Voter aux primaires

A l’approche de l’élection primaire « de la droite et du centre », des voix s’élèvent contre un phénomène révélé par les sondages : des électeurs se classant à gauche ont l’intention de participer à cette primaire.
A droite, les partisans de Nicolas Sarkozy, ayant compris que ce phénomène n’est pas favorable à leur poulain, accuse son principal adversaire de s’apprêter à être choisi par ses adversaires contre son propre camp. A gauche, certains s’offusquent qu’un membre du « peuple de gauche » puisse envisager de mêler ses voix à celles des électeurs de droite.

Dans les deux cas, il s’agit pour des responsables politiques ou de défenseurs d’un camp de vouloir enfermer les citoyens dans un choix qu’eux-mêmes ne respectent pas, dans un choix qui ne reflètent pas la réalité politique du pays.

Démocratie

Dans la primaire qui va se dérouler à droite dans quelques semaines comme dans celle qui est prévue à gauche en janvier, un parti qui se veut hégémonique dans son camp(mais l’est-il encore ?) organise un scrutin qui se veut ouvert à toute la droite (et même le centre) dans un cas, à la gauche dans l’autre, mais auquel les autres partis de ce camp (l’UDI et le MODEM dans un cas, le PC et tous les autres partis de gauche dans l’autre) ont refusé de s’associer.
En allant au-delà du périmètre de leur électorat de premier tour pour espérer rassembler au plus vite tout ce qui est leur électorat du second (du moins dans une confrontation classique droite gauche), ces partis ont pris le risque de laisser l’électeur apprécier seul son envie de participer on non au scrutin(les modalités du scrutin reposent de fait sur cette logique). Et certains des électeurs classiques de la gauche, anticipant avec les sondages que le second tour ne se jouera pas dans cette configuration classique, en tirent les conséquences en projetant d’aller choisir à l’occasion de cette primaire celui (ou celle) qui sera de fait son candidat lors de ce second tour.
En cela, ces citoyens se montrent beaucoup plus cohérents que les organisateurs des scrutins !

Mais au-delà de cette réalité organisationnelle et partisane, le citoyen n’a guère besoin d’être très informé pour constater que l’unité des deux camps sensés structurer chacune des primaires est totalement mythique.
A gauche, le quinquennat de François Hollande aura mis en évidence les divisions profondes au sein de la gauche : que ce soit le comportement des députés dits frondeurs, qui récusent, au sein même du parti socialiste, la politique menée par ce parti, ou la réalité de l’opposition à la loi travail, tout indique qu’aujourd’hui ce qui sépare les forces en présence au sein de la gauche est plus important que ce qui les rassemble. Les politiques proposées ne sont pas des variantes d’une direction commune, mais des propositions radicalement différentes, pour ne pas dire opposées.
A droite, le citoyen attaché à la démocratie ne peut que s’opposer à un candidat qui, d’une part a très largement triché lors de l’élection précédente et devrait de ce fait être inéligible, et d’autre part développe un discours basé sur l’exclusion.

Pour le citoyen qui croit encore à la démocratie, celle-ci permet de faire des choix, dans un cadre qui est celui du vivre-ensemble et donc de la nécessité de respecter les minorités et de faire des compromis. Depuis le début de la 5ème République en France, mais globalement depuis la fin de la guerre dans la plupart des pays européens, ceux qui prônaient, à droite comme à gauche, des logiques d’exclusion et des politiques radicales, autour de discours simplistes, étaient relégués dans des extrêmes largement minoritaires. On ne peut que s’inquiéter de la popularité de plus en plus grande de ces thèses et réinterroger les politiques qui ont conduit certains électeurs d’adhérer à ces discours.

Lors de ces deux primaires, le citoyen démocrate aura l’occasion de choisir entre les logiques de volonté d’exclusion et les logiques de tentative de mieux vivre ensemble : il aurait grand tort de s’abstenir.

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2 thoughts on “Voter aux primaires

  • Proteos

    C’est un peu comique de voir se développer ce pataquès à propos des gens de l’autre «camp» venir voter aux primaires. Après tout, s’il s’agissait de demander qu’à des gens autorisés préalablement de faire le choix, ils pouvaient rester sur un système de désignation par les gens du parti. Au delà les motivations de venir sont forcément moins claires, surtout qu’en plus ces gens a priori moins strictement partisans peuvent changer d’avis avec le temps et se mettre à voter pour un autre parti.

    Quant au cas Sarkozy, il est clair qu’il aime s’afficher comme autoritaire et hostile aux étranger, c’était d’ailleurs son discours au pouvoir. Ça représente clairement un courant de (très à) droite en France, mais ça n’incitera pas les gens qui vont voter à la primaire mais qui suivant les élections peuvent varier entre la gauche et la droite à le choisir!

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    • EDLF Post author

      Le dernier sondage paru dans le monde montre en effet qu’une partie non négligeable des électeurs qui se sont classés à gauche dans le sondage (par leur vote précédent je suppose) envisagent de voter Juppé des le premier tour en mai prochain

      Pour ce qui est de Sarkozy, sa personnalité est beaucoup plus complexe que ce qui est dit de lui sur les réseaux sociaux. Personnellement, je considère qu’indépendamment de sa personnalité, de son discours et de ses actes, son très large dépassement des dépenses autorisées en 20212 doit être sanctionnée par une inéligibilité.

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