Cohérent ou attrape tout ?

La dernière enquête du Cevipof et du Monde auprès d’environ 18000 sondés (donc avec un niveau de précision élevé) donne un score calamiteux pour le candidat du PS à la présidentielle : au mieux 10%, au pire 7% quand Mélenchon est annoncé autour de 14/15 % et Macron autour de 20%.

Ces estimations pour le Parti Socialiste sont à comparer aux taux atteints par les candidats précédents au premier tour : 28.6% pour François Hollande en 2012, 25.9% pour Ségolène Royal en 2007, 16.2% pour Lionel Jospin en 2002 et 23.30% en 1995
Dans un passé proche, le PS a réuni 14% des voix aux européennes de 2014. Son plus mauvais score à cette élection étant de 9.12% en 1994.

Faut-il rappeler les 5.01 % obtenus par Gaston Deferre en 1969 ? A l’époque, les voix sociales-démocrates s’étaient portées en partie sur le candidat centriste Alain Poher jugé capable de battre Pompidou au second tour et en partie sur le candidat communiste Jacques Duclos 3ème à 21.3% (c’était avant la baisse inexorable du Parti Communiste).

Rose au poing

Depuis sa création en 1969 et surtout le congrès d’Epinay en 1971, le PS est traversé par différents courants, dont les propositions diffèrent assez sensiblement. Entre 1974 et 1981, le Cérès compte un quart des voix dans les congrès, en se revendiquant d’être l’aile gauche du parti et en proposant un programme à bien des égards proches de celui du PC (rupture avec le capitalisme, nombreuses nationalisations etc.). Rocard se positionne au contraire dans une posture plus favorable à l’économie de marché.

Cette division n’empêche pas le parti socialiste d’attirer les adhérents et d’enchainer les succès électoraux. Il constitue ce qu’on appelle un parti « attrape tout », capable de plaire à la fois aux jeunes, aux vieux, aux femmes, aux féministes, aux hommes, aux fonctionnaires et aux salariés du privé, aux travailleurs indépendants voire aux agriculteurs et aux chefs d’entreprises, aux catholiques progressistes, aux protestants et aux vieux laïcards.

Mitterand

Sous les deux septennats de François Mitterrand, les différences sont plus masquées, mais le tournant de la rigueur n’est pas assumé, ni traduit dans les textes de congrès. Et le renoncement de Jacques Delors à se présenter en 1995 est largement lié à l’idée qu’il ne sera pas soutenu en cas de victoire par la partie la plus à gauche du PS : il anticipait sur ce qui devait arriver à François Hollande une vingtaine d’années plus tard ! Pourtant les socialistes font bloc pour soutenir Lionel Jospin pendant la cohabitation, peut-être à cause de celle-ci.

Lionel Jospin

Après la défaite de Lionel Jospin en 2002, les vieux démons réapparaissent violemment avec le référendum sur la constitution européenne, choisi par Jacques Chirac pour mettre en lumière ces divisions et faire exploser le PS. La question des retraites et de la loi Fillon constitue un marqueur du refus de tenir compte des réalités, fussent-elles simplement démographiques !

Le quinquennat de François Hollande est marqué par du jamais vu : des députés élus sous l’étiquette du Parti Socialiste qui refusent de soutenir le gouvernement dirigé par un des leurs !

Le Parti Socialiste pouvait jusqu’ici être attrape-tout car il se montrait capable de construire un compromis acceptable entre toutes ses tendances et par là-même entre le diversité de ses électeurs. Avec les pratiques récurrentes des frondeurs, alors même que le Président de la République est réputé pour être l’homme des compromis sur lesquels peuvent se construire des consensus, le PS se transforme en parti attrape-rien. Les électeurs préfèrent se tourner vers ceux qui ont un discours cohérent, Emmanuel Macron d’un côté, Jean Luc Mélenchon de l’autre.

Réagissant à un article du Monde sur les difficultés du PS, un commentateur note
Le PS va sombrer de ne pas avoir voulu assumer la réduction des marges de manœuvre qui restent aux gouvernements dans le monde actuel. A vouloir tout changer, à prétendre tout pouvoir (« refonder l’Europe », « régir la finance »…) ce parti reste enfermé dans une illusion lyrique et illusionne, puis déçoit forcément ses électeurs. A quand une éthique de la responsabilité et une politique du possible à la place de l’infantile éthique de la conviction et de la puérile politique de l’idéal actuelles?

Vendredi 20, l’éditorial du Monde revient sur le sujet pour dire à peu près la même chose :
Les débats de la primaire l’ont confirmé : entre le pragmatisme, le respect d’un minimum de sérieux budgétaire, le souci d’adapter la France aux contraintes de la mondialisation d’un côté et, de l’autre, les illusions lyriques, les promesses de changer la vie ou la propension à prendre ses désirs pour la réalité, la synthèse est difficilement concevable. Faute de réalisme, l’on n’est pas crédible, disent les uns. Le réalisme conduit au renoncement, accusent les autres.

La primaire de la droite a donné la victoire au plus cohérent, quand tous attendait le plus consensuel. Mais comment être qualifié au premier tour et rassembler au second tour de l’élection réelle si on n’est pas capable d’être un peu attrape-tout ?


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