Impressions de campagne

Après mon adhésion à En Marche fin 2016 et la participation à des réunions de travail sur tel ou tel thème de programme, je me suis assez rapidement retrouvé sur le terrain, un paquet de tracts à la main.

En Marche est un mouvement neuf qui a attiré des adhérents de partout, beaucoup n’ayant jamais adhéré à un parti et seulement une minorité ayant l’intention de militer activement (ce qui ne préjuge absolument pas de l’action menée par chacun autour de soi). Et ce ne sont pas forcément les mêmes qui sont venus participer à la réflexion collective, qui ont distribué des tracts ou accepté de passer la journée de l’élection dans un bureau de vote, de 7h 30 à 22 h.

Habitant près de la gare du Nord, je me suis retrouvé dans l’organisation du 9ème /10ème arrondissement, qui comprenait une vingtaine de comités de taille diverse, avec une responsable de l’ensemble, un responsable par comité, une responsable de l’action terrain, une responsable de la production d’éléments de discussion ou de diffusion et un responsable des assesseurs et des procurations.

J’ai donc découvert Chantal, très récemment retraitée et infatigable animatrice des actions de terrain, toujours dans le sourire et l’encouragement. En Marche accueillant beaucoup de néophytes, l’effort est toujours fait pour mettre un nouveau avec un expérimenté (celui qui était nouveau la semaine précédente…). Mais bon, j’ai vendu l’Unité (hebdomadaire du PS) à la sortie du métro en 1974…

J’ai commencé lentement, avec une distribution rue des Martyrs puis devant le métro Poissonnière. Et puis, les distributions se sont enchainées en fonction de ma disponibilité et de l’approche du premier puis du second tour, d’abord le samedi ou le dimanche, puis dans la semaine, le matin en passant sur le chemin du travail ou en fin de journée. J’ai fait diverses sorties de métro (Poissonnière donc, Cadet, Pigalle, Anvers, Blanche, Place de Clichy, Bonne Nouvelle), les marchés (St Quentin, Barbès, Anvers), les gares (St Lazare, Nord et Est), quelques points fixes baptisés kiosques par En Marche (rue Cadet, Rue du Fbg St Denis, place Lino Ventura ou Quai Jemmapes). Bref, je pense que je n’ai pas chômé, mais n’oublions pas qu’une opération de distribution, c’est une heure ou deux, parfois moins.

A part Chantal omniprésente, on découvre au fil des distributions d’autres adhérents. Chaque distribution étant organisée par un comité local, on trouve souvent les mêmes personnes aux mêmes endroits, mais aussi des gens comme moi qui vont là où c’est pratique pour eux. Dans la dernière ligne droite entre les deux tours, j’ai ainsi consacré ¾ d’heures le matin sur les lieux qui étaient sur mon chemin pour aller au travail, notamment gare st Lazare.

Les responsables locaux d’En Marche déclarent plus de 3000 adhérents sur l’ensemble 9/10ème, pour 38 462 inscrits dans le 9ème et 54 176 dans le 10ème : plus de 3% des inscrits sur les listes électorales sont adhérents d’En Marche. Avec la même proportion sur l’ensemble du pays, En Marche aurait environ 2 millions d’adhérents !
Sans surprise, Emmanuel Macron a fait de très bons scores au premier tour : 42.59% dans le 9ème et 37.71% dans le 10ème encore mieux que son très bon score sur l’ensemble de la capitale. Au second tour il obtient un score quasiment soviétique : 93.44 % dans le 9ème et 92.51% dans le 10ème
Sur ces 3000 adhérents, plus de 500 sont inscrits dans un comité. Je ne sais pas combien ont participé aux réflexions, mais probablement plusieurs centaines. En Marche fournit également 135 assesseurs pour le second tour.
Je suis incapable d’évaluer le nombre de ceux qui participent aux opérations de distributions de tracts : ils ne sont pas très nombreux, mais ils ont augmenté au mois d’avril et entre les deux tours. La dernière semaine, que ce soit gare St Lazare ou gare du Nord, nous étions à chaque fois au moins une dizaine. Je suppose qu’au total, il y a entre cent et deux cents adhérents sur ce type d’action, probablement autant que ceux qui ont été assesseurs (ce n’était qu’en faible partie les mêmes).
Certains ont aussi fait du porte à porte ou du collage d’affiches mais je ne sais pas combien, probablement assez peu.

