Faux ou vrais problèmes

L’affaire de la déchéance de nationalité, dont tout le monde sait qu’il s’agit d’une mesure qui n’aura aucun impact sur le terrorisme alors que c’est son but affiché, illustre la tendance de nos dirigeants à focaliser l’attention sur de faux problèmes, comme si c’était le meilleur moyen de détourner l’attention des vrais problèmes qu’ils préfèrent ne pas traiter faute de solutions efficaces ou parce que cela conduirait à déplaire à trop de leurs électeurs.

Pendant donc que les élus de tous bords s’étripent sur la question de la déchéance de nationalité, le baril de pétrole poursuit sa chute sur les marchés, passant en dessous de 30 $ le baril, alors qu’il se baladait autour de 110 $ au premier semestre 2014 et que tous les commentateurs expliquaient doctement que nous étions condamnés à connaitre très durablement un pétrole très cher !

Un mois après la COP 21, présentée comme une réussite, cette chute des prix du pétrole risque de ruiner, et au-delà tous les efforts annoncés pour tenter de diminuer les émissions de gaz à effet de serre, en premier lieu ceux issus de la combustion des dérivés du pétrole. Alors qu’en 2014, avec un pétrole au-dessus de 100 $ la consommation de produits pétroliers a baissé de 2,5 % par rapport à 2013(et de 15% sur 10 ans), les consommateurs ne seront plus incités par les prix à réduire leur consommation.

Il y a une solution simple pour que les acteurs continuent à mettre en place des mesures conduisant à réduire la consommation (notamment des investissements pour consommer moins d’énergie ou pour utiliser une autre source d’énergie) : taxer fortement les produits pétroliers, par exemple pour que les produits aient le même coût pour les consommateurs qu’à l’époque où le baril état à 70 ou 80 $.

Une telle mesure aurait plusieurs avantages :
• Inciter à la diminution de la consommation de produits pétroliers, donc au final de l’émission de CO2. En baissant la consommation de 2,5% par an, on divise par deux la consommation en 24 ans environ (il n’est même pas sûr que cela soit suffisamment rapide)
• Renflouer les caisses de l’État. La facture énergétique de la France a été de 54,6 milliards en 2014 contre 66 en 2013. Si le baril se maintient en dessous de 50 $ en 2016, c’est une division par deux à laquelle on assistera, soit un gain de plus de 27 milliards d’euros. Si ce gain est partagé à égalité entre les consommateurs et l’Etat, c’est un gain de 12 milliards pour l’État !
• Repousser le moment où le prix augmentera. La baisse est due à un déséquilibre entre l’offre et la demande : baisser la demande prolonge ce déséquilibre au détriment des offreurs. Bien sûr, l’effet n’est pas le même si seule la France mène une telle politique ou si c’est toute l’UE ou l’ensemble des pays consommateurs qui agissent dans cette direction!
• Eviter de transférer des richesses à des pays qui financent d’une manière ou d’une autre le salafisme, à commencer par l’Arabie Saoudite

Le débat ne devrait même pas porter sur le principe d’une telle action, mais sur le niveau de référence sur lequel serait calculée la taxe (qu’on peut appeler axe carbone) et sur les moyens d’éviter qu’elle perdure quand le baril remontera !
Une opération de ce type, prévue de longue date, a été opérée au 1er janvier, mais elle est nettement plus timide que ce qui est évoqué ci-dessus. Une des difficultés est qu’il faut aller vite : les consommateurs s’habituent très vite aux prix plus bas et refusent de les voir augmenter alors que la réaction n’est pas la même s’il faut les baisser plus lentement. La période favorable est peut-être déjà passée.