Avenir des retraites

Les retraites représentent en France aujourd’hui plus de 280 milliards d’euros soit environ un septième du PIB, donc un montant considérable.

Les candidats à la présidentielle ont des propositions sur le sujet dans leur programme et ces propositions divergent assez profondément : cela aurait donc pu / dû être un point de débat important dans la campagne. Cela n’a pas été le cas, dans une campagne bizarre où les sujets de fond ont été peu abordés, mais peut-être aussi parce que tellement de choses ont été dites sur le sujet depuis 20 ans. Pourtant le sujet aurait d’autant plus mérité d’être évoqué que les positions des uns et des autres sont très révélatrice de leurs positions générales.

Marine Le Pen et Jean Luc Mélenchon ont sur ce sujet clé (comme sur d’autres d’ailleurs) une position commune : revenir à la retraite à 60 ans et 40 années de cotisation.
Depuis que l’on parle des retraites, nul ne peut ignorer la dimension démographique du problème : l’espérance de vie augmente rapidement (et contrairement à ce que certains voudraient faire croire, elle continue à le faire aujourd’hui). Elle a augmenté de près de 20 ans depuis 1945 ! 20 ans, pas deux, trois, cinq ou même dix ! Évidemment, cela a des conséquences sur l’équilibre du régime !

Dans le système de répartition qui est le nôtre, les actifs cotisent aux caisses de retraite qui payent les pensions. Plus l’espérance de vie augmente, plus il y a de retraités et donc plus il y a de retraités à financer pour chaque actif.
Eu égard à la résistance de beaucoup face à une augmentation de la durée de cotisation, cela fait maintenant quatre ans que les pensions ne sont pas revalorisées avec l’inflation. Certes, celle-ci est faible, mais il y a une perte régulière de pouvoir d’achat. Et les caisses sont encore en déficit
La proposition des deux candidats extrémistes est donc totalement déraisonnable, et ils le savent très bien, mais c’est justement cela le populisme.

Il faut reconnaitre que JL Mélenchon va beaucoup plus loin que son adversaire puisque j’ai compris qu’il propose qu’aucune retraite ne soit inférieure au SMIC. Sachant qu’il veut porter celui-ci à 1300 euros net et que le montant moyen des retraites est de 1230 euros net environ, on comprend que sa proposition n’est pas seulement déraisonnable, elle est totalement délirante (un calcul approché à partir de la répartition des montants fournie par la DREES donne pour ce point un montant annuel de 30 milliards d’euros environ) !

Benoit Hamon est beaucoup plus prudent puisqu’il n’évoque qu’une mesure, celle d’une revalorisation du minimum vieillesse de 10%.

De son coté, François Fillon propose lui de porter l’âge de départ à 65 ans (contre 62 aujourd’hui), avec la possibilité d’un départ à 63 ans pour ceux qui ont eu une carrière longue contre 60 ans aujourd’hui. La possibilité de partir automatiquement en taux plein sans avoir tous les trimestres cotisés est maintenue à 67 ans. Il vaut aussi revenir sur les régimes spéciaux.
On retrouve le côté excessif du reste du programme du candidat, mais on notera aussi qu’en plaçant la fourchette de l’âge de départ entre 63 et 67 ans il revient en partie sur ce qui était la principale conséquence de sa loi de 2003 : faire que la durée de cotisation soit le principal critère plutôt que l’âge. On sait bien que donner le critère d’âge comme principal critère revient à faire payer une partie de la retraite des cadres par les ouvriers.

C’est la proposition d’Emmanuel Macron qui est la plus originale, du moins dans le contexte français, car en fait il se rapproche du modèle scandinave (comme dans pas mal de ses propositions d’ailleurs).
L’idée est de ne pas toucher à l’âge de la retraite et de laisser les augmentations de nombre de trimestres déjà prévues selon les générations faire leur œuvre, mais de mettre en place pour ceux qui partiront dans dix ans et au-delà un système qui dépendra du montant de sa cotisation.
En fait, cette proposition, qui reprend le modèle suédois si j’ai bien compris, répond à trois problèmes cruciaux de notre système actuel.
Le premier, on l’a déjà vu, est celui de la démographie : le système suédois affiche clairement que les pensions dépendent des cotisations versées

Le second est celui de la liberté de choix.
Après tout, pourquoi obliger chacun à partir à un âge fixe ? Parmi des tas d’autres éléments de choix, on sait bien que dans les couples, les deux conjoints préféreraient faire valoir leurs droits à la retraite en même temps, même si ils n’ont pas exactement le même âge (cela devient évidemment difficile si l’écart est important).
Or, une telle décision n’est possible pour l’instant que dans un sens, si on part après la date limite. Et la raison de cette impossibilité est assez simple : une telle décision n’est pas neutre pour les caisses : tels que sont calculés les pensions aujourd’hui, une personne qui retarde son départ fait gagner de l’argent aux caisses de retraite et ceux qui anticipent en font perdre. Le mieux ne serait –il pas qu’e les décisions soient neutres ?
Il faut savoir qu’un tel système ferait apparaitre des conséquences assez importantes ; par exemple, si une personne touche une pension de 1200 euros en partant à 62 ans, le montant de sa pension pourrait être de 1050 euros environ en cas de départ à 60 ans mais de 1350 euros en cas de départ à 64 ans : comme on le voit, c’est loin d’être négligeable. On rappellera à titre de comparaison qu’au moment de la création du système en 1945, on touchait 40ù de son ancien salaire en partant à 65 ans et 20 % en partant à 60 ans…

On a compris que ce système reporte sur les décisions individuelles les adaptations aux évolutions démographiques, et en particulier les arbitrages entre âge de départ et montant des pensions. On constate d’ailleurs en Suède que les citoyens ont tendance à reporter d’eux-mêmes l’âge du départ de un à deux ans en moyenne.

Troisième problème, celui de la diversité des régimes, et il faut bien le dire celui de leur inégalité foncière. Si les réformes des retraites ont été aussi difficiles à faire passer, c’est aussi en raison d ces différences, la plus inacceptée étant celle qui concerne les parlementaires eux-mêmes ; Il faut dire que le système était particulièrement favorable et on ne peut qu’être abasourdi de voir à quel point les députés n’ont pas compris que ce système participait fortement au rejet massif de la classe politique aujourd’hui.

Les auteurs de la « société de défiance » estimaient que la défiance des français envers leurs institutions et leurs élites, défiance qui s’est manifestée spectaculairement dans cette élection, était liée au corporatisme de système couplé un état puissant et centralisateur. Les propositions de Macron sur le système de protection contre le chômage ou sur les retraites vont tout à fait dans le bon sens sur cet aspect qui me semble majeur. C’est pour moi une raison beaucoup plus importante de voter pour lui que beaucoup de mesures mises en avant dans son programme.