Pour finir sur le contexte, il faut noter qu’à part sur les marchés et sur quelques points fixes comme la rue Cadet (et encore), les passants ne sont pas que parisiens : c’est toute l’Ile de France qui circule à la sortie des métros ou des gares, sans compter les touristes (pas que du côté de Pigalle). C’est d’ailleurs l’un des intérêts : pouvoir toucher, bien au-delà du point très fort qu’est ce secteur parisien, des passants venants de partout, y compris des endroits où En Marche n’est guère présent.

Dès le début, j’ai été frappé par le bon accueil dont nous bénéficions. Et il y a une catégorie qui sera toujours très favorable, du début à la fin, ce sont les noirs, assez nombreux dans les deux arrondissements (même si c’est très variable d’un quartier à l’autre). Il y en a d’ailleurs quatre ou cinq parmi les tracteurs. Je pense qu’ils sont beaucoup plus pragmatiques et moins idéologues que les autres.
Il y aura évidemment toujours quelques ronchons pour nous agresser verbalement, avec quelquefois des arguments en dessous du niveau de la ceinture contre le candidat. Mais il s’agit de réactions ultra minoritaires.
En janvier et février, on sent ce bon accueil dans la manière dont les passants sont nombreux à prendre les tracts. Il est vrai qu’à la sortie des gares ou des métros, la foule peut être considérable, et qu’un paquet de tracts part très vite même quand il n’est pris que par un passant sur quatre ou cinq.

En février, on sent le besoin de pouvoir présenter plus que des éléments de programmes (même si c’est sur de nombreux thèmes), et on attend la programmation complète du projet promise pour tout début mars, pour clore le bec à ceux qui viennent nous titiller sur l’absence présumée de programme chez le candidat.

En mars, nous avons donc le tract avec une présentation assez complète du programme. Il nous est dit de ne pas le gaspiller (il fait 32 pages, donc a forcément coûté plus cher que les tracts précédents). Et de viser en priorité les indécis, consigne diffusée en permanence au sein du mouvement (inutile de perdre du temps à essayer de convaincre quelqu’un qui a déjà fait un autre choix).
Je renonce donc à essayer de distribuer le maximum de tracts (certains militants cherchent en priorité la discussion, je suis plutôt de ceux qui arrivent à distribuer beaucoup) et je me contente de clamer « le programme d’Emmanuel Macron ». Je suis assez convaincu que ceux qui prennent vont lire le document plutôt que de le jeter trois mètre plus loin et d’ailleurs on les voit souvent le ranger soigneusement. Et très régulièrement, des passants reviennent sur leurs pas pour me demander le tract. Cette attitude que je vais retrouver durant presque toute la campagne, et qui montre l’intérêt citoyen pour le candidat, a été particulièrement fréquente à ce moment-là.

En avril, la tactique change, avec toujours la même antienne : s’adresser en priorité aux indécis. La méthode est simple, demander aux gens s’ils vont voter le 23 avril puis si ils savent pour qui. Comme indiqué précédemment, je ne suis pas spécialement dans ce registre et je frémis parfois en entendant les arguments mis en avant (avec beaucoup de bonne volonté), mais à ce moment-là j’ai joué le jeu et il est vrai que cela fonctionne bien.

Est-ce que ce genre d’opération permet de gagner des voix ? Difficile de le dire. Ce qui est sûr, c’est que cela contribue à faire du candidat une option à regarder par l’électeur. Il faut dire qu’on ne voit guère les autres candidats. Sur Paris, ce sont surtout les soutiens de JL Mélenchon qui se montrent, et je les ai croisés 4 ou 5 fois. A part ceux-là, c’est le grand vide (à l’exception d’un supporter de Hamon sur le marché d’Anvers et de pro Fillon une fois place Lino Ventura). Mais ils n’ont pas forcément les mêmes horaires que moi.

En fait je pense avoir trois fois contribué à faire basculer un interlocuteur. Une fois avec un citoyen qui s’est présenté comme électeur partisan de JL Mélenchon, avec qui j’ai échangé pendant un quart d’heure en bonne intelligence. Je me suis dit en le quittant qu’à la suite de cette rencontre, il voterait Macron au deuxième tour (ce qu’il aurait peut-être fait de toutes manières). Mais c’était la stratégie avec ceux qui en choisissait un autre : donner une image positive(ne serait-ce que par la politesse) en visant pour eux le deuxième tour
Les deux autres fois, début avril pour l’un et deux jours avant le deuxième tout pour l’autre, je me suis trouvé face à des électeurs totalement déboussolés. Le premier m’a dit hésiter entre Asselineau et Hamon, mais n’a pas pu m’expliquer pourquoi il était pour sortir de l’Europe. Le second avait voté Dupont Aignan au premier tour et envisageait de voter Marine le Pen au deuxième tour, bien que musulman.
Les deux m’ont serré la main avant de me quitter, ce qui me fait penser qu’ils étaient convaincus. Mes arguments ? Très peu ! En fait ils ont parlé 95% du temps et je les ai écouté : ils se sont auto convaincus.

