Financement

Enfermé dans les conséquences qu’ont sur sa campagne les affaires qui le concernent, François Fillon n’a pas trouvé d’autres réponses que de crier au complot dirigé par l’Élysée.
On peut effectivement se demander comment toutes les affaires qui le concernent sont arrivées aujourd’hui dans les médias. Rien ne prouve qu’il n’y ait qu’une source ou qu’un groupe « d’amis bien intentionnés » : certains par exemple soupçonnent les amis de Nicolas Sarkozy.

Mais là n’est pas l’essentiel, puisque la plupart des faits évoqués n’ont pas été niés par l’ancien premier ministre, à la notable exception de la réalité ou non de l’emploi de son épouse.

Or la plus grave des affaires me parait être une des dernières, celle qui concerne les costumes payés par un avocat dont on sait qu’il sert les intérêts de dictateurs africains. Le candidat nous dit aujourd’hui qu’il a rendu ces costumes et reconnait une erreur de jugement. Or il s’agit d’un cas de corruption. Voulons-nous un Président qui puisse être acheté par le premier corrupteur venu ?

Dans de nombreuses entreprises, avoir accepté un cadeau de plus de 100 ou 150 € sans le signaler au déontologue serait suffisant pour être licencié. Dans quel monde se trouve François Fillon pour ne pas se rendre compte de la gravité de ce comportement ? A-t-il perdu tout sens des réalités ?

Autre question de financement, celle de la campagne d’Emmanuel Macron.
Depuis les années 90, pour éviter les financements occultes des partis, la loi a à la fois interdit le financement par les entreprises, limité les apports possibles pour un individu (tout en les encourageant par une déduction fiscale) et organisé un financement public des partis.
Ce financement est calculé en fonction du nombre de suffrages obtenus lors des élections législatives et du nombre de députés. En 2016, le montant des aides attribuées a été de 63 101 868,14 euros au total, un montant dans lequel les Républicains et le PS se taillent la part du lion.

L’une des conséquences imprévue de ce système est qu’il est difficile pour le courant d’un parti de quitter celui-ci s’il est en désaccord avec la ligne menée. A partir du moment où les frondeurs (dont Benoit Hamon) signaient des motions de censure contre le gouvernement dirigé par un membre de leur parti, il aurait été logique qu’ils quittent le PS pour fonder un parti plus conforme à leur vue.

Mais s’ils l’avaient fait, ils auraient eu un problème de financement : la partie du financement lié aux voix obtenu reste forcément au PS. La partie liée au nombre de députés dépend de la décision de chacun de ceux-ci et ils peuvent en changer tous les ans, mais cela fait un décalage dans le temps.
Donc pour des raisons de finances(et d’investiture), les frondeurs n’ont pas été au bout de leur logique en fondant un nouveau mouvement (comme l’avait fait JL Mélenchon).

Emmanuel Macron a fait le choix de se lancer sans financement (En Marche en bénéficiera, probablement largement, en 2018). Il n’avait donc qu’une solution, faire appel aux dons individuels (les entreprises ne peuvent pas financer les partis ni les campagnes). Il a probablement trouvé quelques dizaines d’amis assez riches pour donner chacun quelques milliers d’euros (le maximum autorisé est de 7500 € par an). C’est une somme importante, mais c’est jouable pour un cadre supérieur ou des personnes qui ont un revenu équivalent.
Cela peut faire cent mille euros ou plus pour démarrer mais ce n’est pas assez pour financer les millions que représente une campagne électorale pour ceux qui veulent jouer les premiers rôles. Le candidat qui sera au deuxième tour pourra dépenser environ 22.5 millions d’euros et s’en verra normalement rembourser une petite moitié. Le défi d’Emmanuel Macron est donc de trouver le maximum de millions d’euros dans la limite d’une dizaine.
Il déclare avoir eu jusqu’à présent 35 000 donateurs dont un tiers pour moins de 30 € , un tiers entre 30 et 60 € et un tiers au-delà de 60 €. Douze mille donateurs à 20 euros en moyenne, cela fait 250 000 euros. Douze autres mille à 45 €, cela fait 540 000. Ce trois quart de million n’est pas à négliger mais c’est très insuffisant : ce sont les donateurs à plus de 100, 500 voire 3000 euros qui font les apports indispensables.
Pour Benoit Hamon ce financement est suspect (ce qui en dit long sur la manière dont le PS s’est coupé des militants), d’où sa question pendant le débat : « Mais pouvez-vous prendre l’engagement que parmi ces personnes les plus fortunées qui ont fait des dons, il n’y a pas plusieurs cadres de l’industrie pharmaceutique, de l’industrie pétrolière, de l’industrie bancaire ? »
La réponse du leader du mouvement En Marche est que le plafonnement du montant individuel (à 7500 €) est de nature à éviter qu’un individu puisse peser, comme ce peut être le cas aux US où il n’y a pas de plafond et où certains milliardaires apportent des centaines de millions. Et après tout, c’est le législateur, en l’occurrence les amis de Benoit Hamon et lui-même, qui a fixé ce seuil de 7500 € !

Ceci dit, je suis choqué par les paroles de Benoit Hamon : considère-t-il que les cadres de l’industrie pharmaceutique, de l’industrie pétrolière, de l’industrie bancaire ne sont pas des citoyens comme les autres et qu’ils n’ont pas le droit d’apporter leur financement à un candidat (surtout si c’est un adversaire) ? Quel que soit son avis personnel, il est probable qu’il pense que c’est le discours attendu par ses électeurs, ce qui en dit long sur les a priori idéologiques de certains !