Inégaux devant la mort

La durée de vie des individus tient des hasards de la vie, mais est aussi marqué par le genre, le pays dans lequel on vit, la classe sociale, le métier exercé, les choix de vie…On peut aussi se demander si les progrès de la santé profitent à tous ou s’ils avantagent d’abord les plus riches et ceux qui ont les métiers les plus confortables.
L’évolution dans le temps de la mortalité selon les âges donne un éclairage peut-être inattendu sur cette question : si l’on regarde sur le long terme, nous constatons que nous sommes de moins en moins inégaux devant la mort. La figure ci-dessous est extraite d’une étude de l’INED sur la mortalité au 19ème siècle. Elle donne les survivants d’une génération donnée selon l’êg, pour plusieurs époques.

On peut observer deux phénomènes :
• La courbe se décale dans le temps vers la droite, c’est-à-dire que l’âge à laquelle il reste une proportion donnée de survivants augmente durant la période observée : l’espérance de vie augmente
• La courbe change de forme : en 1750, elle commence par une chute rapide (la forte mortalité à la naissance ou dans les premiers mois de vie), puis elle descend de manière presque linéaire, ce qui signifie qu’on a autant de probabilité de mourir à 10, 25 ou 50 ans. Elle finit de manière plus étale, comme si les derniers survivants résistaient mieux que les autres. La courbe se transforme de deux manières. D’abord la chute initiale se réduit progressivement, pour ne pratiquement plus être visible en 1987 (il n’y a plus qu’une péri mortalité résiduelle). Ensuite elle passe d’une forme linéaire à une forme bombée ; la mortalité est très faible pendant 40 ou 50 ans puis elle augmente rapidement. On peut supposer qu’il y a aussi une période plus étale mais on ne la voit pas car le schéma s’arrête au-delà de 90 ans.
Courbe de survie au 19ème siècle

Puisqu’on parle d’inégalités, le mieux n’est-il pas de reprendre les outils classiques de comparaison que sont le rapport interquartile et le rapport inter décile ?

Rappelons les définitions : si nous prenons une génération donnée, le premier décile(D1) est la durée au bout de laquelle un décile (10%) de la génération initiale a disparu ; On définit de la même Q1 le premier quartile (25%) M la médiane, Q3 le troisième quartile et D9, le début du dernier décile. On peut alors calculer les ratios d’inégalités classiques que sont Q1/Q3 et D1 sur D9

Commençons par les hommes en prenant les périodes du graphique observé plus haut puis 4 périodes à partir de 1946. La mesure de D1 s’appuyant sur le graphique pour les périodes antérieures à 1946, le chiffre indiqué est approximatif. On peut imaginer qu’il est en fait inférieur à 1 an et peut être bien égal à quelques jours seulement pour l’année 1750
espérance de vie H
La tendance est claire : les ratios sont en baisse constante dans le temps.
On peut présenter les choses autrement en regardant l’écart entre quartiles et donc la fourchette dans laquelle décède la moitié d’une génération : en 1946, le premier quartile correspond enfin à un âge adulte, ce qui n’était pas le cas auparavant (au moins un quart des hommes n’arrivaient pas à l’âge adulte). Q3 – Q1 est passé de 27 ans en 1946 a 18 ans en 2010, et il semble continuer à diminuer, même si c’est lentement.

En regardant la situation des femmes, on peut avoir une idée de ce qui attend les hommes, car tout ce passe comme si les femmes étaient dans ce domaine en avance sur les hommes
espérance de vie F
La durée de vie de la moitié des femmes se situe dans un intervalle qui s’est réduit de 51 ans (22 à 73 ans) en 1898 à 23 ans (59 à 82 ans) en 1946 puis seulement 13 ans en 2010 (80 à 93 ans). La durée de vie de 80% des femmes se situe aujourd’hui dans un intervalle qui est encore de 29 ans (de 68 à 97 ans) mais qui était de 81 ans en 1898 !
Au passage, on notera qu’aujourd’hui les ¾ des femmes vivent au moins 80 ans, elles étaient moins de 5% en 1750.

A voir les ratios Q3/Q1 et D9/D1 baisser régulièrement, on peut se demander s’ils ne vont pas converger vers 1, ce qui signifierait que tout le monde aurait la même durée de vie. L’INED qui examine cette hypothèse estime que ce n’est pas la plus probable : nous resterons inégaux devant la mort, même si cette inégalité se sera nettement réduite. Ce qui signifierait qu’un jour les gains de l’espérance de vie, qui est encore de plus de 02 ans par an pour les hommes, baisserait pour se situer au niveau de celle qu’elle est pour le dernier décile voire le dernier centile, c’est-à-dire environ 1 an par décennie (voire moins) ce qui n’est déjà) pas mal !


One thought on “Inégaux devant la mort

  • XS

    Bonsoir Verel,
    Je venais de mettre une remarque sur ce sujet sur votre article précédent sur Over Blog.
    Merci donc du développement!

    Quelle est donc cette nouvelle plateforme « Etat des lieux »?
    Excellent intégration des graphismes.

    Reply

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