisine politique de leur pays pour les six prochains mois, ils sont incapables de relever le nez du guidon ». Les discours prononcés sur l’avenir européen montrent la préoccupation du long terme chez notre Président. Mais le plus révélateur pour moi de ce souci du long terme, c’est le dédoublement des classes de CP dans les zones les plus défavorisés. L’impact réel de ce choix, c’est pour quand ? Dans dix ou quinze ans ?

Abordons donc le point 5.
Le point le plus évident est celui de la hausse de la CSG (qui porte sur tous les revenus, pensions de retraite et revenus financiers compris) pour compenser la baisse des cotisations salariales.
Un autre point est mis en évidence dans le grand plan d’investissement, dont un des quatre axes consiste à former massivement les personnes peu qualifiées (un objectif de 2 millions de personnes à former) et améliorer la formation des jeunes. On pense au fameux proverbe « donne un poisson à une personne, elle mangera un jour, apprend lui à pêcher, elle mangera tous les jours ».
C’est dans cette perspective d’encourager l’activité plutôt que l’assistance qu’il faut comprendre les nombreuses remarques du Président sur le costard à acheter, les fainéants ou ceux qui foutent le bordel
Cela ne signifie pas un refus de l’assistance comme le montrent l’augmentation de l’allocation adulte handicapé ou du minimum vieillesse, mais cela montre une vrai volonté d’aider les plus démunis à s’en sortir. Cela va dans le même sens que le dédoublement des classes de CP dans les ZEP.
Est-ce une attitude de gauche ? On peut en discuter. Ce qui est clair, c’est que la droite des riches, n’en a rien à faire des habitants des ZEP qui échouent à l’école ou de former les moins qualifiés.