Relire la crise grecque

Le Monde daté du 7 juillet consacrait un article à « la tragédie grecque au cœur des maux du Vieux continent » Le sous-titre reflétait l’angle d’attaque de l’auteur : »les dirigeants européens ont multiplié les erreurs tout au long de la gestion du dossier hellène ».

En pratique l’article fait deux reproches aux dirigeants européens :
• d’une part avoir laissé les marchés exiger de 2010 à 2012 des taux d’intérêts astronomiques à la Grèce (mais aussi à l’Italie, au Portugal, à l’Espagne ou à l’Irlande) alors qu’ils ont baissé fortement dès que la BCE a manifesté sa volonté de soutenir la dette sans limite,
• d’autre part d’avoir exigé de la Grèce des mesures d’austérité drastiques, ce qui est considéré par certains comme contre productifs, puisque la forte baisse du PIB que ces mesures ont engendré a mécaniquement augmenté le poids de la dette calculé classiquement en pourcentage de ce même PIB

L’article publié le même jour et sur la même page, intitulé « menacée, la zone euro contrainte de se réformer » donne une part de l’explication du premier sujet : l’union monétaire au sein de la zone euro ne supposait pas que les pays de la zone viennent en aide à l’un d’entre eux en difficulté du fait de son endettement. Elle prévoyait explicitement le contraire dans l’article 125 du traité. La raison en était simple : les signataires ne voulaient justement pas se retrouver à devoir renflouer un pays qui avait été déraisonnable et pensaient que prévoir un renflouement était le meilleur moyen de susciter des vocations dépensières ! Quand on entend certains de nos responsables politiques proposer que l’UE puisse emprunter à la place de pays trop endettés (par exemple la France) on comprend la méfiance des pays plus vertueux, l’Allemagne en premier !

La position des pays européens sur le deuxième point procède exactement de la même méfiance : annuler la dette grecque n’est envisageable pour les allemands que s’ils sont sûrs que les grecs n’en profiteront pas pour recommencer à s’endetter et pour leur présenter de nouveau la note dans 10 ans. Ce n’est pas le comportement de Varoufakis qui était pour les rassurer sur ce point !

Mais la question mise en avant dans l’article est autre : à vouloir redresser rapidement les comptes de la Grèce, n’as-t-on pas tué le malade ? En effet, la réduction de la dépense publique a eu un effet récessif sur l’économie grecque. Et comme la réduction a été drastique l’effet récessif l’a été aussi. Mais quelle était l’alternative ? Continuer avec 12 % de déficit en comptant sur les partenaires européens pour faire éternellement les fins de mois ? Réduire le déficit à petits pas, avec le risque que cela dure 20 ans ? Ne peut-on penser au contraire que ce sont les atermoiements grecs à l’arrivée de Syriza en 2015 qui ont prolongé de 3 ou 4 ans la purge et l’attente de la reprise ?

Il faut rappeler qu’en 2009 la situation économique de la Grèce était catastrophique, et que ce n’était pas qu’une question de déficit public. Pendant des années, l’inflation et les augmentations de salaires ont été beaucoup plus fortes en Grèce que dans les autres pays de la zone euro. La conséquence est que la compétitivité des entreprises grecques était fortement dégradée, ce qui se traduisait déjà par une explosion du déficit extérieur, et ne pouvait que se traduire par des faillites en grand nombre parmi les entreprises soumises à la concurrence internationale, donc en particulier les entreprises industrielles.

Dans une telle situation catastrophique, il n’y a que de mauvaises solutions, donc dire que celle qui a été choisie était mauvaise n’a guère de sens. La vraie question était de savoir s’il y en avait de moins mauvaise et rien n’est moins sur.

La bonne question, que l’article du Monde n’a malheureusement pas abordée est de savoir pourquoi la Grèce en est arrivé là, de manière à éviter de recommencer.
Ce serait pourtant bien utile, surtout quand il semble que les propositions de Jean Luc Mélenchon comme candidat à la présidentielle de 2017 en France étaient assez exactement celles de nature à arriver à la situation connue par la Grèce en 2009…