Soulagement

Ouf, c’était le mail envoyé hier soir par un de mes beaux-frères, peu de temps après l’annonce des estimations, exprimant le même sentiment de soulagement que j’avais éprouvé trois quart d’heure plus tôt.
Il y a 5 ans, il y a dix ans, aucun des candidats ne me faisait vraiment envie, mais je pouvais aussi voter pour chacun des trois représentants de la droite, du centre ou de la gauche. Cette fois, je ne vois pas ce que j’aurais pu faire sans la candidature Macron.
On ne peut pas refaire l’histoire, mais on peut vraiment se demander quelle aurait été notre situation sans ce pari fou fait il y a un an par celui qui est sorti aujourd’hui en tête du premier tour. Probablement aurions-nous pu voter Bayrou, mais celui-ci risquait fort de ne pas avoir la même place.
A eux deux, JL Mélenchon et Marine Le Pen, totalisent 41 % des suffrages. Si on ajoute les voix d’Asselineau, Poutou et Arthaud, cela fait une part bien trop importante pour des propositions qui nous mèneraient tout droit à la catastrophe. Et je ne suis pas sûr d’avoir raison de ne pas compter Dupont Aignan dans le lot !
Le défi pour celui qui devrait devancer la candidate FN au deuxième tour (mais bon, tant que ce n’est pas fait…) est immense : s’il ne s’attaque pas aux raisons qui ont fait monter le vote extrémiste à proximité de la moitié des suffrages, la catastrophe évitée hier soir, un deuxième tour Mélenchon/ Le Pen (l’horreur absolue, une perspective qui m’a beaucoup inquiété depuis 15 jours), nous est promise pour 2022.
Pour cela, il lui faudra une majorité à l’Assemblée Nationale en juin. J’espère que les électeurs feront, comme je le crois, le choix de la cohérence dans leur vote aux législatives.
Il faudra bien sûr que le nouveau Président (encore, une fois, dans l’hypothèse qu’il le sera) ne se trompe pas dans ses premiers choix, celui de son premier gouvernement en particulier, mais aussi celui de ses candidats aux législatives, deux exercices qui ne sont pas simples.

Les Républicains peuvent encore caresser l’espoir d’emporter les législatives, en profitant notamment de la dispersion des voix entre En Marche et les candidats socialistes ou écologistes. Il faut dire qu’il y a de quoi enrager pour eux, tant la victoire paraissait leur être promise il y a six mois. Ils ne pouvaient pas perdre, et pourtant ils l’ont fait, et cela dès le premier tour.
Au passage il faut noter une des bonnes nouvelles de la soirée, et je ferais bien le pari que la droite va retenir la leçon, car elle lui coûte très cher: les Français ne veulent plus de candidats qui veulent manifestement faire passer leur intérêt personnel bien avant celui du pays.
Pour revenir aux législatives, je crois qu’il va manquer aux Républicains pour gagner un leader incontestable : c’est d’ailleurs ce qui les a empêché de sortir Fillon en février, quand il est devenu manifeste que les affaires le menaient dans le mur.

Le Parti Socialiste est dans une situation calamiteuse. Son candidat officiel, qui a pourtant bénéficié du soutien d’EELV dès le premier tour, n’a réuni que 6.36 % des voix, un pourcentage plus de 4 fois plus faible que les 28.63% réunis par François Hollande au premier tour de 2012, presque 3 fois moins que les calamiteux 16.18% de Lionel Jospin en 2002.
C’est le résultat de la division systématiquement affichée par ce parti depuis cinq ans. Comment est-il possible de voir des députés voter des motions de censure contre leur propre parti au gouvernement tout en restant au sein de ce parti ? Benoit Hamon peut toujours fustiger tous ceux qui l’ont trahi, mais il a été un des responsables de cette division affichée.
Les élections législatives s’annoncent comme une bérézina pour le PS. Entre ceux qui ne se représentent pas et ceux qui rejoignent Macron, il y a déjà de la perte. Mais le fait de présenter un élu sortant n’est absolument pas un gage de réussite, tant les électeurs semblent vouloir sortir les sortants, comme ils l’ont fait pendant les primaires.
Et la Parti Socialiste partira lui aussi à la bataille sans leader reconnu.

