Choix personnel

Deux commentaires sur un article précédent me demandent pourquoi je me suis rallié à Emmanuel Macron. Ils s’interrogent aussi sur son programme et son équipe.
J’avais commencé à répondre à leur commentaire, mais la réponse prenant de la longueur je pense plus simple d‘en faire un article.

J’ai été assez long à me rallier à Emmanuel Macron, dont je ne voyais pas ce qui dans son passé pouvait justifier son ambition. J’étais pourtant progressivement obligé de constater qu’il était le seul à occuper une place de centre gauche, sociale libérale pour simplifier, qui correspond de fait à mon positionnement politique. A la suite de Pascal Lamy, je trouve que F Hollande n’a pas fait une si mauvaise politique, mais qu’il l’a fait trop tard et pas assez fort. C’était apparemment aussi le positionnement de l’ancien ministre des finances.

Ce qui m’a fait sauter le pas, c’est qu’il déclarait avoir fait un diagnostic avec son mouvement En Marche, avant de se lancer dans la construction de propositions.
Or je suis convaincu, et je l’ai écrit sur la page d’accueil de ce site, que c’est le diagnostic qui est essentiel, et que c’est d’abord sur cela que se distinguent les partis et les candidats. L’article publié récemment par Protéos sur le programme de Benoit Hamon l’illustre encore une fois: c’est le diagnostic du candidat que Protéos remet en cause (à mon avis avec raison). Après, on peut toujours discuter les mesures, mais de toutes manières il faudra s’adapter à la réalité et les événements peuvent modifier les mesures, pas les orientations.
Donc une bonne démarche, et ce que j’en voyais m’allait bien.

Ferrand meeting

J’ai lu ensuite son livre et je m’y suis retrouvé à plus de 90 %. Et le meeting de Lyon que j’ai regardé hier m’a confirmé dans mon point de vue. Je cite quelques-uns des points que je trouve essentiels comme E Macron :
• La révolution numérique en cours est en train de transformer en profondeur notre économie, avec le risque que les GAFA ne confisquent le plus important de la valeur ajoutée et que les pays européens (qui sont très en retard sur le sujet) ne soient plus que des exécutants
• Cette révolution va puissamment accélérer un phénomène annoncé depuis plusieurs décennies : la transformation régulière des emplois qui va obliger des millions de travailleurs à se recycler voire à se reconvertir. Revoir en profondeur la formation professionnelle continue est incontournable
• Les jeunes qui sortent du système sans qualification ont une « chance » sur deux d’être au chômage plutôt qu’en emploi. Il en sort 100 000 par an. Renforcer fortement l’encadrement du CP et du CE dans les ZEP fait partie de la réponse à donner.
• On ne peut pas relancer l’Europe sans relancer le couple Franco-Allemand, et on ne le fera pas en continuant à renvoyer à plus tard le respect des critères de Maastricht. Si on veut malgré tout investir plus, il faut réduire les dépenses de fonctionnement
• Il faut revoir le fonctionnement du système politique : la défiance envers notre classe politique est en train de menacer gravement la démocratie. E Macron estime que l’affaire Pénélope prouve que le candidat de la droite vit encore avec le logiciel du 20ème siècle. Il est très loin d’être le seul au sein de la classe politique française, quels que soient les partis !
• Il est nécessaire de libérer l’économie des contraintes qui laissent des secteurs entiers dormir sans progresser car la concurrence n’existe pas, comme il faut absolument aider tous ceux qui veulent créer de l’activité (voir ce que je dis sur Colbert et Lénine)

S’il y avait d’autres candidats qui avaient un diagnostic semblable, je pourrais encore me poser des questions. Ce n’est malheureusement pas le cas, et ce qu’on voit ce sont plutôt des programmes qui semblent montrer surtout une incompréhension totale de ce qui se passe.

Le mouvement En Marche a lancé un processus participatif de réflexion pour alimenter le programme. C’est utile, parce qu’il peut en sortir des idées intéressantes et que cela montre aussi ce que les citoyens préfèrent. Mais honnêtement, c’est surtout les experts dont j’attends qu’ils fassent leur travail(le programme est annoncé pour début mars). Tout en étant conscient de l’importance de la manière dont on « vend » un programme.

Jean_Pisani-Ferry_par_Claude_Truong-Ngoc_janvier_2016

L’un des risques majeurs du participatif, c’est l’addition de propositions coûteuses. A Lyon, E Macron a été clair : il veut respecter nos engagements européens, et pas de temps en temps, toujours. Donc un déficit de moins de 3% Il a été également dit que des économistes comme Elie Cohen ou Hervé Lorenzi ont rejoint Macron, en plus de Jean Pisani Ferry. Cela me rassure beaucoup.

J’ai aussi été rassuré au niveau des valeurs par ceux que je rencontre dans le mouvement En Marche, lesquels sont de vrais démocrates. Et j’ai apprécié le soutien apporté par Macron à Merkel lors de son voyage à Berlin, à propos de sa politique migratoire.
Enfin, l’Europe, à laquelle je suis très profondément attaché : lors du meeting de Lyon, comme aux précédents, il y avait de nombreux drapeaux européens, en plus des drapeaux français. Et on a entendu plusieurs fois la foule scander « Europe, Europe », au cours du discours du candidat. Sur le sujet, il est bien seul parmi les candidats : il n’y a que des eurosceptiques (sauf peut être le candidat écologique ?) !

Quelle équipe ? Il a promis d’avoir la moitié de nouveaux parmi les candidats. Sur le terrain, je rencontre des hommes et des femmes de valeur. Je pense qu’on devrait trouver. Et quand je vois certains ministres de ce quinquennat et du précédent, je pense qu’il ne sera pas si difficile de faire mieux, surtout sans la contrainte des logiques de courants !
A l’heure où j’écris, le site du mouvement En Marche affiche 182 505 adhérents. 17 500 de plus que la semaine précédente à la même heure, 29 000 de plus que deux semaines avant ! Je ne crois pas vraiment que trouver des équipes sera un problème.