Forces en présence

La présidentielle a vu trois leaders (Le Pen, Macron et Mélenchon) bousculer les deux partis traditionnels de gouvernement qui n’avaient pas su faire émerger en leur sein de leader crédible pour cette élection

En théorie, les législatives devraient être plus favorables à ces deux partis, avec des candidats connus localement quand les candidats des trois forces montantes seront souvent des inconnus.

Mais le fait que ces législatives ont lieu dans la foulée de la présidentielle relativise fortement l’importance de l’implantation locale : les candidats du FN, de REM et de FI se référeront évidemment à celle ou celui qui a été leur candidat le 23 avril, quand les candidats de LR et du PS feront au contraire tout pour faire oublier le nom de leur candidat à cette élection funeste pour eux.

Mais la comparaison s’arrête là : les situations du FN, de REM, de FI, de LR et du PS sont en réalité bien différentes

La première différence entre Macron d’un côté et Le Pen et Mélenchon de l’autre, c’est évidemment que lui a été élu, et que beaucoup de Français, même s’ils n’ont pas voté pour lui au premier tour, voudront lui donner les moyens de gouverner. Ceci explique qu’un sondage récent puisse accorder 29% des suffrages au rassemblement en marche, soit 5% de plus que ce qu’a obtenu Emmanuel Macron au premier tour.

La deuxième différence est dans la position centriste de l’un contrastant avec la position extrême des deux autres. Dans une élection à deux tours, celle qui caractérise les élections législative et présidentielle française, ce point est essentiel : le report des voix n’est pas le même pour le candidat centriste que pour le candidat extrémiste. On l’a vu le 7 mai : entre les deux tours, Emmanuel Macron a gagné 12 millions de voix et Marine le Pen 3 millions. Autrement dit, 80 % de ceux qui avait voté pour un candidat battu au premier tour et qui se sont exprimés au second ont voté pour le candidat élu et seulement 20% pour son adversaire. S’il y avait eu un second tour entre Mélenchon et Macron, les reports n’auraient peut être pas été si disproportionnés, mais ils auraient incontestablement été dans le même sens si l’on en croit les sondages d’avant premier tour.

La troisième différence est plus incertaine et peut refléter les préjugés de l’observateur : Marine Le Pen et Jean Luc Mélenchon ont été mauvais après le premier tour, et ont fait apparaitre des traits déplaisant de leur personnalité.
Le débat d’entre les deux tours a montré une candidate agressive et peu compétente sur des points clés de son programme, ce qui semble lui avoir coûté deux millions de voix.
La manière dont JL Mélenchon a été incapable de reconnaitre sa défaite sur le moment n’a pas non plus plaidé en sa faveur. Le fait qu’il prétende vouloir gagner les législatives montre également un manque assez surprenant de réalisme, qui risque de lui coûter, non pas au premier tour ni peut être au second (encore que) mais certainement dans la suite : on peut tromper des citoyens manquant d’expérience politique mais le retour de bâton peut être violent quand les faits finissent par s’imposer.
Dernière différence, la capacité à élargir ses soutiens. C’est normalement plus facile pour les deux candidats du second tour : leur objectif est logiquement de retenir une partie de ceux qui se sont ralliés à eux pour le second tour.
Malheureusement pour Marine Le Pen, la prise de guerre obtenue avec Nicolas Dupont Aignan ne semble pas durable, puisque ce dernier va finalement présenter presque partout des candidats. Si on regarde la ville de Yerres dont NDA est le maire, on a les résultats suivants
1er tour :
Nicolas Dupont Aignan : 4851
Emmanuel Macron : 3752
Jean Luc Mélenchon : 2818
François Fillon : 2436
Marine le Pen : 1817

Deuxième tour
Emmanuel Macron : 9425
Marine Le Pen : 4341

Entre les deux tours, Marine Le Pen gagne 2524 voix (contre 5673 à son adversaire). Cela représente presque 31% des voix de report des autres candidats, mieux que la situation nationale, mais c’est nettement moins que les 4851 voix de NDA.

