Macronisme

La nomination du gouvernement donne un nouvel éclairage sur le positionnement du nouveau Président de la République, qui a choisi un gouvernement politiquement pluraliste et associant fortement ce qu’il est convenu d’appeler la société civile.
On trouve donc au sein du gouvernement quatre élus socialistes, deux radicaux de gauche, trois élus centristes et trois élus de droite (y compris le premier ministre).
Les réactions du côté des politiques sont sans surprise : à gauche, après avoir affirmé pendant la campagne que Macron et ses amis issus du PS n’étaient pas de gauche, on insiste sur la présence de trois ministres issus de la droite et des postes importants qu’ils obtiennent pour affirmer que c’est la droite qui est revenue aux affaires. A droite, après avoir essayé de retenir les électeurs de droite refroidis par les affaires en appelant le futur élu Emmanuel Hollande et en utilisant François Bayrou comme un repoussoir, on minimise la présence de ces trois ministres issus de la droite en parlant de ralliements individuels. Et Le FN voit dans le nouveau gouvernement la preuve du bien-fondé de son discours de toujours sur la collusion UMPS.
Les journalistes peuvent aller dans le même sens, selon la ligne de leur journal (Libération voit par exemple un gouvernement « à droite »), mais ils posent aussi une question importante : comment tous ces ministres qui ont des divergences maintes fois exprimées pourront ils travailler ensemble ?
La création de En Marche reposait sur l’analyse qu’au sein du Parti Socialiste, au sein de la gauche et même au sein de la droite, se côtoyaient des personnes qui avaient en réalité des divergences profondes. Les Français ont pu voir pendant le quinquennat de Hollande à quel point cette analyse était juste pour le Parti Socialiste et pour la gauche en général.
Le fait qu’ils soient en désaccord avec leur camp d’origine ne supprime pas forcément pour autant les désaccords qu’ont les nouveaux ministres avec certains de leurs nouveaux collègues. Mais c’est le propre de tout rassemblement politique : faute de savoir passer au-dessus des différences, on tombe dans les pratiques sectaires généralement caractéristiques des partis extrêmes. Il est vrai que cette conciliation au-delà des différences se bâtit dans la durée et qu’il s’agit manifestement d’un défi que devra relever le nouveau gouvernement.
Le Monde n’a pas manqué d’observer que le gouvernement se répartissait en trois grandes forces : les élus issus de la droite aux commandes de l’économie, les élus issus de la gauche et du centre aux commandes des ministères régaliens et les ministres issus de la société civile à la tête des ministères que le journal du soir qualifie de sociaux.
Pour le journal, cette composition reflète les convictions du nouveau Président : libéral en économie, plutôt à gauche sur les sujets régaliens et très soucieux d’efficacité par ailleurs.
Il y a une trentaine d’années, j’avais théorisé les différences entre les quatre grandes forces politiques de l’époque (RPR, UDF, PS et PC) selon la manière dont ils concevaient la résolution des divergences d’intérêt entre Français.
Pour la famille gaulliste, la Nation passait en priorité et les choix étaient présentés comme étant faits au nom de cette nation, et non pas au profit de telle ou telle catégorie socio professionnelle. La réalité n’était pas forcément conforme au mythe, mais c’était bien cette tradition qui fondait la référence au gaullisme.
La philosophie du centre droit que représentait l’UDF à l’époque était technocratique. L’idée qu’il fallait choisir la meilleure solution technique avait été illustrée par les propos de VGE qui avait choisi comme ministre des finances Raymond Barre, qualifié de « meilleur économiste de France ».
Les socialistes tenaient à l’idée qu’on pouvait construire des compromis acceptables par le dialogue, la discussion entre les acteurs. C’est ainsi que confrontés à la nécessité de justifier la fermeture des Houillères su Nord Pas de Calais (qui perdaient l’équivalent de leur chiffre d’affaires…) et aux promesses contraires qu’ils avaient faites, les socialistes ont créé une commission chargée d’évaluer les réserves charbonnières (leur très faible niveau permettant de justifier la fermeture) et y ont associé tous les partis et tous les syndicats.
La philosophie de l’appel aux meilleures compétences de la société civile marque donc E Macron dans une filiation giscardienne quand la manière dont il a fait réaliser une écoute du pays par les premiers marcheurs le positionne dans la filiation socialiste. Mais que le positionnement du nouveau Président soit un mélange de centre droit et de centre gauche n’est pas vraiment une surprise.
Un intervenant lors d’une émission de France Inter soulignait que de nombreux nouveaux ministres issus de la « société civile » était passés dans le public et dans le privé, à l’exemple de la nouvelle ministre du travail, Muriel Pénicaud et du ministre de l’Education Nationale, Jean Michel Blanquer.
A y regarder de près, cette caractéristique est partagée par certains politiques, à commencer par le nouveau Président (passé par la banque Rothschild) et son premier ministre (passé par Areva), mais aussi Richard Ferrand, longtemps dirigeant des Mutuelles de Bretagne. Il en est de même pour Catherine Barbaroux, présidente intérimaire du mouvement En Marche, qui fut responsable de la délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP) après avoir été DRH de Prisunic puis de Printemps/ Redoute.
Cette belle illustration de la formule « en même temps » chère au nouveau locataire de l’Elysée ne peut que réjouir tous ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, déplorent la cassure entre public et privé et la trop grande fréquence des discours négatifs sur le secteur privé ou sur les fonctionnaires : peut-on rêver que chacun puisse s’enrichir des expériences et réussites de l’autre ?
Quelques mots sur la parité : elle existe sur le papier, mais on doit reconnaitre que le Président, son premier ministre, les trois ministres d’Etat sont tous des hommes. A y regarder de plus près, on observe que huit des ministres venus du monde politique sont des hommes contre trois femmes, et qu’il a fallu la proportion inverse parmi ceux issus de la société civile pour rétablir l’équilibre. Cela souligne le poids encore important des hommes en politique (ils sont presque les trois quarts des députés) quand apparemment la société civile a pris de l’avance sur ce point-là.
L’âge des ministres pour finir : plusieurs des politiques avoisinent les 70 ans (Gérard Collomb, Jean-Yves Le Drian, et le nouveau ministre de l’agriculture, Jacques Mézard) et plusieurs autres ont plus de 65 ans. On peut imaginer qu’ils sont là pour donner de l’expérience au gouvernement mais qu’ils pourront être remplacés d’ici deux ou trois ans, quand auront pu être repérés parmi les députés d’En Marche, ceux qui ont l’étoffe pour diriger un ministère.


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