Jean Luc Mélenchon a fait un score remarquable, dont il est difficile de savoir s’il peut constituer un socle solide pour l’avenir. Il a bénéficié de l’extrême faiblesse du candidat socialiste, et son mouvement peut continuer à en bénéficier tant que le PS ne se reconstruit pas. Mais la réaction du candidat au soir des élections, incapable de reconnaître sa défaite les premières heures, le B.A BA de la politique, donne un très mauvais signe. Sans parler du refus de faire barrage contre le FN, refus qui montre aussi à quel point l’organisation droite/gauche a cessé d’être l’axe principal structurant la politique. Il est vrai que l’alliance rouge / brun n’est pas une nouveauté pour ceux qui se souviennent de l’histoire et par exemple d’un certain Jacques Doriot.
Or je crois que le sectarisme manifeste d’une partie des militants de la France insoumise n’est pas la marque de fabrique de tous les électeurs de Mélenchon dimanche. Je me souviens par exemple de ce cadre de la fonctionnaire territoriale croisé à l’occasion d’un tractage et avec qui j’ai discuté un bon quart d’heure, pour convenir à la fin que nous avions de vraies proximités démocratiques. Et j’ai aussi en tête tous ceux qui ont voté Mélenchon autour de moi.

Le Front National est encore au second tour de la présidentielle, avec le meilleur score jamais atteint en voix et en pourcentage. On peut se consoler en notant qu’en pourcentage, Marine le Pen est bien loin des scores annoncés par les sondages il y a un an, ou de ceux atteints par son parti aux dernières régionales et européennes. Mais le constat est là : le Front National n’est peut-être pas le premier parti de France, mais il est installé pour un bon moment dans le système. Et le FN aura certainement un groupe dans la prochaine Assemblée Nationale, et probablement un groupe assez important, même si le mode de scrutin ne lui est guère favorable.

Une dernière remarque sur les résultats de ce premier tour. Sur la France entière, Emmanuel Macron a pratiquement un million de voix d’avance sur son adversaire du second tour. Sur la seule Ile de France, son avance est de 900 000 voix. A Paris, lieu du dernier attentat terroriste, Marine Le Pen n’atteint pas 5% quand E macron en fait près de 35 ! Cela illustre l’écart énorme qui s’est creusé entre le vote des grandes villes et celui des zones rurales et péri urbains, écart qui existait déjà il y a 5 ans, mais qui s’est accentué. Je pense qu’on va encore le voir aux législatives.

Signe que le candidat d’En Marche a vraiment la baraka (pour l’instant), les perspectives dans le domaine de l’emploi et de l’économie sont plus positives qu’elles ne l’ont été depuis longtemps, ce qui ne peut que favoriser ses candidats s’il est élu dans deux semaines.
Après, les choses sérieuses commencent : cinq ans pour faire baisser le vote extrême, ce n’est pas beaucoup. Il va falloir agir vite et surtout bien : pas si simple !


4 thoughts on “Soulagement

  • Jean-Michel

    Soulagement oui. Mais inquiétude aussi. Car la tâche ne va pas être simple. Il va falloir gagner le 7 mai, puis obtenir une majorité de gouvernement en juin, puis lancer très vite les bonnes réformes tout en se gardant des impairs de communication. Le tout avec contre soi en permanence la grande coalition des anti-libéraux de tous poils, de gauche comme de droite, ceux que fédère depuis dimanche soir l’idée que Macron est non seulement libéral, ce qui n’a rien de déshonorant, mais ULTRA-libéral, ce qui dans ce cas ne veut à peu près rien dire (mais en France c’est l’insulte suprême et qui fait mouche), sans oublier d’ailleurs ceux, beaucoup plus minoritaires, qui se veulent les gardiens du libéralisme et seront aussi contre lui parce qu’ils pensent que libéral, il ne l’est pas du tout.

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  • Etat des lieux

    Oui, rien n’est gagné, on le voit aujourd’hui
    Pour les législatives, tout ira bien si les électeurs du premier tour confirment leur vote, mais ce ne sera pas le cas si une trop grande partie retourne coté LR ou PS (Macron était en tête dans près de la moitié des circonscriptions) On verra

    Après , oui, il y a aura du travail
    la droite est la première à ne pas être vraiment libérale : trop de gens préfèrent une concurrence faussée à leur avanatage

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  • XS

    Bonjour Verel,

    Il y a aussi des électeurs du premier tour, qui n’ont aucune intention de voter LR ou PS, mais qui ne sont pas plus convaincus que cela par En Marche.
    La plupart du temps, ils ont voté Macron pour éviter d’avoir un deuxième tour Le Pen-Fillon, ou Fillon-Mélenchon, et de ce point de vue, Macron offrait le plus de garanties de stabilité, un peu paradoxalement.

    Pour les législatives, la majorité des électeurs modérés attendent d’avoir plus d’orientations, notamment sur la législation du travail , mais la nomination du gouvernement donnera sans doute plus d’informations.
    Beaucoup de Français vont pouvoir découvrir Sylvie Goulard
    A ce propos un débat (il y a 10 jours) avec un interlocuteur FN presque aussi malhonnête que Marine Le Pen
    https://www.franceinter.fr/emissions/le-telephone-sonne/le-telephone-sonne-28-avril-2017

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  • Pingback: Impressions de campagne – Etat des lieux

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