Si l’on regarde la situation par circonscription (d’après le Monde), on constate que Marine Le Pen est arrivée au premier tour en tête dans 216 circonscriptions et qu’elle a dépassé les 50% au second tour dans 45 circonscriptions (dont 13 où elle a fait plus de 55%), son score étant supérieur à 45% dans 66 autres circonscriptions.
Au regard des premiers sondages, le FN pourrait réunir autant voire plus de suffrages encore que sa présidente le soir du premier tour. Ce serait contraire à la situation de 2012, où elle avait réuni 17.90 % des voix et les candidats FN, présents dans quasiment toutes les circonscriptions ont obtenu 13.60% des suffrages exprimés, soit une baisse de 4%.
Tout cela reste à confirmer, mais on ne voit pas comment le FN pourrait ne pas avoir demain un groupe à l’Assemblée Nationale (il faut au moins 15 députés). Ce groupe pourrait très bien compter plus de 50 députés, voire une centaine dans les perspectives les plus favorables au FN.

Jean Luc Mélenchon considère qu’il a affirmé sa suprématie sur l’ensemble de la gauche avec son score à la présidentielle. Sa réaction le soir du premier tour montre aussi qu’il a cru la victoire possible. Après tout, il aurait pu se retrouver face à Marine Le Pen et gagner. Sauf qu’il lui a manqué un million de voix pour être qualifié et que c’est Emmanuelle Macron et non Marine Le Pen qui était en tête
Fort de son score, le leader de la France insoumise veut aujourd’hui obtenir la majorité à l’Assemblée nationale et imposer une cohabitation. Cela suppose qu’il sache réunir au-delà de ses partisans, ceux du PS, du PC ou d’EELV. Cela n’en prend pas le chemin pour l’instant, les exigences posées par luiont conduit à une rupture des négociations avec ces partenaires potentiels. Le résultat est que les candidats de la France insoumise vont se retrouver le plus souvent avec deux ou trois (voire plus) concurrents de gauche. Une division qui risque de conduire à l’élimination de tous, même dans des circonscriptions favorables.
Mélenchon était au premier tour en tête dans 67 circonscriptions. Les sondages mettent actuellement son mouvement à 14%, un score très insuffisant pour atteindre l’objectif affiché, au point que rien ne prouve qu’il y ait de quoi faire un groupe à l’Assemblée.

Du côté du Rassemblement En Marche, la question de l’élargissement se pose aussi de manière compliquée : il ne faut pas avoir trop de soutiens du côté socialiste (80 députés auraient demandé l’investiture) et le souhait manifeste est de débaucher au moins une dizaine de députés LR. Ce n’est pas encore fait, mais on devrait en savoir plus d’ici quelques jours.
Emmanuel Macron était en tête dans 230 circonscriptions au premier tour (hors Français de l’étranger) et dans 532 au second. Les premiers sondages accordent entre 24 et 29% des voix à son mouvement, ce qui devrait qualifier une grande part de ses candidats. Par ailleurs, le mouvement centriste est idéalement placé pour recueillir plus de reports au second tour que ses concurrents. L’objectif d’obtenir une majorité absolue à l’Assemblée nationale parait alors tout à fait raisonnable !

La seule force qui pourrait imaginer de contester cet objectif, ce sont les Républicains avec l’aide de leurs alliés de l’UDI. Après tout, jusque fin 2016 les sondages donnait à leur candidat près de 30 % des voix. La droite pourrait espérer fermer la parenthèse des casseroles de F Fillon. Hélas pour elle, les électeurs vont sans doute voler vers la victoire et soutenir le nouveau président. F Fillon n’a été en tête que dans 56 circonscriptions, mais les sondages donnent entre 20 et 22% des voix aux candidats de l’union de la droite et du centre. Il est probable que les choses vont bouger dans les prochaines semaines.

La question est de savoir si LR est menacé par le même type d’explosion que celle que vient de subir le Parti Socialiste. Difficile à dire. On voit bien la différence entre la droite dure qui a soutenu Nicolas Sarkozy lors de primaire, la droite conservatrice qui a porté François Fillon, et la droite libérale de Juppé : on a retrouvé les trois droites chères à René Rémond. Et clairement, E Macron voudrait rallier la droite libérale. A suivre !

Le Parti Socialiste pour finir. Malgré une solide implantation sur le terrain, les sondages lui donnent moins de 10% au niveau national et donc le risque de n’avoir que très peu de députés. Il paye aujourd’hui au prix fort les divergences qui étaient déjà apparues lors du référendum de 2005, mais que les leaders successifs avaient après tout réussi à gérer depuis 1971. Mais comment faire cohabiter des anciens ministres et ceux qui n’ont pas hésité à voter une motion de censure contre leur gouvernement ? Faute d’avoir tranché cette incohérence, François Hollande et le Parti Socialiste ont vu les électeurs le trancher pour eux !


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