J’ai eu une période très inquiète quinze jours avant le premier tour, avec la montée de JL Mélenchon dans les sondages : un deuxième tour Le Pen / Mélenchon aurait été pour moi la catastrophe absolue. Cela m’a poussé à m’investir encore plus, dans la rue ou sur Internet ou auprès de mes collègues. Mais j’étais plus rassuré la dernière semaine, bien qu’encore inquiet. D’où mon soulagement à l’issue du premier tour.

Parce qu’on sent les réactions des gens quand on distribue les tracts. Et le changement a été violent au lendemain du premier tour, avec la colère de ceux qui avaient voté pour Fillon ou Mélenchon et n’avaient pas encore digéré l’échec de leur candidat, alors que la qualification leur paraissait à portée de main, voire déjà gagnée. Cela s’est progressivement calmé dans la semaine, mais on peut se demander s’il fallait être sur le terrain ces premiers jours.

Le samedi 29 avril j’étais au marché de Barbès où l’accueil était excellent de la part des noirs et des maghrébins majoritaires sur ce marché. J’ai déjà dit que les noirs votent manifestement majoritairement pour Macron, ce qui s’est confirmé ce jour-là, avec des manifestations d’adhésion très fortes (on l’adore !) et la certitude de sa victoire. Il en était de même chez les maghrébins, moins démonstratifs mais ayant bien compris que Marine le Pen ne leur était pas favorable, comme issus de l’immigration et comme musulmans. Après, il est toujours difficile de savoir la proportion d’électeurs parmi eux. Une des distributrices étant d’origine maghrébine avait l’avantage de pouvoir discuter en arabe, et elle ne s’en privait pas.

Le 30, j’étais au marché St Quentin où les communistes distribuaient un tract appelant à voter Macron au deuxième tour pour battre Le Pen… et à voter pour leur candidat, Didier le Reste en juin ! L’accueil était nettement plus mitigé que la veille. Un partisan de Le Pen, assez agressif, a cherché à me provoquer, mais je me suis contenté de lui répondre calmement et il a fini par partir.

La semaine suivante, j’ai passé ¾ d’heures tous les matins Gare St Lazare. Quelques passants nous rendaient les tracts en nous disant qu’ils étaient convaincus ou qu’ils avaient déjà voté Macron au premier tour. D’autres nous disaient qu’ils avaient déjà eu le document la veille. Le jeudi, plusieurs m’ont dit avoir déjà été servis le matin. Traduction : il y avait des militants En Marche en banlieue, devant leur gare de départ. Et probablement à plusieurs endroits.

Dès le jeudi matin, on a senti un changement net du climat, ce que m’a fait remarquer une autre militante « ils sont plus souriants ». Impression confirmée le lendemain en fin d’après-midi devant la gare du Nord : manifestement, le débat à la télé était passé par là.
Ce qui fait que ce week-end, j’étais persuadé qu’il y avait une dynamique qui pouvait donner un meilleur score que les 62/63% promis par les derniers sondages. Sans évidemment prendre le risque de faire un pronostic : le score final de 66 % n’est donc pas vraiment une surprise, mais il était inespéré huit jours plus tôt !
Bon, maintenant, je vais pouvoir me reposer un peu
En attendant les législatives, qui vont arriver très vite.


4 thoughts on “Impressions de campagne

  • fredr31

    Maintenant il ne reste plus qu’à espérer que la mise en oeuvre du programme de EM ne soit pas bloquée par le conservatisme si fort en France ou par les blocages dû à l’ignorance absolument incroyable de beaucoup de français sur l’organisation de la société et l’économie. J’espère également que EM réussira à avoir une majorité parlementaire suffisante. Bon courage à vous.

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  • argone

    En tout cas EM n’a été élu que par une majorité de votes exprimés, l’abstention très forte, le vote FN progresse élection après élection et surtout a fait +4 millions entre les 2 tours

    Bref EM a été mal élu (pas un vote d’adhésion pour des millions de votants)

    Maintenant EM a une lourde responsabilité : faire en sorte que la France de très en bas ne vote plus FN. C’est cette population là qui devra être la cible prioritaire du futur gouvernement. On verra…mais sachant le passé pour moi c’est mal barré…

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  • Bigben

    Bonjour,

    Je continue de suivre avec grand plaisir vos récits.
    Merci de votre implication.
    Bravo pour votre victoire !
    🙂

    Bigben

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